COP16 : « Il y a des peuples indigènes, mais c’est surtout une foire commerciale »
La fleur d'Inírida, l'emblème de la COP16 biodiversité à Cali, en Colombie. - © Sarah Krakovitch / Reporterre
La fleur d'Inírida, l'emblème de la COP16 biodiversité à Cali, en Colombie. - © Sarah Krakovitch / Reporterre
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Largement dédié à la promotion de la Colombie sous toutes ses formes, l’espace ouvert au public de la COP biodiversité rencontre un grand succès citoyen. Certains dénoncent pourtant son hypocrisie.
Cali (Colombie), reportage
Pas de doute, Cali vit au rythme de la COP16. Dans le palais des congrès, où se tiennent les négociations mondiales pour la biodiversité depuis le 21 octobre, à 10 km du centre-ville, mais aussi le long du Bulevar del Río, en plein cœur de la ville colombienne. Là, dans la « zone verte », l’espace ouvert au public dédié à « la participation de la société civile », plus de 40 000 personnes ont défilé au cours des cinq premiers jours, selon la ministre de l’Environnement et présidente de la COP, Susana Muhamad.
Pendant que cette dernière dresse un bilan « positif » de la première semaine de négociations, la ville s’est mise aux couleurs de l’événement. Difficile de faire quelques mètres sans apercevoir la fleur multicolore d’Inírida, le logo de l’événement, placardée dans toute la ville, ou des publicités officielles vantant la biodiversité de la région.
Sensibiliser à la conservation de la biodiversité
Si ce 16e sommet doit notamment examiner les avancées vers les objectifs ambitieux fixés lors de l’édition précédente et aborder le partage juste et équitable des bénéfices de la nature, l’heure est à la sensibilisation dans le centre-ville. Des centaines de cabanes en bois abritent des artisans, des activités ludiques comme une immersion dans la forêt amazonienne, en plus de scènes où se succèdent conférenciers et artistes.
Des centaines de bénévoles guident les visiteurs dans cet espace extérieur de 350 000 m2. Parmi eux, six étudiants parcourent la zone verte pour sensibiliser les visiteurs au tri des déchets. « On informe les gens et on participe à ce grand événement », explique fièrement Karen, casquette COP16 noire vissée sur la tête. Une enquête menée par le Centre national de conseil et le ministère de l’Environnement révèle d’ailleurs que les Colombiens et Colombiennes considèrent le rendez-vous comme une occasion unique de sensibiliser à la conservation de la biodiversité, et qu’ils souhaitent agir pour la protéger.
L’omniprésence d’organisations de peuples autochtones à travers les stands est frappante. La Garde indigène nationale, voix des 120 peuples indigènes colombiens, vend des produits issus de la culture artisanale de la canne à sucre.
« Nous avons la chance d’être à la fois à côté des négociants dans notre lutte pour la reconnaissance de nos droits, mais aussi ici, pour montrer aux visiteurs qui nous sommes et l’autre visage du territoire colombien, explique Senobia Largo, qui tient le stand. Notre mission, c’est de conserver et protéger la vie, quelle que soit sa forme. »
« Une foire commerciale pour les étrangers »
L’implication dans la COP16 de ces peuples et des communautés locales était un des engagements phares de la ministre Susana Muhamad. La création d’un organe subsidiaire leur donnant une voix distincte à chaque conférence sur la biodiversité fait d’ailleurs partie des discussions du sommet mondial.
Utilisée à foison par la ministre et par le président Gustavo Petro, l’expression « COP de la gente » (« COP du peuple »), semble prendre tout son sens ici. Certains, comme Catalina Toro Pérez, sont plus sceptiques : « Certes, il y a beaucoup d’indigènes. Mais cela ressemble davantage à une foire commerciale pour les étrangers, qui pensent sûrement que les droits des peuples indigènes sont défendus ici », dénonce cette professeure de sciences politiques et autrice d’une thèse sur la politique de protection de la biodiversité en Colombie.
Et d’ajouter : « Ils ne sont pas assis à la table des négociations auprès des grands pays qui détiennent la majorité des brevets issus des ressources des pays du Sud. »
Marchandisation de la nature
L’enseignante dit vouloir « construire une réflexion alternative à la COP officielle sur l’écologie des pauvres face à l’écologie des riches ». Elle fait partie d’un comité qui organise un événement parallèle organisé à Cali les 26 et 27 octobre, la « COP critica », pour dénoncer la marchandisation de la nature.
Tout comme Anderson Betancurt, membre du même comité, venu dans la zone verte pour demander l’abandon d’un projet de base militaire à Gorgona, une île à 28 km des côtes, à l’ouest de Cali, qui menacerait « la biodiversité et la faune marine ». Son camarade de lutte ironise : « On ne peut pas appeler à la “paix avec la nature” [le slogan de la COP16], et transformer une île et un parc naturel en projet militaire. »
Haidther, membre d’une organisation de jeunesse colombienne qui mène des projets socio-environnementaux, a ce jour-là choisi de quitter le bâtiment des négociations pour la zone verte. « Le thème du jour à la COP, c’est ‘‘peuples indigènes et communautés’’. Je ne me voyais pas être ailleurs qu’ici, avec les citoyens. Cette journée devrait pousser à faire zone commune. »
À la sortie de la zone verte, une mère et ses enfants tiennent dans leurs mains des bouquets de fleurs rougeâtres en forme d’étoile. L’Inírida, cette fleur endémique devenue l’emblème de la COP16, aussi surnommée fleur éternelle car elle ne fane pas et garde la même structure d’origine lorsqu’elle sèche. Un symbole de résilience inspirant pour faire face au désastre climatique à venir.