Catastrophe écologique en Hongrie : un incroyable cocktail toxique

6 octobre 2010 / Robin des Bois



Le déversement d’un réservoir de boues toxiques à Akja, en Hongrie, cause un désastre humain et écologique. On peut craindre des mortalités massives de poissons et d’oiseaux.

Les boues rouges sont les résidus de l’extraction d’alumine à partir du traitement de la bauxite. Elles contiennent de la soude caustique, du fer, de l’alumine, du silicium, du sodium, du calcium, du titane, du manganèse, du vanadium, du chrome hexavalent, du plomb et du cadmium. Le cumul de tous ces métaux et minéraux fait des boues rouges un déchet toxique pour la faune aquatique, les animaux domestiques et d’élevage. Des animaux ont été intoxiqués en Australie suite à l’épandage de 20 tonnes de boues rouges par hectare contenant 1,8 kg d’alumine, 24 kg de chlorure, 6 kg de chrome.

En eau douce, l’alumine est mortelle pour les truites à partir de 1,5 mg/litre, et 3 mg de fer par litre suffisent à empêcher la reproduction et à ralentir la croissance de nombreuses espèces de poissons. Ces chiffres sont à rapporter au million de m3 qui se sont déversés [en Hongrie] hors de l’enceinte de confinement. Par ailleurs, les boues rouges provenant du traitement de la bauxite sont très légèrement radioactives. La radioactivité naturelle renforcée des boues rouges par du radium 226 et du thorium 232 est reconnue par l’Union Européenne et par la France. Les boues rouges sont trois fois plus radioactives que la bauxite.

Les boues rouges en Hongrie

L’accident survenu près d’Ajka provient de la rupture d’une digue de retenue de boues rouges. Ce type d’événement a plusieurs causes possibles : des séquences de fortes pluies qui augmentent considérablement le niveau d’eau, le sous-dimensionnement des digues, leur rehaussement mal calculé ou leur maintenance défectueuse. Un autre site en Hongrie près de Tata au Nord-Ouest du pays témoigne d’une très mauvaise gestion des déchets dangereux. Les décharges de boues rouges couvrant plusieurs dizaines d’hectares sont situées directement au bord du Danube, sont soumises aux inondations et les villages voisins aux envols de poussières. Pour réduire ces envols, les autorités hongroises et le producteur des boues rouges n’ont pas trouvé d’autre solution que de les recouvrir avec des cendres d’incinérateur mélangées à des plastiques et à des mâchefers.

Conséquences de l’accident d’Ajka

Le volume de déchets liquides déversés est l’équivalent de 5 Amoco Cadiz ou d’environ 70 Erika. Si comme les autorités hongroises le planifient, les boues répandues dans le bâti et la voirie sont nettoyées au kärcher, elles vont être mélangées à l’eau de décapage puis rejoindre les cours d’eau, et se jeter à terme 110 km plus loin dans le Danube après avoir impacté de nombreuses zones humides. Les mortalités de poissons, d’oiseaux aquatiques, de biodiversité ordinaire vont être massives, autant par les effets du colmatage que par ceux de la toxicité.

Les effets sanitaires immédiats pour les habitants sont des brûlures externes ou internes par contact ou ingestion d’eau contenant de la soude caustique. Les mêmes effets sont prévisibles pour les animaux domestiques et les animaux d’élevage. Les effets sanitaires différés relèvent des risques de contamination des chaînes alimentaires, des produits agricoles, et de la contamination de l’eau par les métaux lourds. Un autre vecteur de transfert et de contamination pour les usagers des territoires pollués sera la transformation rapide des boues en poussières inhalables.

Les boues rouges en France

Elles sont principalement rejetées dans la fosse de Cassidaigne près de Cassis en Méditerranée. Le cumul actuel est d’environ 20 millions de tonnes. Une canalisation souvent sujette à des fuites à cause de la causticité de l’effluent relie l’usine de production d’alumine de Gardanne à l’exutoire en mer. Ces fuites sont assez rapidement repérées et ont pollué des rivières locales.

Le contexte juridique européen

Après les catastrophes analogues quoique mettant en jeu des effluents toxiques différents, de Aznalcollar en Espagne (Andalousie) en 1998 et de Baia Mare (Roumanie) en 2000, l’Union Européenne a établi une directive sur la gestion des déchets de l’industrie extractive exigeant des Etats-membres un inventaire des sites de stockage de résidus de minerais, un renforcement des mesures de sécurité et de stabilité, et la mise en œuvre de bonnes pratiques garantissant la sécurité du public et de l’environnement. Cet inventaire est en cours en France. D’autre part, menaçant d’autres pays riverains du Danube comme la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, la Moldavie, l’Ukraine et la Roumanie, la catastrophe doit être considérée comme transfrontalière et faire l’objet de procédures d’information et de suivi dans le cadre de la Commission Internationale pour la Protection du Danube qui dispose d’un système d’alerte d’urgence en cas d’accident.




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Source : Communiqué de presse.

Contact : http://www.robindesbois.org

Description de l’accident par l’AFP, le 5 octobre : http://www.google.com/hostednews/af...

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