« La climatisation aggrave le problème » : les choses à faire et ne pas faire pour survivre sous les toits à plus de 30 °C
Sous les toits en zinc à Paris, classés au patrimoine, les personnes étouffent. - © Thibaud Moritz / AFP
Sous les toits en zinc à Paris, classés au patrimoine, les personnes étouffent. - © Thibaud Moritz / AFP
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Isolation intérieure, toits végétalisés, enduits à la terre... « Les solutions sont connues », dit Léon Coucke, spécialiste du bâti durable. Il plaide surtout pour une « planification écologique » plus globale.
Comment vivre sous les toits quand le thermomètre dépasse les 30 °C ? Alors que la France traverse la canicule la plus précoce de son histoire, la question hante celles et ceux qui logent au dernier étage d’un immeuble ou qui dorment dans les combles aménagés de leur pavillon.
Entre 350 et 450 personnes vont justement plancher sur cette question le 28 mai à Paris dans le cadre du colloque national Bien vivre sous les toits. Ces premières assises des métiers de la couverture [1] — qui tombent à point nommé — réunissent l’ensemble des acteurs du secteur, des artisans aux formateurs en passant par des entreprises, des architectes, des institutions, des chercheurs. Un livre blanc des solutions éprouvées pour adapter les toitures existantes et repenser leur conception sera édité à la suite.
« Il faudrait une planification écologique à l’échelle du territoire. Car il n’y a rien à inventer, il n’y a pas d’innovation à chercher. Tout ce qu’il faut faire est déjà connu », juge Léon Coucke, responsable du pôle accompagnement de projets à Ekopolis, interrogé par Reporterre. Cette association accompagne, dans le cadre de rénovations ou de constructions, les maîtres d’ouvrage publics et privés ainsi que les professionnels du bâtiment pour accélérer le bâti durable en Île-de-France.
Reporterre — Pourquoi les logements sous toiture sont-ils plus confrontés à la surchauffe ?
Léon Coucke — À Paris, 80 % des toits sont en ardoise ou en zinc et donc sujets à la surchauffe. Il s’agit essentiellement des immeubles de type haussmannien, qui ont servi pendant longtemps aux domestiques des familles aisées (les fameuses « chambres de bonne ») et sont désormais occupés surtout par des étudiants et des travailleurs précaires ou des meublés touristiques.
Ces matériaux sombres captent la chaleur, et on peut atteindre des températures de contact — quand vous posez la main sur la couverture — de 50 ou 60 °C, voire plus de 70 parfois. À la différence des matériaux épais comme la pierre de taille, les moellons calcaires, les briques ou le béton, le temps de déphasage, c’est-à-dire le temps que met la chaleur pour passer de l’extérieur à l’intérieur, est très réduit. La chaleur traverse le revêtement du toit, la lame d’air, l’isolant, le placo, parfois en à peine une heure et demie. Dès le matin à 11 heures, vous pouvez ressentir les effets de la surchauffe.
Les toitures pentues sont aussi plus concernées parce qu’elles prennent plus longtemps les rayons du soleil du mois de mai jusqu’à octobre : dès 9 heures du matin à l’est, et de 15 heures au soleil couchant à l’ouest. Alors que si le toit est plat, il prend surtout le soleil quand il est au plus haut, entre midi et 15 heures. Sur un toit plat, on peut aussi avoir recours à d’autres solutions que l’isolation : installer des pergolas qui stoppent les rayons du soleil, végétaliser plus facilement (à condition que les études de structure l’autorisent), etc.
Quelles sont les solutions pour réduire ce phénomène ?
La difficulté à Paris, c’est qu’une majorité de ces immeubles haussmanniens sont classés au patrimoine. Lorsqu’on entreprend des rénovations, on est alors confronté à l’avis des architectes des bâtiments de France qui refusent des modifications sur les toits en zinc.
Il faut forcément recourir à l’isolation par l’intérieur. Le mieux est d’avoir l’accord de toute la copropriété pour faire une isolation de la toiture commune, plutôt que de faire logement par logement. D’une part, ça coûte moins cher, on n’ouvre qu’une seule fois le faux plafond pour y insérer l’isolant ; d’autre part, on n’aura ni ponts thermiques, ni faiblesse. Mais les copropriétés peuvent être réticentes face au coût.
« Une majorité de ces immeubles haussmanniens sont classés au patrimoine »
À titre individuel, les occupants d’un logement peuvent mettre un isolant en diminuant leur hauteur sous plafond, à condition de choisir un isolant adapté. Les particuliers optent souvent pour de la laine de verre ou de la laine de roche qui est l’isolant le moins cher, mais qui est très mauvais pour le confort d’été. Si vous avez un mauvais isolant, il va faire très chaud dès 14 heures. Il faut plutôt se tourner vers des matériaux biosourcés, comme la laine de bois ou des mélanges de coton et toile de jute ou des mélanges de lin, chanvre et coton par exemple. La chaleur va mettre beaucoup plus de temps à les traverser, de l’ordre de huit à neuf heures (voire plus), ce qui permet d’attendre que les températures baissent pour ouvrir les fenêtres et rafraîchir son logement.
Outre l’isolant, on peut aussi procéder au doublage de celui-ci avec des enduits à la terre ou au chanvre qui ont des rôles de correcteurs thermiques. Ils donnent des sensations de fraîcheur bien plus importantes que le placo-plâtre. Il existe aussi des petites maçonneries de terre crue, c’est-à-dire des blocs de terre compressée qui permettent de maçonner un mur ou de faire des cloisons à l’intérieur d’un logement.
À défaut d’autres solutions, les habitants sous toiture optent souvent pour la climatisation.
La climatisation a un énorme défaut : elle renforce le phénomène d’îlots de chaleur urbains. Vous extrayez l’air chaud du logement pour le rejeter vers l’extérieur, en faisant diminuer la température et le pourcentage d’humidité. Certes, vous avez un confort quasiment instantané dans votre logement, mais vous aggravez le problème. Ça peut même créer des tensions entre voisins. Il y a le voisin qui pourra se payer la clim et celui qui ne pourra pas. Le second aura encore plus chaud parce que le premier va réchauffer l’air avec sa clim. C’est vraiment une solution à éviter. Il faut d’abord isoler le bâtiment dans son ensemble et protéger les vitrages à l’aide de protections solaires extérieures.
On peut aussi ventiler avec ce qu’on appelle des brasseurs d’air ou ventilateurs de plafond, qui permettent de déstratifier les couches d’air et d’avoir une sensation de fraîcheur.
« La climatisation renforce le phénomène d’îlots de chaleur urbains »
Enfin, toutes les configurations de logements traversants [avec des ouvertures opposées] sont préférables aux logements avec une seule orientation car elles permettent une ventilation naturelle. Ce qui signifie qu’il faut peut-être se poser la question de fusionner certains logements plutôt que de continuer à proposer des clapiers à lapins aux travailleurs précaires.
Et si les toits en zinc n’étaient pas classés ?
Si les architectes des bâtiments de France changeaient d’obédience, on pourrait décider d’utiliser d’autres matériaux pour la toiture, refaire une étanchéité, mettre des isolants importants en dessous, etc. On pourrait également, tout en gardant le zinc, mettre en place d’autres solutions. C’est ce que fait par exemple, la start-up Roofscapes sur certains toits de l’Académie du climat, dans le 4e arrondissement de Paris. Une sorte de terrasse en bois a été construite au-dessus du toit. Ce système a le double mérite d’augmenter la capacité d’utilisation des espaces extérieurs et de stopper les rayons du soleil.
En revanche, attention à l’idée de créer des toits blancs, comme en Grèce. Il y a d’abord la gêne visuelle avec l’éblouissement des voisins. Certes, le blanc réfléchit les rayons du soleil sans les capter, mais il les renvoie ailleurs. Ensuite, une toiture terrasse peinte en blanc donne une sensation de chaleur immédiate en redirigeant la lumière chaleur vers les avoisinants. Ce n’est pas forcément une mauvaise idée, mais en résumé, il n’y a pas de solutions toutes faites. Il faut analyser bâtiment par bâtiment.
Il n’y a pas que les habitants des immeubles qui souffrent. Les habitants des pavillons dont les combles ont été aménagés, souvent en chambres, vivent eux aussi un calvaire pendant les canicules…
Les combles des pavillons sont souvent isolés, mais ces isolations ont parfois été réalisées avec de mauvais matériaux ou avec de bons matériaux mais insuffisamment épais. Elles peuvent aussi avoir été mal mises en œuvre par les travailleurs du bâtiment. Par exemple, il y a deux techniques d’isolation, en vrac (soufflage) ou en panneaux. Le soufflage de la matière isolante permet de la répartir de manière plus ou moins homogène. Mais avec les toitures à pans, l’isolant va avoir tendance à se tasser peu à peu vers le bas de la toiture, avec la gravité. Il existe des solutions, on peut faire des coffrages pour retenir l’isolant en vrac, par exemple. Pour aider les professionnels, il existe des guides de bonnes pratiques, notamment ceux édités par l’Agence Qualité Construction (AQC).
Toutefois, le problème de surchauffe est moins prégnant dans les pavillons que dans les immeubles haussmanniens, car leur toit est plus souvent en tuiles plus claires et avec un comportement thermique distinct. Et en maison individuelle, les propriétaires n’ont pas besoin d’avoir l’accord de toute la copropriété pour procéder à des travaux. Donc, ils isolent plus facilement leurs combles, sauf en cas de précarité énergétique.
Justement, comment faire quand on n’a pas les moyens de rénover ?
Des aides existent, mais les crédits alloués au Fonds vert et les aides à la rénovation énergétique (MaPrimRénov) n’ont cessé de diminuer dans le budget du gouvernement.
En réalité, il faudrait une planification écologique à l’échelle du territoire. Car les techniques pour rendre les logements plus frais sont connues. Des professionnels qui font bien, ça existe. Les matériaux écologiques efficaces, ça existe aussi. Si on n’y arrive pas, c’est soit un manque de formation des professionnels, soit de la méconnaissance, soit une recherche d’économies. Il n’y a rien à inventer, il n’y a pas d’innovation à chercher. Tout ce qu’il faut faire est déjà connu.