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PortraitSciences

Sabine Gloaguen, chasseuse d’étoiles dans un monde saturé de lumière

L'astrophotographe Sabine Gloaguen.

Sabine Gloaguen est astrophotographe : elle capture les étoiles. Une passion qui « rend humble », pour contempler la beauté du ciel. Télescope et appareil photo prêts, elle nous embarque pour une session dans le Finistère.

Les trésors du ciel étoilé [4/4] Astronomes amateurs ou dotés d’un matériel de pointe, à terre ou en mer, ils et elles lèvent chaque soir les yeux vers la voûte céleste pour s’orienter, comprendre les origines de notre planète… ou simplement contempler les merveilles de l’univers.



Plouhinec (Finistère), reportage

Un duo de chauves-souris va-et-vient devant la baie vitrée de Sabine Gloaguen. C’est le signal. « On va peut-être pouvoir enfin sortir », indique l’habitante des lieux, jetant un œil par la fenêtre tout en vérifiant une nouvelle fois la météo depuis son ordinateur. Dans son salon, au-dessus du piano et du canapé, sont accrochées deux photos : l’une, d’une aurore boréale verdoyante capturée en Islande, et l’autre, celle d’un ciel dit « profond », où l’œil aguerri saura distinguer deux nébuleuses, celle de l’Amérique du Nord et celle du Pélican.

À côté du PC gît sur la table basse la nouvelle BD Astronomix d’Emmanuel Beaudoin et Sylvain Rivaud, parue en juin (éditions Dunod), et une revue spécialisée sur l’espace. Dehors, sur la terrasse, un télescope attend d’être utilisé.

00 h 37. La nuit est enfin parfaitement noire. « On peut y aller », glisse Sabine, enfilant une polaire et se dirigeant dans son jardin, situé à Plouhinec, dans le Finistère. Son conjoint, Bastien Foucher, enfile des chaussures. Il faut dire que le couple partage la même passion : l’astrophotographie. « On prend la monture équatoriale tu crois ? » demande alors Sabine à Bastien.

Une comète sur une plage où l’on aperçoit de la bioluminescence. © Sabine Gloaguen

Lampe frontale à lumière rouge sur la tête, smartphone à la main, Sabine connecte l’application Singularity qui sert à programmer son Vespera Pro : un télescope intelligent qui photographie les « objets » qui occupent le ciel et que Sabine a gagné en 2024 en recevant le prix de la photographe de l’année par l’Association française d’astronomie (AFA). « Je l’ai offert à mon frère, c’est quand même lui qui m’a pas mal initiée », explique la lauréate.

« Ici, c’est Véga, l’étoile qui a la magnitude 0 dans le ciel »

Ingénieure en sécurité automobile de formation, c’est en 2015 que Sabine, alors déjà adepte de photo, est tombée dans l’astrophotographie et notamment la photo de paysages nocturnes lors d’un voyage effectué en Norvège pour observer les aurores boréales. C’est aussi là qu’elle a fait la rencontre de son conjoint Bastien Foucher, tombé dans l’astronomie quand il était ado. L’astrophotographie arrivant sur le tard pour cet ingénieur en informatique.

Pose longue pour vue lactée

« Bastien a une connaissance de l’espace que je n’ai pas, précise Sabine. Il a appris avant qu’il y ait toutes ces applis qui permettent d’accéder plus facilement au ciel, mais qui donnent aussi l’impression de sauter des étapes dans l’apprentissage de celui-ci. »

Son compagnon n’a en effet qu’à lever le nez pour savoir ce qui se trouve au-dessus de lui. « Ici, c’est Véga, l’étoile qui a la magnitude 0 dans le ciel. » Là, la constellation de la Lyre en forme de parallélépipède. Ou encore la constellation du Bouvier « qui est facile à trouver », d’après Bastien, celle-ci étant située aux alentours du manche de la fameuse Grande Ourse.

De son côté, Sabine lance « les acquisitions avec le robot » — le fameux Vespera Pro — et lui fait ainsi observer NGC 7000, soit la nébuleuse de l’Amérique du Nord, la même qui se trouve encadrée dans le salon, à quelques pas de là.

Dans le même temps, l’astrophotographe règle son appareil photo, un Canon 6D, monté sur trépied. L’ISO est monté au max, la focale est grande ouverte, Sabine presse alors la télécommande et d’ici quelques secondes, la Voie lactée va apparaître nettement sur son écran. Météo bretonne oblige, celle-ci est légèrement couverte par les nuages. En zoomant, une tâche rosâtre déjà croisée un peu plus tôt ce soir-là se distingue : la nébuleuse de l’Amérique du Nord, encore une fois.

La nébuleuse de l’Amérique du Nord. © Sabine Gloaguen

À chaque sortie entre chien et loup, Sabine apprécie surtout se « perdre dans le ciel », sans objectif précis. Juste savourer le moment, suspendu. « Ça rend humble. On se rend alors compte qu’on est vraiment rien. Il y a quelque 200 milliards d’étoiles dans la Voie lactée. On est au centre de quelque chose de tellement grand qu’on peut difficilement se le représenter. »

« Le nouveau Far West »

Depuis quelques années, le couple constate des changements dans le ciel. « Depuis le confinement et la hausse des prix de l’énergie, les villes éclairent moins la nuit. » D’après une étude du Cerema parue le 30 juillet, 30 % des extinctions totales ont été mises en place au moment de la hausse des prix de l’énergie, fin 2022. Une mesure davantage prise dans les petites villes. « Faire de l’astrophotographie en zone urbaine ou à la campagne, ce n’est pas la même chose », fait remarquer Bastien.

Ici, à Plouhinec, petite ville côtière d’environ 4 000 habitants, le couple a tenu à acheter une maison non loin de la mer et sans éclairage public la nuit pour éviter au maximum toute forme de pollution lumineuse. Avec leurs objectifs qui sont le plus souvent tournés à l’Ouest, « car à l’Est, il y a la ville de Quimper et les lumières qui gênent pour observer le ciel », ajoute l’ingénieur en informatique. Mais il faut aussi reconnaître que la Bretagne, avec son humidité et son ciel régulièrement nuageux, « n’est pas le meilleur endroit pour l’astrophotographie ».

La Voie lactée à Plouhinec. © Sabine Gloaguen

Ce qui a également changé ces dernières années, constatent les astrophotographes, c’est la multiplication des satellites. « C’est le nouveau Far West », commente à regret Sabine, montrant alors une photo prise en 2021, sur laquelle l’on peut voir plusieurs satellites se croiser, gâchant quelque peu l’image. « Ils saturent l’orbite basse. Certains disposent de panneaux solaires pour fonctionner et ils réfléchissent de la lumière », ajoute l’ingénieure. D’après le Centre national d’études spatiales, l’espace comptait 7 500 satellites en 2023, contre 1 seul en 1957, le Spoutnik.

Dire que la contemplation et la photographie de ciels profonds ou de paysages nocturnes rythment la vie de ces deux ingénieurs serait peut-être exagéré. Et pourtant. Sabine vient de quitter son travail qu’elle occupait depuis vingt-cinq ans pour se lancer dans un diplôme universitaire d’astronomie à la rentrée, « afin d’acquérir les connaissances théoriques qu’il [lui] manque », rapporte Sabine.

Ciel pur en Namibie

Et puis, il y a les voyages, parfois. « On essaye tout de même de limiter l’impact que notre activité peut avoir », tempère Sabine. « Il faut aussi que les finances suivent », rappelle Bastien. Le couple a déjà pu arpenter le Chili, la Namibie, l’Islande et le pic du Midi en France.

À chaque territoire, un ciel différent. « La Namibie a sans doute le ciel le plus noir qu’on ait pu voir. Le pays est aussi l’un des moins peuplés au monde », raconte la future étudiante en astronomie.

Pour autant, faire de l’astrophotographie un métier à temps plein ne semble pas être l’objectif. « Hormis quelques parutions dans des magazines ou une exposition de temps en temps, cela ne rapporte pas. Bastien a un blog avec un peu plus d’audience que le mien, des jeunes lui écrivent à ce sujet et il leur déconseille d’en faire un projet professionnel à plein temps. » Tous deux vivent l’astrophotographie avant tout comme une passion, et parfois comme une activité complémentaire.

La nébuleuse de l’Haltère. © Sabine Gloaguen

L’observation du ciel sera en tout cas l’objet de leur prochain voyage. 2026, direction l’Espagne. Cette fois-ci en van. Bastien a beau admirer le ciel depuis les années 90, l’astrophotographe a encore une case à cocher : « Je n’ai encore jamais vu d’éclipse totale du Soleil. » Celle de 2001 lui est passée sous le nez, ses parents n’avaient pas eu envie de sortir ce jour-là.

Le rendez-vous est donné en août prochain, quelque part sur la côte atlantique en Espagne, Bastien et Sabine prendront le temps d’admirer cette éclipse totale. En espérant que le ciel espagnol soit plus clément qu’en Bretagne, et qu’aucun nuage ne viendra perturber l’observation.

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