Contre le projet autoroutier A45, les naturalistes entrent en jeu

1er juillet 2017 / Benjamin Larderet (Reporterre)



Prévu entre Lyon et Saint-Étienne, le projet d’A45 est porté par Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne–Rhône-Alpes. Un rassemblement d’opposition a lieu ce week-end du 1e juillet. Les naturalistes ont inventorié de nombreuses espèces protégées. Reportage photo.

  • Sur le tracé prévu de l’A45, reportage

Filet à papillons et jumelles en main, encyclopédie botanique dans le sac, c’est une soixantaine de naturalistes de tous les âges et de toutes spécialités confondues qui se sont mobilisés samedi 10 et dimanche 11 juin pour inventorier la faune et la flore sur la bande de terre menacée par le projet autoroutier de l’A45.

Julien Bouniol, chargé de mission à la Frapna.

L’A45, dont les premières études remontent à 1993, est supposée doubler quelques kilomètres au nord l’autoroute A47 déjà existante entre Lyon et Saint-Étienne. Celle-ci est jugée surchargée et dangereuse. Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne–Rhône-Alpes, a mis un grand coup d’accélérateur au projet en faisant voter son financement. À plus d’un titre, 2017 devrait être une année clef pour l’avenir des terres situées sur le tracé de l’autoroute.

Découverte d’une station de « Gratiola officinalis », une plante toxique protégée sur l’ensemble du territoire français.

La Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature), qui organise tous les ans les « 24 h naturalistes » dans le but de collecter des données d’un espace jugé sensible ou à enjeu notable, a choisi cette année de s’intéresser à la partie est de la future A45. Chaque année, 3.000 à 4.000 données sur 400 à 500 espèces différentes sont recueillies, permettant de dresser un état des lieux fiable du site observé. La quantité des données collectées, la qualification poussée d’une partie des bénévoles, ainsi que la connaissance cumulée du terrain pour les membres de l’association, produit un résultat solide. Sur le tracé prévu de l’A45, les naturalistes ont relevé une centaine d’espèces protégées.

L’identification d’une libellule.

Effectuer des recours et ralentir la procédure

Au-delà de l’intérêt scientifique lié à la connaissance des milieux traversés par l’autoroute, le but est surtout stratégique. D’autres collectifs de Naturalistes en lutte ont déjà démontré leur efficacité dans l’élaboration d’une contre-expertise valide devant les tribunaux, comme à Notre-Dame-des-Landes.

Mue de cordulie à corps fin, l’espèce de libellule la plus rare dans le Rhône.

En effet, chaque projet d’infrastructure doit être accompagné d’une étude d’impact environnementale dans laquelle les espèces protégées doivent figurer. Une autorisation de destruction de ces espèces doit ensuite être délivrée par la préfecture. L’enjeu est donc de débusquer un maximum d’espèces qui ne seront pas mentionnées par le bureau d’études, dans le but d’effectuer des recours et ralentir la procédure.

Identification d’une plante dans une prairie humide.

Les données répertoriées sur le tracé de l’A45 seront regroupées et décortiquées, puis une synthèse sera rendue publique lors du grand weekend de mobilisation du 1er et 2 juillet, où une marche contre l’A45 partira de Saint-Étienne en direction de Lyon.

Identification d’une plante.

L’AVENIR DE L’A45 ENTRE LES MAINS DU GOUVERNEMENT

La balle est désormais dans le camp de l’exécutif. Mardi 27 juin, le Conseil d’État a rendu un avis favorable au projet d’autoroute A45. L’annonce a été faite par Gaël Perdriau, le président de la métropole de Saint-Étienne et maire de la ville du même nom, fervent soutien de la réalisation du nouvel axe routier.

« Toutes les étapes sont désormais franchies pour que la ministre des Transports, Élisabeth Borne, chargée, au niveau gouvernemental, du dossier A45, (...) signe le contrat avec le concessionnaire désigné pour la construction de cette nouvelle autoroute », s’est-il réjoui dans un communiqué. Il espère la mise en service du tronçon en 2022.

C’est désormais au gouvernement de signer le décret validant le contrat entre l’État et le groupe Vinci, qui exploitera la future autoroute à péage. Le fera-t-il ? « On entre dans une phase extrêmement politique du dossier », estime Maxime Combes, l’un des porte-parole de la coordination des opposants au projet.

Ces derniers évaluent que « la nouvelle autoroute ferait croître les kilomètres parcourus de 136 % et la quantité de CO2 rejetée dans l’atmosphère de 85 % d’ici à 2035 (...). L’A45 n’est donc pas compatible avec un engagement sincère en matière de lutte contre les dérèglements climatiques. » Le collectif appelle le gouvernement à ne pas signer le décret.

Cartographie de la partie rhodanienne de l’A45.

« La balle est dans le camp du Premier ministre, poursuit Maxime Combes. Il se retrouve dans une situation étrange, où il a des demandes d’élus de la République en marche contradictoires, car ceux du côté de la Loire et de Saint-Étienne sont favorables, alors que ceux dont les circonscriptions sont concernées par le trajet sont plutôt opposés. Quant à Gérard Collomb [ministre de l’Intérieur et ex-maire de Lyon], il n’a jamais appuyé ce projet. »

De son côté, Nicolas Hulot, ministre de tutelle d’Élisabeth Borne, semble pour l’instant dans ses petits souliers. En marge d’un déplacement à Lyon lundi 26 juin, il a déclaré qu’il prendrait le temps de se faire sa propre « opinion et de recevoir les acteurs » concernés. « Il y a des choix à faire dans les investissements. On ne va pas pouvoir tout faire. Soit on considère que l’engagement climatique est un petit engagement parmi d’autres, soit on considère effectivement que c’est l’enjeu majeur du XXIe siècle et qu’il y a un certain nombre de priorités qui vont s’inverser », a-t-il ajouté.

Selon le dossier de la déclaration d’utilité publique de 2008, les 48 km de l’A45 coûteraient 1,2 milliard d’euros. Ils seront en partie financés par le concessionnaire Vinci, qui pourra assurer l’exploitation et récolter les revenus du péage pendant 55 ans. Le reste doit être financé par des subventions publiques pour près de 800 millions d’euros. La région Auvergne–Rhône-Alpes, sous l’impulsion de son président LR Laurent Wauquiez, a ainsi voté une subvention de 132 millions d’euros en juillet dernier. Le département de la Loire et la métropole de Saint-Étienne se sont engagés pour des financements équivalents. L’État assurera l’autre moitié des apports de fonds publics, soit 395 millions d’euros.

Outre le délestage attendu de l’axe parallèle, l’A47, réputé accidentogène, les défenseurs du projet espèrent que cela permettra de rapprocher Saint-Étienne de Lyon et de revitaliser une région qui subit encore les effets de la désindustrialisation.

Une centaurée.

Les opposants pointent, eux, un financement sous-évalué, et évoquent plutôt un chiffre de 1,5 milliard d’euros, en plus de centaines de millions d’euros pour assurer les raccordements à chaque extrémité. Ils s’inquiètent également de la destruction de 500 hectares de terres agricoles et de la menace que le projet ferait peser sur 375 fermes.

« L’A45 ne fera pas venir les investisseurs à Saint-Étienne, avertit Maxime Combes. On a déjà un contre-exemple dans la région, avec Valence, qui est très bien reliée par l’autoroute A6. Au contraire, le risque est de devenir une ville dortoir. »

La proposition est de plutôt valoriser l’agriculture de la région, menacée par le projet. « Beaucoup de producteurs installés sur le tracé du projet d’autoroute vendent en local. Il s’y trouve notamment le tout premier magasin de producteurs de France, Uniferme, fondé il y a 40 ans », raconte encore Maxime Combes.

Une vitalité que les opposants à l’A45 entendent bien montrer ce weekend, lors de deux jours de fête qui, outre les concerts, prévoient aussi une « tractorution » et un marché de producteurs.




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Source : Benjamin Larderet et Marie Astier pour Reporterre

Photos : © Benjamin Larderet/Reporterre

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