Comment nous avons sauvé le pêcher dans l’automne radieux

Durée de lecture : 3 minutes

9 novembre 2015 / par Christine Laurent

Dimanche matin, gare d’Austerlitz, je ne suis pas seule à tenir ma bicyclette sur le quai A, d’où partent les RER pour Saint-Martin-d’Etampes et Dourdan. La douceur du temps et le soleil radieux invitent à la promenade ou au jardinage en solo, dans les couleurs dorées de l’automne du jardin sans pétrole.

Aujourd’hui, j’ai l’intention de m’occuper du pêcher. Celui-ci est envahi de repousses d’acanthe et autres ronces que j’enlève avant de répandre à ses pieds un seau de bon compost que je recouvre d’un tapis de feuille de consoude. Un soin particulier pour cet arbre un peu frêle qui revient de loin.

Ce pêcher a poussé je ne sais quand : nous n’avons découvert sa présence qu’au printemps 2014. Intrigués par la forme de ses feuilles et loin d’imaginer un arbre fruitier, nous penchions pour une variété de saule inconnue de nous. Au printemps dernier, de vilaines boursouflures sont apparues sur ses feuilles. Déformées et recroquevillées, elles souffraient d’un mal invisible qui nous a permis d’identifier ce nouvel arbre. Les contorsions de ses feuilles étaient le fait d’un champignon microscopique, Taphrina deformans, qui s’attaque aux pêchers et à ses cousins les nectariniers et les brugnoniers.

J’ai immédiatement pris des mesures sanitaires en ôtant toutes les feuilles malades – sur l’arbre et au sol – que j’ai jetées dans le foyer du barbecue de fortune, en prévision d’une prochaine flambée. Puis, à l’occasion d’un week-end où nous sommes restés sur place, j’ai préparé une tisane de prêle car cette plante contient du silicium qui aide à la réparation des tissus des végétaux. J’ai aspergé l’arbre de cette potion.

Magique ! Je l’ai cru, car rapidement de nouvelles feuilles indemnes ont poussé, flattant mon habileté… D’autant qu’en juin trois petites pêches s’étaient formées, que les oiseaux ont barbotées.

J’ai depuis mené l’enquête pour comprendre l’origine de la contamination par le champignon. Elle semble liée au climat. Quand l’hiver est doux et pluvieux, les spores - qui sont au champignon ce que la graine est à la plante à fleurs – survivent très bien dans les anfractuosités des rameaux et sous les écailles des bourgeons. Au printemps, quand éclosent les bourgeons, ils se réveillent, fusionnent et donnent naissance au mycélium infectieux. Les spores voyagent avec le vent et la pluie, et s’installent sur de nouveaux arbres. Leur mycélium pénètre le tissu des feuilles pour se nourrir, créant un tel bazar que la feuille n’y survit pas. Elle se cloque, devient toute rouge, se racornit, se dessèche, noircit et meurt.

Heureusement, ce champignon déteste la chaleur sèche. Comme celle-ci s’est rapidement installée cette année, une fois la première attaque passée, notre jeune pêcher a eu le temps de se remplumer. Et ma décoction de prêle n’y est pas pour grand-chose !


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Source : Christine Laurent pour Reporterre

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