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Cécile Duflot : « Le cap que je fixe pour mon pays est celui de la république écologique »

13 octobre 2016 / Cécile Duflot



Europe Écologie-Les Verts organise sa primaire pour désigner le ou la candidate écologiste à l’élection présidentielle. Le vote se déroule par correspondance jusqu’au 17 octobre pour le premier tour. Reporterre donne la parole, pendant quatre jours, à chacun(e) des quatre candidat(e)s.

Cécile Duflot est députée de Paris et candidate à la « primaire de l’écologie ».

Comme les autres candidat(e)s à la primaire, elle répond à la question posée par Reporterre  : « Comment installer l’écologie dans le débat de 2017 ? »

Par équité pour les autres candidats, il nous faut indiquer que Cécile Duflot n’a pas respecté le délai accepté par tous et a remis son texte après les publications des tribunes de Michèle Rivasi et de Karima Delli.


Le spectre du national-populisme hante l’Europe. Partout sur notre continent, les calamiteuses politiques libérales et l’effondrement du projet social-démocrate ont ouvert la voie à la montée des extrémismes. En France, le Front national prospère désormais sur une synthèse sociale identitaire qui lui permet de devenir un parti attrape-tout, réceptacle de toutes les peurs et de toutes les colères. La profondeur du dégoût de la politique qui frappe notre pays renforce davantage encore le poids politique de ce mouvement. J’ai déjà eu l’occasion d’analyser dans mon livre le Grand virage comment, en particulier, le sentiment de dépossession qui frappe une partie grandissante de la population est un puissant levier de contamination pour les idées d’extrême droite. L’écologie politique, pour parvenir à trouver toute sa place, doit à mes yeux se présenter comme un mouvement de reconquête de l’avenir. C’est le sens du slogan qui est le mien dans cette primaire des écologistes, « Demain nous appartient ».

C’est dire d’un même tenant que le présent est suffocant mais qu’il est permis d’espérer un futur meilleur. Qui confisque l’avenir ? Ils sont nombreux. En premier lieu les tenants de l’orthodoxie qui nous expliquent qu’il n’y a qu’une seule politique possible. Ceux qui en Europe ont peur de Podemos et ont étranglé l’espoir représenté par Tsipras pour le contraindre à renoncer. En France, leurs clones défendent bec et ongle l’austérité aveugle et professent des solutions du passé comme le démantèlement des acquis sociaux. Tous avancent drapés dans les habits de l’évidence raisonnable. Or il est clair que la raison les a désertés depuis longtemps. Leur conservatisme est folie : la planète se meurt de leur modèle de production, l’environnement souffre, les espèces disparaissent, le climat se dérègle sans que leurs yeux jamais ne s’ouvrent sur la barbarie qu’ils nourrissent. La crise écologique leur est étrangère, alors même qu’elle engage notre existence elle-même.

L’identité politique de notre pays est républicaine 

Le rôle des écologistes est donc de s’affirmer sans timidité comme les garants de l’avenir, sans pour autant déserter les enjeux du présent. À chaque fois par exemple que nos adversaires tenteront d’opposer la menace du chômage et les questions environnementales, nous devrons rappeler dans la campagne qui s’ouvre que c’est la transition écologique qui permettra de créer des emplois bien plus que la croyance immodérée dans le retour d’une croissance que les conservateurs attendent comme on attend Godot.

La transition que nous défendons n’est pas juste un aménagement du modèle actuel : c’est une mutation politique profonde qui nous demande de nous adapter aux enjeux de l’anthropocène, ce nouvel âge historique qui commande en réalité d’avoir comme boussole principale la compréhension que survie de l’humanité et sort de la planète sont indissolublement liés. Nos manières de vivre, de produire, de consommer, de nous déplacer doivent s’adapter à cet impératif.

C’est la raison pour laquelle le cap que je fixe pour mon pays est celui de la république écologique, un projet global dont l’horizon est indépassable. À celles et ceux qui s’interrogent sur l’inédit de la proposition, je réponds ceci : l’identité politique de notre pays est républicaine. C’est sur ce substrat historique et culturel que je propose de faire prendre souche à l’écologie, comme voie de revivification de la promesse républicaine, mais aussi comme voie de réinvention de l’intérêt général, puisque la défense des biens communs et la défense des générations futures viendraient désormais élargir la conception républicaine classique. La première pierre de ce nouvel édifice sera l’inscription de l’impératif climatique dans la Constitution. Nous n’en serons pas quittes pour autant avec la question constitutionnelle : je plaide pour une VIe République qui redonne toute sa place aux citoyennes et aux citoyens.

construire ensemble une force belle et neuve capable de changer le cours des choses 

À ce stade de la primaire des écologistes, je ne veux trop en dévoiler sur ce que sera la stratégie de la campagne présidentielle. Mais une chose est certaine, l’écologie doit être le point de ralliement de femmes et d’hommes venus de toute part pour transformer notre pays.

En confiant la direction de ma campagne de la primaire à Caroline De Haas, et en demandant à l’économiste Thomas Porcher de nous accompagner, j’ai voulu signifier que tous les confluents de la critique sociale et écologiste pouvaient se retrouver pour construire ensemble une force belle et neuve capable de changer le cours des choses.

Un espoir peut se lever. Que les tièdes nous laissent le forger. Que les professionnels du scepticisme, à ce stade, ne découragent pas les autres d’essayer de tenter ce qu’ils osent entreprendre : la conquête du pouvoir par les écologistes. Voilà l’histoire que nous devons écrire ensemble.


  • Plus de 17.000 personnes vont participer à la « primaire de l’écologie », selon les chiffres d’EELV. Celle-ci se déroule par correspondance, jusqu’au 17 octobre minuit pour le premier tour, dont le dépouillement est prévu le 19 octobre. Puis jusqu’au 7 novembre minuit pour le second tour, avec un dépouillement prévu le 10 novembre.



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Lire aussi : L’appel d’Eva Joly pour participer à la primaire d’EELV

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos : © Emmanuel Brossier/Reporterre

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