Le Relais en grève : pourquoi les bennes à vêtements débordent
Le Relais affirme que 2 000 emplois d'insertion sont menacés par la crise qu'il traverse. - © Georges Gobet / AFP
Le Relais affirme que 2 000 emplois d'insertion sont menacés par la crise qu'il traverse. - © Georges Gobet / AFP
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Entreprise sociale chargée du recyclage des vêtements, Le Relais connaît une crise profonde. Les dirigeants demandent un meilleur financement par l’éco-organisme Refashion, qui parle d’un « modèle arrivé à sa fin ».
De Nancy à Arras en passant par Abbeville, vous les avez peut-être vues : les mardi 15 et mercredi 16 juillet, des montagnes de déchets sont apparues devant des magasins Decathlon et Kiabi. Loin de vouloir faire un vide-grenier géant, l’entreprise à vocation sociale Le Relais a organisé une opération de sensibilisation auprès du grand public. « C’est un peu un cri d’alerte avant de mourir », témoigne Emmanuel Pilloy, président du Relais France.
La société d’insertion créée en 1984 par des membres de la communauté Emmaüs de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) collecte et trie les vêtements placés dans ses conteneurs, avant de les revendre — principalement à l’étranger — ou les recycler. Elle demande à travers cette action une augmentation du financement par l’éco-organisme Refashion, chargé depuis 2009 par le ministère de la Transition écologique d’accompagner les marques vers le recyclage et l’économie circulaire et de collecter une somme — actuellement autour de 3 centimes — sur chaque vêtement neuf vendu.
Cette contribution finance Refashion, qui en redistribue une partie aux organismes chargés de la collecte. Le Relais n’est pas le seul, mais il est de loin le plus important, représentant les deux tiers des emplois du secteur en France.
« Si on meurt, 120 000 tonnes vont repartir à la poubelle »
« En France, 3 milliards d’articles textiles sont vendus par an. Le budget de l’éco-organisme est de 130 millions d’euros et les recycleurs que nous sommes n’ont récupéré que 30 millions », déplore Emmanuel Pilloy. En conséquence, le Relais demande un doublement de la contribution au tri — à hauteur de 304 euros par tonne de vêtements recyclés, contre 156 euros aujourd’hui, afin de soutenir les efforts.
« On a des bornes, les gens déposent, mais le tri, ça coûte de l’argent. La contribution environnementale vient rétablir l’équilibre », précise le président. Selon Le Relais, la survie de l’entreprise est en jeu : 2 000 emplois d’insertion — des profils éloignés du marché du travail — pourraient être supprimés. Autre effet retors : la gestion des vêtements usagés. « Si on meurt, 120 000 tonnes vont repartir à la poubelle et le contribuable va devoir payer les taxes d’ordures ménagères », redoute Emmanuel Pilloy.
En plus de cette crise, l’entreprise a également connu ces dernières années des difficultés internes. D’après une enquête de Streetpress, Le Relais des Hauts-de-France a fait l’objet de plusieurs « redressements » de l’Urssaf pour « non-application des conventions collectives », pour un total de 3,8 millions d’euros. Interrogé par Reporterre sur les liens entre cette situation et la crise actuelle, Emmanuel Pilloy, directeur du Relais, a estimé que « c’est totalement hors sujet ».
Crise des débouchés en Afrique
Pour Refashion, les objectifs n’ont pas été atteints par les spécialistes français du recyclage et l’éco-organisme refuse donc d’accéder aux revendications du Relais. « Le modèle est arrivé à la fin », dit Maud Hardy, directrice générale de Refashion, qui blâme le contexte très défavorable et la crise des débouchés pour les vêtements triés par Le Relais. En effet, l’Afrique est la première destination pour ces vêtements, mais les grossistes sur place préfèrent désormais se rabattre sur l’offre des pays asiatiques spécialistes de l’ultra-fast-fashion.
« Le marché africain vit une crise structurelle jamais vue, qui va bouleverser la filière, affirme-t-elle. Depuis quelques mois, nos opérateurs de tri et de collecte se trouvent en grande difficulté. [...] Il faut inventer un modèle où on va être en capacité de développer une industrie du recyclage en France, c’est une question d’écologie et de souveraineté. » Les organismes de collectes reprochent toutefois à Refashion de ne pas avancer de propositions concrètes pour ce nouveau modèle à mettre en place.
« L’argent est disponible » pour une meilleure valorisation du travail du Relais, rétorque Emmanuel Pilloy, qui « n’ignore pas » le contexte difficile sur le marché africain, mais insiste sur le caractère temporaire de cette conjoncture.
Au terme de deux jours de crise aiguë, le ministère de la Transition écologique est parvenu, jeudi 17 juillet dans la soirée, à une « solution de compromis » entre les acteurs de la filière de la collecte, du tri et du recyclage des textiles et chaussures : une aide d’urgence sera débloquée dès août.