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Dans l’Yonne, la coopérative de consommation Germinal prospère sans lâcher sur les principes

Durée de lecture : 6 minutes

1er avril 2019 / Michel Bernard (Silence)

La coopérative Germinal s’occupe de quatre magasins bio dans le département de l’Yonne. Elle est aujourd’hui un exemple dans le monde coopératif du maintien des engagements sur une longue période.

  • Auxerre (Yonne), reportage

En 1974, des sympathisant·es auxerrois·es du jeune mouvement d’agriculture biologique Nature & Progrès se sont demandés comment monter un groupement d’achats. Après deux ans de discussion, en 1976, la coopérative Germinal [1] était créée. Très vite, elle prit de l’ampleur, et regroupe désormais quatre magasins. « La coopérative compte aujourd’hui 15.000 sociétaires dans un département de 300.000 personnes, dont 6.000 à 7.000 viennent régulièrement faire des achats. Le chiffre d’affaires annuel est de 12 millions d’euros », dit Benoît, directeur salarié de la coopérative depuis 2014 que nous avons rencontré au magasin de Perrigny.

Parallèlement au développement des points de vente, la coopérative a suivi toute l’évolution de la bio. « Elle a participé en 1986 à la naissance du réseau Biocoop, une coopérative de commerçants, mais n’y a adhéré formellement que dix ans plus tard, après de longs débats en interne. » Certaines des craintes des membres de la coopérative se sont réalisées, comme le fait que Biocoop accepte dans son réseau depuis 1990 des sociétés commerciales et pas uniquement des coopératives : « Aujourd’hui, seuls 15 % des magasins adhérents au réseau sont des coopératives. » Il y a eu aussi un débat sur l’ouverture des magasins à tout le monde. Jusqu’en 1996, seul·es les sociétaires y avaient accès. L’adhésion au réseau Biocoop a impliqué l’ouverture des magasins.

« Les produits locaux représentent 15 % du chiffre d’affaires » 

Le salariat a aussi fait l’objet de débats tout au long de l’histoire de Germinal. « Le premier salarié a été embauché au bout de deux ans, il y en a aujourd’hui 80 ! Trente ont été embauchés au cours des cinq dernières années. Cette augmentation ne provient pas seulement de la hausse du chiffre d’affaires mais également de l’évolution du magasin : la gestion du vrac nécessite plus de travail, tout comme la découpe à la demande de la viande et du fromage. » Une coopérative comme Germinal emploie au moins deux fois plus de salariés qu’un magasin conventionnel. « Le temps partiel est choisi par la personne salariée : aujourd’hui, 90 % des emplois sont à temps plein », presque tous en contrat à durée indéterminée. Tou·tes les salarié·es disposent de deux jours de repos consécutifs.

Pour mieux structurer le fonctionnement de la coopérative, un binôme de direction de la coopérative, qui aujourd’hui travaille avec des coresponsables de magasins, a été mis en place. La hiérarchie est minimale et les écarts de salaire limités : « L’écart maximum est de moins de trois fois le plus petit salaire. » Dans les magasins, il n’y a qu’un seul tarif.

Depuis le début, des sujets sont suivis et débattus régulièrement : comment faire le plus local possible pour réduire le plus possible son empreinte écologique ? Comment proposer les meilleurs produits au meilleur prix ? Comment avoir des salarié·es bien dans leur peau ?

Benoît, directeur salarié de la coopérative Germinal depuis 2014.

« Actuellement, les produits locaux représentent 15 % du chiffre d’affaires. Si la filière viande est 100 % locale, ce n’est pas le cas des fruits et légumes. L’Yonne présente un important déficit de maraîchage. Pour le fromage, les céréales et les légumineuses, cela progresse. Il y a maintenant un fournisseur local de poissons. Le reste vient en grande partie des plateformes de Biocoop. »

Les relations avec Biocoop font toujours l’objet de débats. La charte permet un dialogue entre commerçant·es, salarié·es et product·rices, le commerce équitable y est bien présent et tient compte des solidarités Nord-Sud comme de celles Nord-Nord (ne pas importer du Sud un produit solidaire s’il existe une production locale), le cahier des charges est plus exigeant que celui de l’Union européenne… ce qui n’est pas difficile. Mais, « il y a encore des points où Germinal ne se sent pas en accord, notamment la volonté d’assurer un modèle fondé sur une croissance permanente, d’être dans la course pour rester le premier réseau de la bio et d’adopter ainsi un discours approchant celui de certaines franchises. » Un débat est en cours actuellement : dans un département très rural, où la plupart des déplacements se font en voiture, ne pourrait-on pas, pour limiter la pollution, créer un système de livraison de proximité ? « On étudie la possibilité de lancer un camion-épicerie qui serait présent sur des marchés de village et ferait en même temps des livraisons. »

« La question coopérative est aujourd’hui remise en avant pour répondre à l’offensive des grandes chaînes commerciales » 

Le conseil d’administration se renouvelle par tiers tous les ans (soit quatre postes sur 12). Il n’y a jamais eu de problème pour avoir des candidatures. Il y a des consommat·rices, mais aussi des product·rices. « Récemment est entrée une personne représentant un Jardin de cocagne, jardin d’insertion qui fournit des légumes à la coopérative. » La gestion d’une équipe importante comme Germinal est complexe. Pour éviter un manque de compréhension, les nouve·lles administrat·rices bénéficient d’une formation professionnelle financée par Germinal. Actuellement, les assemblées générales réunissent environ 120 personnes, chacune pouvant porter jusqu’à 10 pouvoirs d’autres sociétaires. Les personnes qui ne viennent pas peuvent envoyer un « pouvoir blanc » qui donne quitus au conseil d’administration sortant [2].

Alors que dans les années 2000, la tendance était de faire oublier que Germinal était une coopérative pour faire comprendre que tout le monde pouvait venir dans les magasins, « la question coopérative est aujourd’hui remise en avant pour répondre à l’offensive des grandes chaînes commerciales. Il s’agit de rappeler que dans une coopérative, le bénéfice profite d’abord au personnel, au local, et non à de lointains actionnaires ». Après 45 ans de fonctionnement, l’esprit coopératif est toujours présent et a su intéresser une part significative de la population du département.



[1Le nom de Germinal évoque à la fois le calendrier révolutionnaire et la germination.

[2« Les sociétaires ont d’autres moments pour s’exprimer : le magasin d’Auxerre dispose d’une salle pour accueillir des ateliers, des conférences ou des débats en interne ou en externe. » Avec l’aide de Jean-François Draperi, sociologue spécialiste du mouvement coopératif, Germinal a engagé une réflexion sur la place du modèle coopératif dans le système économique libéral.


Lire aussi : A Toulouse, une « coopérative intégrale » prépare l’après-capitalisme

Source et photos : Article transmis amicalement à Reporterre par Silence.

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