De Mini à Super Cafoutch, l’aventure marseillaise du supermarché collaboratif

Durée de lecture : 6 minutes

28 mai 2019 / Marion Esnault (Reporterre)

En 2016, La Louve, le premier supermarché collaboratif français, naissait à Paris. Depuis, le concept a essaimé, comme à Marseille, avec le Super Cafoutch. L’équipe en est à l’étape de l’épicerie éphémère mais le supermarché ouvrira d’ici fin 2020. Reportage en images.

  • Marseille (Bouches-du-Rhône), reportage

« Une louve est nourricière, mais elle peut aussi protéger vicieusement si besoin. Pour nous, ça montrait un sérieux qui correspondait à notre désir de ne pas créer un complément de ce qui existe actuellement, mais de remplacer, à terme, les supermarchés classiques », confiait Tom, cofondateur de La Louve, à Reporterre, en mars dernier. Le premier supermarché coopératif et participatif de France semble déterminé à devenir la norme, et plus seulement une alternative. La Louve a ouvert en 2016 dans le quartier populaire de la Goutte d’or, à Paris, et a déjà commencé à faire des petits ! Un des outils à l’origine du succès de cet essaimage, c’est FoodCoop, le documentaire réalisé par Tom en 2017.

Aux quatre coins de la France, des supermarchés de grande taille ont déjà ouvert leurs portes, comme La Cagette de Montpellier ou le Scopéli de Nantes. Beaucoup en sont encore à l’étape préalable de l’épicerie-test, comme la Chouette Coop de Toulouse ou le Superquinquin de Lille. Reporterre a choisi d’aller faire un tour sous le soleil méditerranéen. Reportage en images au Super Cafoutch de Marseille.

« Le film FoodCoop a été un vrai déclic dans la tête de nombreux citoyens qui se sont lancés dans la création d’un supermarché coopératif. Moi, ce qui m’a plu, c’est que ça s’adresse à tout le monde, que c’est ambitieux et que c’est le supermarché le plus rentable qui puisse exister. Rentable, dans tous les sens du terme. C’est l’alternative la plus crédible, avec une portée macro », dit Hugues, un des deux salariés du Super Cafoutch (ci-dessous, avec des membres actifs).

Hugues (assis, de face).

« Un des projets en développement qui a un bon potentiel de réussite, c’est Marseille », se réjouit Tom, qui suit de près la dynamique d’essaimage. Dans la cité phocéenne, l’épicerie éphémère savamment nommée Mini Cafoutch s’est ouverte en avril 2018 dans le 2e arrondissement de Marseille, au cœur d’un quartier populaire.

« Capter des gens au-delà des cercles de convaincus est une des motivations premières du noyau de personnes à l’initiative du Super Cafoutch », se félicite Lucile, une des membres actives. Elle poursuit en nuançant : « Notre épicerie est au pied de logements sociaux et, même si beaucoup de gens du quartier participent au projet, on n’a pas vraiment de voisinage direct pour le moment. C’est un vrai défi. » Hugues confirme : « Il y a des gens qui pensent que ce n’est pas pour eux. C’est à nous de leur faire comprendre que si ! Il ne faut pas aller chercher les gens mais leur donner envie de venir, notamment avec une offre variée de produits. »

Comme tous les membres, Lucile (à gauche ci-dessous) profite de son créneau pour faire ses courses. Le « créneau », comme celui que Reporterre avait suivi à La Louve, sont les quelques heures que chaque membre consacre à l’épicerie pour tenir la caisse, réceptionner les livraisons ou encore aider à la comptabilité.

Dans moins de deux mois, trois ans après le lancement du projet, la coopérative va être créée. Jusqu’à aujourd’hui, la structure porteuse du projet était l’association Les Amis du Super Cafoutch, qui sera maintenue mais va laisser la totale gouvernance à la coopérative de consommateurs, comme cela s’est déroulé pour La Louve.

Les Marseillais suivent (presque) à la lettre le mode d’emploi de leur prédécesseur, en s’adaptant aux réalités locales bien sûr : « Nous sommes en lien régulier avec les équipes de La Louve. Toutes les questions qu’on se pose, ils se les sont déjà posées. Ils nous conseillent, ils nous rassurent et ils nous font profiter de leurs expériences. Par exemple, ils nous ont transmis la liste de leurs fournisseurs, ils ont mutualisé leur système d’information et de gestion. C’est très précieux », explique Hugues.

L’étape de l’épicerie éphémère est une phase d’apprentissage du fonctionnement collectif du magasin. « Super Cafoutch, c’est une aventure du faire ensemble. Ici, on trouve sa place au fur et à mesure, on porte des idées et on essaie de les mener à terme. On passe de vous à nous », s’enthousiasme Lucile qui a rejoint le projet il y a un an, et s’occupe notamment de la communication.

« On observe une vraie variété et mixité dans les membres du Super Cafoutch : des étudiants, des personnes âgées, des retraités. La fourchette d’âges va de 12 à 78 ans. » Les participants viennent au Mini Cafoutch pour faire leurs courses, certes, mais ils semblent aussi venir pour créer du lien de proximité et en faire profiter les membres de la famille.

D’ici à fin 2020, les membres actifs du Super Cafoutch espèrent ouvrir leur supermarché. « Le local, c’est le plus important donc il faut prendre le temps », explique Lucile, qui a dû entendre les analyses de Tom. Le fondateur de La Louve se déplace régulièrement pour rencontrer les porteurs de projet de supermarché coopératif à travers l’Europe : « La plupart des projets trébuchent entre l’épicerie et le magasin, au moment du changement d’échelle. » Les critères sont exigeants mais essentiels à la réussite pérenne, comme le souligne le document de dix pages de pratiques « incontournables » communiqué par La Louve quand des citoyens charmés par le modèle la contactent. Parmi ces pratiques, on trouve, entre autres : un système de coordinateurs d’équipes bénévoles, une répartition du pouvoir décisionnel, une gamme complète de produits, une extrême vigilance financière, l’équilibre entre la « pureté » de l’offre et le caractère inclusif du projet, un esprit coopératif entre les salariés.

En se baladant sur la carte des supermarchés coopératifs en France, on note une certaine originalité dans la recherche de nom. Et alors, à Marseille, pourquoi Super Cafoutch ? Pour Hugues : « Cafoutch, c’est marrant, ça fourmille, ça grouille ». Selon le dictionnaire provençal : « Cafoutchi désigne un endroit minuscule, un lieu sombre aux dimensions réduites, un réduit obscur. » On souhaite au Super Cafoutch de faire un pied de nez à la langue provençale et de devenir un recoin lumineux plein de vie et de bons produits !


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Lire aussi : L’écologie et le social, les deux mamelles de La Louve, supermarché coopératif parisien

Source : Marion Esnault pour Reporterre

Photos : © Marion Esnault/Reporterre

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