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ReportageClimat

Dans les favelas de Rio, une canicule insoutenable

La température ressentie a atteint un indice humidex de 62,3 à Rio de Janeiro le 17 mars.

Au Brésil, Rio de Janeiro affronte actuellement une canicule historique. Les habitants ne sont pas tous égaux face à la chaleur extrême : dans les favelas, la situation est de plus en plus difficile à supporter.

Rio de Janeiro (Brésil), reportage

« C’est un four ! », désespère Giro Oliveira da Costa, casque sur la tête, entre deux courses à moto. En dépit de la canicule qui pèse sur Rio de Janeiro depuis le 11 mars, ce père de famille de 36 ans serpente dans les rues étroites du Complexo da Maré, un ensemble de favelas dans le nord de la ville, pour transporter ses passagers et livrer des colis.

En ce dernier jour de l’été austral, l’Institut national de météorologie du Brésil indique une température maximale de 37 °C à Rio de Janeiro. Mais dans « la Maré », la sensation thermique est plus importante : l’avenue Brésil, une large route de douze voies, en bordure de laquelle s’érigent les petites maisons entassées de la favela, retient la chaleur. Et les ruelles d’asphalte, dénuées d’arbres, offrent peu d’espaces d’ombre. Dimanche 17 mars, la température ressentie la plus élevée sur l’indice humidex jamais relevée à Rio de Janeiro a été enregistrée à Guaratiba, un quartier de l’ouest de la ville : 62,3.

L’avenue Brésil, une immense autoroute urbaine qui traverse la favela, contribue à faire grimper la température du secteur. © Paula Gosselin / Reporterre

Pour éviter de se « brûler les pieds », Giro Oliveira da Costa a dû s’équiper de bottines en cuir, qui lui donnent encore plus chaud. « Parfois, je suis obligé de finir mes journées plus tôt que prévu », explique-t-il, le front en sueur. Il doit alors se lever de bonne heure le lendemain pour rattraper ses courses perdues.

Au Brésil, les canicules se sont multipliées cet été. Aggravées par le changement climatique et le phénomène El Niño, « elles sont devenues plus fréquentes, plus intenses et plus longues », note Renata Libonati, météorologue et chercheuse à l’université fédérale de Rio de Janeiro.

« Nous sommes déjà fatigués à cause de la faim, alors imaginez notre état avec cette chaleur ! »

Et tous les Brésiliens ne sont pas logés à la même enseigne. Dans les quartiers précaires, tels que le Complexo da Maré, les températures sont encore plus extrêmes. « Les zones plus densément construites, avec des matériaux qui absorbent la chaleur, peu d’espaces verts et d’ombre, favorisent des températures plus élevées », explique une étude de Redes da Maré (Réseaux de Maré), une ONG locale, publiée en novembre 2023.

Des personnes font la queue devant l’association Frente Maré, qui distribue 300 repas par jour. © Paula Gosselin / Reporterre

« Nous sommes déjà fatigués à cause de la faim, alors imaginez notre état avec cette chaleur ! », se plaint Maria do Socorro de Melo Silva, 76 ans, ses joues ridées rougies par le soleil. Elle a fait la queue pendant 1h30 pour une distribution de déjeuner, devant le siège de l’association Frente Maré (Front Maré), qui livre tous les jours 300 repas aux plus démunis. Certains de ses voisins se sont munis de parasols pour se protéger, mais la plupart d’entre eux ne portent même pas de casquette.

Pas de protocole approprié contre la canicule

« Les dangers de la canicule sur la santé restent négligés », alerte Renata Libonati. Selon une étude à laquelle elle a participé, publiée en janvier, la chaleur a pourtant causé 48 000 décès au Brésil, dont 9 641 à Rio, entre 2000 et 2018. Ces derniers, souvent survenus suite à des arrêts cardiaques ou à des problèmes respiratoires, sont plus fréquents au sein des populations plus précaires et noires. Mais « le Brésil n’a même pas de protocole approprié contre la canicule », déplore la chercheuse.

Il a fallu la mort d’une étudiante, le 17 novembre, pendant un concert de Taylor Swift dans un stade où la sensation thermique dépassait 60 °C, pour que la mairie de Rio de Janeiro prenne quelques mesures. Elle a lancé le programme Cada favela, uma floresta (Pour chaque favela, une forêt), visant à planter des arbres dans les quartiers périphériques, et déployé « 100 points d’hydratation gratuits » dans la ville.

Dépourvu d’ombre et d’arbres, le Complexo da Maré étouffe sous la chaleur en cette fin d’été austral. © Paula Gosselin / Reporterre

Mais dans le Complexo da Maré, ces mesures ne parviennent pas encore à soulager la population, qui n’a toujours pas accès à des services essentiels. De nombreux habitants de la favela se fournissent en électricité de manière clandestine, en raccordant de manière désordonnée des câbles au réseau électrique. Souvent, celui-ci sature. « J’ai tous les jours des coupures d’électricité chez moi », se désole Natalyne da Silva Vicente, pendant qu’elle remue du riz dans une casserole de la cuisine étouffante de l’association Frente da Maré.

La cuisinière a investi presque la totalité de son salaire pour équiper d’un climatiseur la chambre sans fenêtre qu’elle partage avec ses trois enfants. « L’air n’y circule pas et nous n’arrivions plus à dormir », explique-t-elle en épongeant son front avec son tablier trempé de sueur.

Mais suite à une nouvelle coupure d’électricité survenue la veille, la machine est inutilisable. « Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit », se lamente la mère célibataire, avant de soupirer : « Nous n’avons aucun répit. »

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