Biodiversité : les pays riches rechignent à réparer les dégâts
Plusieurs chefs d'État et de gouvernement présents à la COP16 à Cali, en Colombie, le 30 octobre 2024. - © AFP / Luis Acosta
Plusieurs chefs d'État et de gouvernement présents à la COP16 à Cali, en Colombie, le 30 octobre 2024. - © AFP / Luis Acosta
Durée de lecture : 4 minutes
En Colombie, où se tient le sommet mondial sur la biodiversité, les négociations entrent dans leur dernière phase. Et se bloquent sur le financement et le partage des ressources génétiques.
Cali (Colombie), reportage
« Les pays les plus dangereux de la planète sont ceux qui émettent le plus de CO2, c’est-à-dire les pays riches. Ce sont eux qui nous tuent », a dénoncé le président colombien Gustavo Petro en ouverture du sommet des chefs d’État et ministres de la COP16, à Cali, le 29 octobre. M. Petro a ouvert la séquence la plus politique du sommet de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur la biodiversité en pointant ce qui semble être, comme souvent, le point d’achoppement des négociations : les intérêts des pays du Nord face à ceux des pays du Sud.
Cette 16e conférence mondiale de la biodiversité, qui entre dans sa phase finale, doit notamment évaluer les objectifs fixés par les 196 membres de la Convention — dont les États-Unis ne font pas partie — suite aux engagements pris à Montréal en 2022.
Il s’agit de prendre des mesures pour aider les pays à remplir leurs engagements, comme la protection de 30 % des terres et des mers, la réduction de l’usage de pesticides, ou le transfert annuel par les pays les plus riches d’au moins 20 milliards de dollars (18 milliards d’euros) par an à l’horizon 2025 au Fonds mondial pour la biodiversité (GBFF en anglais), destiné aux pays en développement.
Le secteur privé absent des financements
Ce fonds, créé en 2022, a été timidement approvisionné depuis sa création. À Cali, huit gouvernements, dont la France, se sont engagés à l’alimenter à hauteur de 163 millions de dollars (151 millions d’euros), élevant sa dotation totale à 400 millions de dollars (370 millions d’euros). Soit très loin de l’objectif affiché à Montréal.
En 1992, si la Convention sur la diversité biologique avait ciblé des pays dits donateurs, « cette sélection se basait sur les économies de l’époque. Depuis, certains pays sont devenus très riches et pourraient contribuer, notamment les pays du Golfe, Singapour ou la Chine, la seconde plus grande économie du monde », assure Brian O’Donnell, directeur de l’ONG Campaign for Nature.
Lire aussi : COP16 : la Colombie, un pays hôte dont la biodiversité est très menacée
Côté financement privé, les investissements sont encore plus timides : « Aucune entreprise n’a versé 1 centime à ce fonds. Où est le secteur privé ? interroge Brian O’Donnell. Les entreprises doivent prendre le sujet au sérieux ! »
Cette question du financement cristallise une grande partie des débats de cette deuxième semaine de la COP16, et abrite les négociations les plus complexes. Les divergences Nord/Sud portent également sur la création d’un nouveau fonds destiné à soutenir les pays en développement face à la perte de biodiversité. Ces derniers jugent le fonds actuel difficile d’accès et trop influencé dans sa gouvernance par les pays les plus riches.
De nombreux pays s’opposent également à ce nouveau fonds, au premier rang duquel la France. « Les pays donateurs sont assez unanimes sur le fait qu’il n’y a pas d’intérêt à créer un nouveau fonds s’il sert à la même chose », explique Juliette Landry, chercheuse à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et observatrice à la COP16.
Rendre leur part aux pays en développement
L’autre objectif financier de la COP16 consiste à s’entendre sur un outil multilatéral permettant un partage juste et équitable des bénéfices tirés de l’utilisation des informations de séquençage numérique (ISN). En d’autres termes, faire en sorte que les pays à la grande biodiversité — souvent les pays du Sud — tirent des avantages financiers de l’utilisation par l’industrie pharmaceutique et cosmétique — majoritairement issue des pays du Nord — des informations numériques issues de l’ADN des plantes, des animaux ou encore des microorganismes.
Nombre de pays dits du Sud estiment qu’ils ne reçoivent pas leur juste part, de même que les peuples indigènes. Le débat, qui devra être tranché à la fin de la COP16, oscille entre une contribution volontaire ou obligatoire de ces entreprises. « Si elle est obligatoire, cela représentera beaucoup d’argent, dont les peuples indigènes pourront bénéficier », observe Brian O’Donnell.
La deuxième semaine de la COP16 a été marquée par la présence de cinq chefs d’État d’Amérique latine à Cali. La double casquette d’hôte et de représentant des pays du sud de la Colombie et la tenue de la COP30 sur le climat à Belém, au Brésil, l’an prochain, a poussé soixante-dix dirigeants du domaine de la science, de la société civile, de la finance, de communautés indigènes et locales à adresser une lettre de soutien aux chefs des deux États.
Un appui à leur « leadership » qui prend surtout la forme d’une injonction à mobiliser les acteurs du monde entier. Soulignant « l’opportunité historique » qu’ont les deux pays latino-américains d’être des acteurs de premier plan dans la résilience face à la crise climatique.