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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Quotidien

Dans le métro parisien, des nez rouges contre la peur

Ils descendent dans le métro parisien affublés du nez rouge caractéristique. Les clowns de la compagnie Solstice vont à la rencontre des voyageurs pour « provoquer l’ouverture » des cœurs et des visages. Depuis les attentats de vendredi, croiser leur chemin aide aussi à conjurer la peur.

« Bonsoir Madame, je m’appelle Saucisse, j’ai passé une belle journée et je vous aime. » Dans le métro parisien, hier soir, des sourires s’esquissent. Un monsieur aux yeux bleus pétillants et aux cheveux grisonnants vient d’entrer dans la rame, station Hôtel-de-Ville. Avec lui, deux comparses, tous dotés d’un attribut étrange : un nez rouge.

Daniel : « Bonjour, je m’appelle Saucisse »

Ils serrent les mains, entonnent « Mon beau sapin, roi des forêts », offrent des ballons en forme de cœur. Bref, ils distribuent de l’amour. Daniel, Guillaume et Angélina se rendent régulièrement dans les souterrains de la capitale pour dérider les passagers et « provoquer l’ouverture ».

Angélina, qui travaille à Reporterre, offre des sourires aux voyageurs

Mais ce lundi soir est particulier. Plusieurs clowns assidus ont renoncé à venir, « à cause des événements de vendredi ». Sur la ligne 1, direction La Défense, les visages sont fermés et les regards fixés sur les écrans des téléphones. « C’est difficile d’entrer en relation avec les autres, car je me sens moi-même très affectée », explique Angélina. « Les énergies sont vers le bas », confirme Daniel, comédien et consultant en maïeutique, « l’art d’accoucher de soi-même ».

« Merci, c’est super ce que vous faites »

Convaincu que rire est un besoin aussi essentiel que manger ou respirer, il cherche à « rendre visible l’amour ». Sa compagnie se nomme [Solstice->http://compagnie-solstice.net/stagesrire.htm) et propose aussi des stages de yoga du rire. Ses outils ? Un nez rouge, quelques respirations profondes, un sourire « naturel » et des mots simples. « Dire bonjour et bonsoir aux inconnus, c’est du savoir-être que nous avons perdu, c’est s’adresser à l’humanité qui est en chacun de nous. »

Guillaume : « Rendre visible l’amour »

Il s’avance vers un jeune homme en costard, lui tend la main et l’interroge : « Comment allez-vous ? » Pas très bien, pas le moral. Le sexagénaire sourit, allume un cierge magique, fait retentir une trompette à vélo. En face de lui, le garçon éclate de rire : « Merci, c’est super ce que vous faites. » Partout dans la rame, la tension diminue. Encouragée par les trois énergumènes, une femme se met à chanter, tandis qu’une autre s’interroge : « Vous vous appelez Solstice ? C’est que vous avez beaucoup de soleil à l’intérieur de vous ! »

« Vous avez du soleil à l’intérieur de vous »

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