Emmanuel Macron cancre climatique, selon les ONG

Durée de lecture : 3 minutes

11 janvier 2020 / Emilie Massemin (Reporterre)

Pour les ONG écologistes qui ont présenté vendredi 10 janvier leur analyse de la politique climatique de M.Macron, celle-ci est très insuffisante.

La conversion climatique du président de la République ? Les ONG du mouvement climatique et social en doutent. Vendredi 10 janvier, quelques heures avant l’audition de M. Macron, elles ont livré leur bilan – désastreux –, de l’action climatique du gouvernement. Ainsi, les budgets carbones de la France ont été dépassés chaque année entre 2015 et 2018, avec un dépassement de 4,8 % en 2018, en particulier dans les secteurs du transport et du bâtiment. Face à ces mauvais résultats, plutôt que d’accélérer l’adoption de mesures, le gouvernement a préféré baisser les objectifs pour 2023 de budget carbone et de baisse de consommation d’énergie dans la stratégie nationale bas carbone. En matière de transports, malgré quelques avancées inscrites dans la loi d’orientation des mobilités (zones à faibles émissions, plan vélo), les émissions liées aux véhicules neufs ont augmenté entre 2016 et 2018, ainsi que la part du fret routier dans le transport de marchandises et la consommation de kérosène. Le plan de rénovation énergétique des logements affiche un retard abyssal, le secteur du bâtiment dépassait de 14,5 % son objectif de réduction des émissions en 2018 et il est toujours possible pour les propriétaires de louer une passoire énergétique, en dépit des promesses de campagne de M. Macron. La France est également à la traîne dans le déploiement des énergies renouvelables, préférant investir dans le maintien coûte que coûte d’un parc nucléaire en fin de vie. Idem pour les projets d’infrastructures dévoreurs de terres agricoles : si le gouvernement a abandonné les projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et de méga-centre commercial Europacity, il ne renonce pas aux multiples projets de contournements routiers et d’extensions aéroportuaires, malgré l’objectif de « zéro artificialisation nette » inscrit dans le plan biodiversité.

Pour Véronique Andrieux, directrice du WWF, l’exemple de l’huile de palme illustre parfaitement le grand écart entre les discours et les actes du président de la République. « Depuis douze mois, on voit les forêts brûler partout dans le monde, notamment en Amazonie. Le gouvernement français pousse pour une réglementation européenne contre la déforestation importée et a adopté il y a un an une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée. Mais dans le même temps, il fait son maximum pour maintenir l’avantage fiscal accordé à l’huile de palme, alors même que l’Assemblée nationale a rejeté cet avantage deux années de suite, en 2018 et 2019 ! » Et quand le Parlement lui ferme la porte, le gouvernement tente sa chance par la fenêtre. « Le 19 décembre 2019, on a découvert une note exonérant certains produits de l’huile de palme, les Palm Fatty Acid Distillate, de la suppression de l’avantage fiscal. Ce qui est à la fois contraire aux discours du gouvernement, à la stratégie nationale contre la déforestation importée et à la réglementation européenne », s’est-elle insurgée.

Les ONG accusent le gouvernement de se dissimuler derrière la Convention citoyenne pour le climat pour remettre à plus tard des décisions importantes en matière de climat et de biodiversité. Mais elles veulent néanmoins croire en cette assemblée tirée au sort. « Ce qui est intéressant, ce sont les inquiétudes formulées par le gouvernement sur une radicalisation de la convention, observe Cécile Duflot, directrice d’Oxfam. La convention respecte la composition sociale, géogaphique et politique de la France, et a compris la nécessité d’un changement de modèle. C’est encourageant ! »


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Source : Emilie Massemin pour Reporterre

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