EN VIDÉO – Le 115 du particulier, une communauté autogérée d’anciens SDF

Durée de lecture : 3 minutes

17 octobre 2019 / Loup Barre (Reporterre)



À Villebéon, en Seine-et-Marne, sur deux hectares boisés le long de la départementale RD225, des anciens sans-abris s’organisent dans une communauté fondée par un propriétaire privé : le village du « 115 du particulier ».

  • Villebéon (Seine-et-Marne), reportage

Oreillette Bluetooth encastrée en permanence dans l’oreille, Brann du Senon est un humaniste en colère. « Bandit au grand cœur », comme il se définit lui-même, il a fondé l’association du 115 du particulier depuis 2012 et accueille sur son terrain privé des personnes anciennement à la rue.

Il a commencé par héberger quelques personnes dans les caravanes dont il disposait à l’époque avant de lancer un appel à dons de caravanes sur Facebook. En cinq minutes, il s’est retrouvé avec 50 caravanes et accueille depuis, entre 10 et 15 personnes. Le nombre de résidents varie en fonction des demandes et des départs. La communauté est déjà montée jusqu’à 37 personnes. Les personnes peuvent rester autant qu’elles le veulent suivant leurs envies, le temps dont elles ont besoin pour se reconstruire. « Souvent, si les mecs arrivent-là, c’est qu’ils ont épuisé tout ce qui existe en hébergement d’urgence », souligne Brann du Senon.


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Bien plus réactif que les centres d’hébergement traditionnels, ce centre atypique revendique ses particularités. Constitué d’une dizaine de caravanes qui servent d’habitat, il s’agit d’une communauté autogérée par ses résidents, autonome en eau et électricité. « Y’a pas de facture dans la boîte aux lettres, nous avons un groupe électrogène, l’eau vient d’un forage, on fonctionne un peu en autarcie ici », dit Brann du Senon. Chaque début de mois les résidents versent une écoparticipation à Thierry, le résident qui en est responsable. Cela permet de gérer les dépenses mensuelles de manière collective.

« Ce que je fais ici est beaucoup plus valorisant que ce que je faisais avant » 

Une des activités des résidents est la récupération des invendus alimentaires chez des grossistes pour la communauté mais aussi et surtout pour les redistributions dans les villages alentour. À l’heure actuelle, le 115 du particulier distribue tous les mois des colis alimentaires à plus de 500 familles et alimente aussi des associations comme Emmaüs et la Croix-Rouge. « Y’a rien de plus beau », nous dit Laurent, ancien militaire, résident du 115 depuis plusieurs mois. « Ce que je fais ici est beaucoup plus valorisant que ce que je faisais avant. » L’association fonctionne sans subvention, avec trois fois rien mais un grand sens de la débrouille : « Même si c’est les miettes du système qui arrivent ici, ça permet d’éclabousser des gens », rit Brann du Senon.

L’association s’est aussi déclarée comme exploitation forestière et veut devenir une entreprise de réinsertion autour des métiers du bois. De l’arbre à la poutre, elle voudrait produire du bois de chauffage, faire des chantiers dans des collectivités locales et travailler sur la production de chalets mobiles. 

Cependant, la mairie de Villebéon est défavorable au village du 115 et freine le développement de ses activités depuis quatre ans en s’opposant notamment au raccordement en électricité, bloquant ainsi le développement des activités forestières de l’association. La ville de Villebéon les accuse d’occupation illégale d’un espace non constructible et a cherché à contraindre le village du 115 à partir en voulant classer la totalité du terrain en espace boisé classé dans l’élaboration de son PLU en 2019.

Le commissaire-enquêteur de l’enquête publique pour l’élaboration du plan local d’urbanisme a cependant déjà conclu que le terrain du 115 devrait être maintenu en zone N, ce qui permettrait d’autoriser des constructions en rapport avec les activités de l’association. Brann du Senon dénonce des prétextes fallacieux et un acharnement à l’envers des résidents ayant pour objectif de les pousser à partir. L’association a lancé un contentieux judiciaire contre la commune. Le tribunal administratif devra donner son avis avant fin décembre 2019. « Si on veut répondre au carnet de commandes déjà bien rempli, l’électricité est absolument indispensable », souligne Brann du Senon, qui espère beaucoup des prochaines municipales.





Source : Loup Barre pour Reporterre

Photo et vidéo : © Loup Barre/Reporterre

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