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ReportageLégislatives 2024

En terres RN, la gauche veut rallier les abstentionnistes

À Alès, le 15 juin 2024.

Après la victoire du RN à Alès, dans le Gard, les militants de gauche ne s’avouent pas vaincus. Lors d’une manifestation contre l’extrême droite le 15 juin, ils ont développé leur stratégie avant les législatives.

Alès (Gard), reportage

« L’Internationale » raisonne sous les platanes de l’avenue Louis Blanc, rue principale d’Alès. En cette matinée du samedi 15 juin, la capitale des Cévennes, et sous-préfecture gardoise, s’anime grâce à une sono syndicale. Sur le camion, un arc-en-ciel de drapeaux CGT, CFDT, Sud Solidaires, Confédération paysanne ou encore Snep-FSU se dresse. À côté, des militants portent ceux de La France insoumise (LFI), du Parti communiste français (PCF) ou de Génération⸱s. Responsables syndicaux et politiques déploient fièrement leur nouvelle banderole « Front populaire cévenol ».

L’image ressemble à une redite des manifestations contre la réforme des retraites. Mais ici comme ailleurs en France, l’alliance, pour une échéance électorale, est inédite. « On a toujours respecté la charte d’Amiens [symbole de l’indépendance du syndicalisme par rapport au politique], syndicats et partis faisaient chacun leur travail. Mais là, on ne s’est pas posé de question, on s’est tout de suite mobilisés », raconte Didier Marion, porte-parole de la Confédération paysanne du Gard.

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Environ 400 personnes sont présentes, le noyau dur des militants de gauche locaux. La manifestation a beau être loin des chiffres atteints lors des manifestations contre la réforme des retraites, règne un sentiment d’une mobilisation historique.

Environ 400 personnes ont participé à la manifestation anti-RN à Alès, le 15 juin 2024. © Marie Astier / Reporterre

« Tous les sympathisants m’appellent pour me demander comment on s’organise », témoigne Didier Marion. « C’est par dizaines que les gens s’inscrivent pour participer à la campagne, les équipes s’étoffent », se félicite Michel Sala, candidat à sa réélection sous la bannière Nouveau Front populaire. En 2022, il a été l’unique député de gauche (LFI) à être élu sur les six circonscriptions du Gard. Quatre sont allées au Rassemblement national (RN) et une à Renaissance. « N’attendez pas que l’on vous dise quoi faire, organisez-vous ! » lance le candidat devant la foule assemblée.

Chercher les électeurs qui s’abstiennent

Se rassembler donne de l’enthousiasme, mais le désarroi est bien là. Dans cet ancien fief communiste, le RN ne cesse de gagner du terrain. Dans l’agglomération d’Alès, Jordan Bardella est largement arrivé en tête aux élections européennes et a même dépassé les 40 % dans de nombreuses communes (contre 31,4 % au niveau national).

« On n’ose plus dire bonjour dans le village », lâche une manifestante. Repérable à son drapeau blanc et rouge marqué « planning familial », la coprésidente de l’antenne du Gard Cécile Corbin l’avoue : « Notre travail quotidien est de faire de l’éducation, mais ce n’est pas suffisant. » Elle sent monter les idées réactionnaires lors des interventions scolaires. « Les jeunes hommes tiennent des discours de plus en plus inégalitaires, voire masculinistes et dégradants pour les femmes », constate-t-elle.

Inès et Imen, tenant chacune un enfant par la main, disent « commencer à avoir peur » face à la montée du discours islamophobe. Elles ne savent que faire, sinon défiler « pour le vivre-ensemble, l’égalité, la liberté et pour pouvoir pratiquer [leur] religion sans se faire montrer du doigt ! »

La stratégie : chercher les électeurs de gauche qui s’abstiennent. © Marie Astier / Reporterre

« Je me sens démunie, reconnaît aussi Monique, cheveux blancs permanentés et autocollant CGT retraités” collé sur la veste. On vient de fêter les 80 ans du débarquement, à l’époque j’étais toute petite. Quand on sait ce que nos parents ont vécu, on ne peut pas être d’extrême droite ! » À côté d’elle, lunettes cerclées de rouge et canne à la main, Brigitte poursuit : « Je suis là contre Bardella, mais aussi contre Macron. On l’a vu monter, l’extrême droite, mais je ne pensais pas qu’elle prendrait un tel essor. Heureusement, mes cinq petits enfants sont à fond contre le RN ! »

Elle compte sur la jeunesse. Parmi les militants consultés, une stratégie se dessine. Impossible, dans les deux semaines qui restent avant le premier tour des législatives le 30 juin, de convaincre ceux qui votent déjà pour le RN de changer d’opinion. En revanche, « il faut aller chercher les électeurs de gauche qui s’abstiennent, croit Didier Marion. Dans tous nos réseaux, il faut aller chercher les gens pour qu’ils aillent voter ». Les déçus de François Hollande ou les lassés des duels entre droite et extrême droite au second tour.

Agnès, la soixantaine, et à peine moins d’années de militantisme derrière, lui donne raison. Elle boycotte les urnes depuis 2002, « c’était Le Pen contre Chirac, je ne voulais pas voter pour la droite, dit-elle. Mais là, je vais aller voter, sans oublier qu’il faut toujours être sur le terrain. En 1936, s’il n’y avait pas eu les grèves et la pression de la rue, le Front populaire n’aurait pas fait les congés payés ! »

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