Comment le maïs OGM tue les abeilles

Durée de lecture : 4 minutes

31 mars 2012 / Marie-Paule Nougaret


Avant c’était facile : il y avait les plantes alimentaires et les plantes insecticides, par exemple le pyrèthre.

On ne mangeait pas les plantes insecticides. On les cultivait - on cultive toujours le pyrèthre au Kenya - pour fabriquer des poisons plus violents quelquefois que ceux de l’industrie, mais sans résidu, qui disparaissent avec la dépouille de leur victime, par décomposition.

Avec les OGM tout change : une toxine insecticide empruntée à une bactérie du sol se reproduit dans l’aliment et agit de l’intérieur.

La culture ne résiste pas aux insectes, comme on l’allègue, elle les tue. La plante alimentaire devient insecticide. Reste à savoir ce qui peut y résister.
Les abeilles sont des insectes, victimes des insecticides en général. Les obtenteurs de plantes comestibles insecticides prétendent vendre, assez cher, de merveilleuses exceptions.

Des apiculteurs pensent au contraire que ces OGM fragilisent les ruches, déjà sous la menace d’autres dangers. A l’appui de cet argument, ils ne peuvent fournir que leurs observations et leur métier : si le maïs insecticide Mon 810 tue les abeilles, on ne pourra pas le prouver.

Le crime serait presque parfait

Les butineuses voyagent à 10 km et plus (travaux de Luc Belzunce à l’INRA), effort considérable et elles ont faim. Elles se nourrissent de pollen bourré de protéines qui s’attache à leurs brosses quand elles visitent les fleurs (et prélèvent avec leur trompe du nectar dont la ruche tire le miel).
Le maïs émet son pollen en nuage visible et le confie au vent. Les abeilles cherchent plutôt celui, lourd et nourrissant, des plantes mellifères, mais le maïs OGM produit beaucoup de pollen.

Le maïs OGM fabrique davantage de pollen que ses cousins si bien (certains disent « en sorte ») qu’il se croise avec les maïs alentour et dénature leurs grains. Une firme a ainsi pu poursuivre au Canada Percy Schmeiser, cultivateur de vieux maïs américains, pour contrefaçon (ou copie illégale) d’OGM, et les juges l’ont condamné. D’évidence le pollueur n’est pas toujours le payeur.

Les ailes de l’abeille vrombissent si vite qu’on ne les voit pas. Ce métabolisme ultra rapide, vorace en énergie, digère aussi à toute vitesse. Si la butineuse avale un toxique, mettons un pollen insecticide, tombé par extraordinaire dans une fleur à nectar, elle succombe en vol et ne revient jamais.

Le miel est propre mais la preuve du crime : le cadavre de l’abeille, a disparu. Allez le découvrir dans un rayon de 10 km…

Du côté des coccinelles

Les larves de coccinelles dévorent les pucerons. Les jardiniers le savent et évitent de traiter à la première attaque, de crainte d’éliminer les bêtes à Bon Dieu et leurs précieux rejetons.

Des chercheurs ont élevé des larves de coccinelles à deux points (Aralia bipunctata) sur des œufs de mites de farine (« pyrales »), enduits de toxines microbiennes utilisées dans les OGM insecticides. Les larves ont vite succombé. Cette étude (parmi d’autres), a entraîné l’interdiction du maïs Mon 810 en Allemagne. D’autres chercheurs ont contredit ces résultats : les larves de coccinelles auraient survécu. Il apparaît maintenant qu’ils les ôtaient, de temps en temps, de leur nourriture badigeonnée de toxines pour varier leur menu.

Fragilité des OGM (et de l’information)

Trois laboratoires de biologie moléculaire, à Barcelone en Espagne, à Lucknow en Inde et à Florence en Italie, ont vérifié le génome du maïs Mon 810 (insecticide) et découvert que sa description ne correspondait plus au produit : de l’ADN a bougé et s’est re-mélangé ; ils y ont par exemple trouvé le gène assez ennuyeux nptii, de résistance à 2 antibiotiques (kanamycine et néomycine), qui ne figurait pas dans la carte génétique soumise aux autorités. Comment y est –il venu ? Mystère. La biologie moléculaire emploie des antibiotiques comme outils. Les résultats ont paru dans les revues de spécialistes, dont les références se trouvent à partir du site extraordinaire de la bio-physicienne Mae-Wan Ho I-sis, Institute of Science in Society.

Ceci pose la question du transfert horizontal d’ADN, d‘espèce à espèce, par opposition au transfert vertical de génération en génération. Les constructions génétiques artificielles semblent en effet plus fragiles que les gènes d’origine et susceptibles de se promener et fabriquer par exemple, de nouveaux microbes infectieux.

Un scientifique de l’université de Iéna, en Allemagne, aurait selon Ho, élevé des larves d’abeilles sur du pollen OGM et retrouvé le transgène (transféré dans la plante) parmi les gènes des bactéries de leur tube digestif … Un journaliste l’a raconté dans The Observer en Angleterre. Puis un reporter de la télévision ZDF lui a rendu visite et, au passage, annoncé que sa publication serait refusée par Nature : il le tenait de Monsanto qui l’a su avant le chercheur. Ainsi va notre métier.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Courriel à Reporterre

Marie-Paule Nougaret est journaliste. Son blog : L’échappée

Lire aussi : Le moratoire sur la culture d’OGM de nouveau en place

DOSSIER    Abeilles

20 juillet 2019
Tour de France : l’équipe Ineos, championne du plastique polluant
Enquête
27 juillet 2019
Voiture reine, magasins à perte de vue... Bienvenue à la zone commerciale géante de Plan-de-Campagne
Reportage
26 juillet 2019
Contre le G7, les altermondialistes organisent un sommet « démocratique et ouvert »
Info


Dans les mêmes dossiers       Abeilles





Du même auteur       Marie-Paule Nougaret