« C’est une question de survie économique » : Le Relais ferme 4 000 bornes de collecte
Un employé du centre de recyclage Le Relais à Acigné, près de Rennes, tire un chariot rempli de vêtements destinés au tri, le 21 juillet 2025. - © Damien Meyer / AFP
Un employé du centre de recyclage Le Relais à Acigné, près de Rennes, tire un chariot rempli de vêtements destinés au tri, le 21 juillet 2025. - © Damien Meyer / AFP
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Alors qu’une campagne de communication invite à déposer les vieux vêtements dans les points de collecte, Le Relais annonce fermer plus de 4 000 de ces bornes. Résultat : 60 postes supprimés et des déchets sans débouchés.
« Usés, démodés, troués, dépareillés ? On prend tout. » C’est le mot d’ordre de la campagne actuellement portée par Refashion. L’éco-organisme, financé par les producteurs et distributeurs de textiles, veut inciter les consommateurs à déposer leurs vieux vêtements, chaussures ou linge de maison dans un des 47 000 points de collecte.
Chaque année, 649 000 tonnes de ces déchets finissent à la poubelle, déplore-t-il. « Or chaque textile ou chaussure jetée aux ordures ménagères est voué à être brûlé, au pire enfoui », avertit Refashion, chargé au nom du principe du pollueur-payeur (ou REP pour Responsabilité élargie du producteur) d’assurer le traitement des vêtements et autres textiles en fin de vie, grâce à l’éco-contribution de quelques centimes payée par les consommateurs sur chaque vêtement neuf acheté.
Lire aussi : Le Relais en grève : pourquoi les bennes à vêtements débordent
Sauf que cette campagne tombe au pire moment : Le Relais, l’un des acteurs majeurs de la collecte et du tri textile en France, a annoncé le 9 juin la suppression de 4 295 bornes de collecte sur les 22 000 qu’il détient partout en France, et ce, de façon définitive pour 2026. Il a commencé à retirer les conteneurs ou à les condamner avec du film plastique pour les rendre inutilisables.
« Nous ne pouvons plus collecter au-delà de nos capacités, explique Emmanuel Pilloy, président de Relais France. L’an dernier, nous avons collecté 120 000 tonnes de textiles alors que nous ne pouvons en trier que 90 000 tonnes et que nous n’avons plus de débouchés pour le surplus. Nous avons donc décidé de réduire la voilure de 15 000 tonnes. C’est une question de survie économique. » Cette décision va entraîner la suppression d’environ 60 emplois en insertion, précise-t-il.
Les coûts logistiques et énergétiques alourdis
Le Relais, comme l’ensemble des acteurs de la collecte et du tri de textiles, traverse depuis deux ans une crise inédite. Reporterre le racontait en janvier 2025 : les bennes de collecte débordent de vêtements issus de la fast-fashion ; les débouchés s’amenuisent en raison de la perte de marchés africains et de la qualité toujours plus médiocre des vêtements déposés ; les centres de tri saturent et ne prennent plus les surplus.
En juillet, des Relais s’étaient déjà mis en grève et avaient finalement obtenu une enveloppe exceptionnelle de 15 millions d’euros débloquée par le ministère de la Transition écologique.
Mais les difficultés n’ont pas cessé, et se sont même aggravées depuis février 2026 avec la crise géopolitique qui réduit encore un peu plus les débouchés internationaux et alourdit les coûts logistiques et énergétiques. La collecte coûte jusqu’à 250 euros la tonne quand cette même tonne ne sera revendue qu’à hauteur de 150 euros, un montant qui risque encore de diminuer dans les prochains mois, craint Emmanuel Pilloy.
Indignation des structures de collecte et de tri
Dans ce contexte, l’opération « On prend tout » de Refashion a suscité l’indignation d’une bonne partie des structures de collecte et de tri qui craignent qu’elle n’aggrave la situation. « Refashion a lancé cette campagne sans consulter les opérateurs de collecte. C’est d’un cynisme ! », réagit Aurore Médieu, responsable transition écologique au sein d’ESS France, auprès de Reporterre.
75 % des volumes de textiles usagés sont captés par des structures de l’ESS (économie sociale et solidaire). « Cette campagne est une provocation, a pour sa part taclé le Réseau national des ressourceries et des recycleries (RNRR) sur LinkedIn. […] On a envie de répondre : “Chiche ! Venez reprendre tous nos déchets textiles comme c’est prévu dans le cahier des charges !” »
« Il faut attendre plus d’un mois et demi pour que les demandes d’enlèvement soient traitées »
Refashion est en effet tenu de jouer le rôle de « voiture-balai » en récupérant gratuitement les gisements des collecteurs ne trouvant pas de repreneurs. En avril, l’éco-organisme a d’ailleurs écopé d’une amende de 170 000 euros pour non-respect de cette obligation au cours des années 2024 et 2025. Le dispositif continue à dysfonctionner, constate Louana Lamer, responsable REP textile chez Emmaüs France.
« Refashion ne sait pas gérer. Il faut attendre plus d’un mois et demi pour que les demandes d’enlèvement soient traitées. Leurs prestataires ne passent pas ou bien ils arrivent avec des véhicules légers alors qu’il faudrait des camions pour évacuer les stocks de textiles », explique-t-elle à Reporterre.
Interrogé, Refashion dit avoir mis en place une équipe dédiée et souligne la diversité des situations : « Nous nous adressons à une population très hétérogène : petites associations de quartier, grands opérateurs nationaux, structures aux réalités de terrain très différentes. Les demandes que nous recevons vont de 200 kg à plus de 30 tonnes — ce qui exige à chaque fois d’adapter le mode d’enlèvement, le type de véhicule, la logistique. »
Les collectivités réfléchissent à des solutions de substitution
L’éco-organisme affirme toutefois que plus de 90 % des quelque 1 200 demandes reçues depuis janvier ont été prises en charge ou sont planifiées. Que deviennent ces volumes ? Ils sont orientés « vers des prestataires de traitement sélectionnés par appels d’offres », qui doivent les envoyer à leur tour vers le réemploi ou, à défaut, vers le recyclage, vers des unités de combustibles solides de récupération (CSR) ou, en dernier ressort, vers l’incinération ou l’enfouissement.
Avec la suppression des bornes du Relais, le coût du traitement risque d’échoir aux collectivités des zones concernées. Celles-ci réfléchissent à mettre en place des solutions de substitution. En attendant, elles tentent d’informer leurs administrés. L’agglomération de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée, les enjoint par exemple à « ne pas déposer de textiles dans les ordures ménagères, afin de ne pas perturber le fonctionnement des installations de traitement », à les conserver chez eux et à ne les déposer en déchetterie qu’« en cas d’impossibilité de stockage temporaire, par exemple lors d’un déménagement ».
Certaines communes rappellent également qu’il ne faut pas déposer ces déchets au pied des bornes condamnées, tout dépôt sauvage étant passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 euros. On prend tout, mais pas n’importe où.
Une réforme et une proposition de loi très attendues
Cette polémique tombe également en pleine réforme du cahier des charges de la REP textile, réclamée par tous les acteurs face à l’afflux croissant de déchets. Mathieu Lefèvre, ministre chargé de la Transition écologique, a fait part de ses orientations le 24 avril avec « un choix stratégique fort », à savoir « l’industrialisation d’une véritable filière de recyclage ». Au moins 250 millions d’euros seront fléchés vers ce projet, que le gouvernement souhaite rapidement mettre en œuvre.
Si Refashion a salué « des axes concrets qui répondent à des attentes fortes du terrain, et qui sont des bonnes nouvelles pour tout le monde », l’Union pour le réemploi solidaire [1] est loin de partager cet avis, estimant que les orientations proposées font la part belle au recyclage au détriment du réemploi, pourtant plus vertueux, selon elles.
« Cette réforme vise-t-elle la mort de la solidarité textile ? s’interroge Benoît Hamon, président de l’ESS, dans un communiqué du 22 mai. […] En l’état, ce cahier des charges menace des centaines d’emplois locaux et nos actions auprès des plus précaires, sans répondre aux réalités du terrain. »
Pour sa part, Louana Lamer estime que ce projet « loupe le coche ». « Il faut fermer le robinet des mises sur le marché de vêtements. Or l’examen de la proposition de loi sur la fast-fashion, qui permettrait de les réguler, ne cesse d’être repoussé », se désespère la responsable REP textile d’Emmaüs. Ce texte qui vise à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile a été adopté à l’unanimité des députés en... 2024. Il doit désormais passer devant la commission mixte paritaire, mais le gouvernement entretient le flou sur la date d’examen.