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Coquelicots et lutte pour le climat : marions-les !

Durée de lecture : 5 minutes

6 juin 2019 / Fabrice Nicolino

« Comment pourrait-on supporter d’avoir détruit l’Empire des pesticides si le monde était transformé en fournaise ? » L’auteur de cette tribune propose aux groupes locaux des Coquelicots d’organiser un mariage festif entre les Coquelicots et la mobilisation contre le dérèglement climatique.

Journaliste, Fabrice Nicolino est président de Nous voulons des coquelicots, qui milite pour l’interdiction de tous les pesticides de synthèse. Le mouvement des Coquelicots se déploie sous la forme d’une pétition et d’une mobilisation chaque premier vendredi du mois.


Permettez à l’auteur de ce texte de dire aux plus jeunes des lecteurs : je vous envie un peu. Une extraordinaire aventure vous attend. Une aventure historique. Mieux, une aventure collective sans aucun précédent connu. Il s’agit hélas d’une guerre contre l’extermination du vivant, mais elle n’aura rien à voir avec les précédentes.

Ceux qui la mènent et la mèneront à vos côtés portent en oriflamme la beauté du monde, et réussiront fatalement à réunir les sociétés humaines. Il n’est pas possible, il n’est pas concevable que de si dérisoires minorités assoiffées d’or fassent tourner l’univers au son abominable du chiffre d’affaires. Cela ne sera plus longtemps toléré, et vous serez, j’en suis réellement convaincu, au rendez-vous.

Jeunes et moins jeunes gens qui vous levez ces jours-ci, l’action contre le dérèglement climatique et celle contre les pesticides sont voisines et parallèles. À quoi servirait de désamorcer la bombe climatique dans un monde privé du pépiement des oiseaux et de la joliesse des papillons ? Mais comment pourrait-on supporter d’avoir détruit l’Empire des pesticides si le monde était transformé en fournaise, traversé d’inondations et de typhons ?

Le mouvement des Coquelicots, lancé le 12 septembre 2018, promet une victoire à notre portée. Entre 700 et 800 rassemblements simultanés ont lieu le premier vendredi de chaque mois devant les mairies de notre pays, soit plusieurs dizaines de milliers de personnes. Chaque mois. Et 720.000 femmes et hommes ont déjà rejoint l’Appel des Coquelicots, qui n’a jamais été une pétition, mais un solennel engagement à l’action. Nous visons toujours cinq millions de soutiens en octobre 2020.

Est-ce fou ? Alors nous le sommes. Mais la société française est prête, ainsi que le montre, après tant d’autres signaux, un sondage de l’Ifop publié fin mai. 89 % des Français sondés sont pour une interdiction totale des pesticides d’ici à cinq ans. Nous sommes la société, et ceux qui défendent l’empoisonnement ne sont jamais qu’une coterie.

Ce vendredi 7 juin aura lieu notre neuvième rassemblement mensuel – à 18h30 – et nous avons proposé aux groupes locaux d’organiser un mariage festif entre les Coquelicots et la mobilisation en cours contre le dérèglement climatique. Proposé, et non imposé, car notre mouvement a la chance de ne pas connaître les ordres, la hiérarchie, la contrainte. Nous savons, car nous avons confiance dans notre force, que les décisions sur le terrain seront de toute façon les meilleures.

La grâce autrefois éternelle des papillons, leurs démentes couleurs... Tout cela s’en va au grand galop de la mort

A-t-on seulement le choix ? Le climat, cette bénédiction à peu près stable pendant douze milliers d’années, est désormais un fou dangereux. Il aura permis l’émergence des civilisations, de toutes ces civilisations que nous vénérons tant. L’Égypte de Pharaon, la Chine de l’empereur Jaune, la civilisation Chavín d’avant les Incas, Nok, Aksoum, Sumer, Babylone, Athènes, Rome n’auraient pas vu le jour sans la garantie de récoltes à peu près régulières. À peu près.

Et c’est donc fini. Comme si cela ne suffisait pas, un autre phénomène incroyable se déroule devant nous, sous tant de regards incrédules. La vie disparaît, comme une goutte d’eau au soleil, qui se transforme en vapeur avant de se perdre dans l’azur. La beauté nous quitte, sans esprit de retour. Des formes nées au fil d’un temps immense de milliers de siècles ne pourront plus être admirées par quiconque. Et certaines, déjà nombreuses, ont versé dans le néant.

Je suis né dans un monde de grands espaces dont je croyais naïvement qu’ils seraient toujours là. J’ai vécu au temps où il y avait encore des tigres par milliers, jusqu’aux portes de l’Europe. Il en reste quelques groupes épars, traqués par la cupidité, la stupidité, la déraison la plus totale. Et c’est vrai des si fabuleux grands singes, des orang-outans aux chimpanzés des films de mon enfance. Et c’est vrai des éléphants, dont les racines menaient jadis au ciel. Et c’est vrai des lions et des guépards, rois déchus des savanes, qu’on ne verra bientôt plus que derrière les barreaux des prisons humaines.

Bien sûr, ces animaux grandioses ne doivent pas cacher tous les autres, magnifiques eux aussi. Les papillons, la grâce autrefois éternelle des papillons, leurs démentes couleurs, tout cela s’en va au grand galop de la mort. Nous en aurions perdu la moitié en une vingtaine d’années. Et le tiers des oiseaux de France, qui ont autant de droits d’être ici que nous. En quinze ans. Et les abeilles, et les pollinisateurs qui fertilisent le tiers de l’alimentation des humains sur la terre. Et des centaines, et des milliers de beautés ordinaires, qui ne peuvent continuer la route commune.

Oui, c’est incroyable. On peut, on pourrait sans doute détourner les yeux une fois de plus. Mais non, cette fois, je pressens que vous n’en ferez rien. Je sens monter, comme d’autres, un considérable mouvement de la jeunesse, qui rebattra enfin les cartes décisives.

Nul humain digne de ce nom ne peut plus reculer. Nous allons gagner, car nous n’avons pas d’autre choix. Nous vaincrons, car la vaillance sera chaque jour un peu plus de notre côté. Nous sommes le seul avenir possible.



Lire aussi : Le coquelicot, une fleur anarchiste contre les pesticides

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. Faire-parts envoyés par Nous voulons des Coquelicots.

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