Chasser le cerf élaphe dès le mois de juin ? « Ce n’est vraiment pas la bonne saison »
Le gouvernement souhaite avancer à début juin la période de l'année durant laquelle il serait autoriser de chasser le cerf élaphe. - Oleg Kukhar / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
Le gouvernement souhaite avancer à début juin la période de l'année durant laquelle il serait autoriser de chasser le cerf élaphe. - Oleg Kukhar / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
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Le gouvernement, soutenu par les chasseurs, veut avancer le début de la chasse du cerf élaphe au 1ᵉʳ juin, au grand dam des associations de protection de l’environnement. Une consultation publique est ouverte jusqu’au 13 mars.
La chasse au cerf élaphe bientôt possible dès le 1ᵉʳ juin ? C’est ce que prévoit un projet de décret du gouvernement, soutenu par la Fédération nationale des chasseurs (FNC). La période de chasse ne commencerait plus en septembre comme actuellement et passerait de six à neuf mois pour cette espèce. Une mesure vigoureusement contestée par des associations environnementales comme France Nature Environnement (FNE), l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).
« Le printemps est une période de reproduction pour de nombreux animaux. Autoriser la chasse à ce moment-là viendrait les perturber alors qu’ils ont besoin de tranquillité », explique Dominique Py, en charge des questions de chasse et de faune sauvage chez FNE.
Juin est également la période de naissance des faons. Raison pour laquelle « il n’est pas pertinent d’aller tirer sur des biches en gestation ou de risquer d’avoir des petits orphelins en tuant des femelles qui viennent de mettre bas, ajoute Dominique Py. Ce n’est vraiment pas la bonne saison. »
Pour justifier l’extension de cette période de chasse de trois mois supplémentaires, les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique se basent sur les indicateurs de l’Office français de la biodiversité (OFB). Ce dernier précise que « des densités de cerf trop fortes [dans une majorité de départements français] peuvent conduire au surpâturage et provoquer des dégâts agricoles et forestiers importants ».
Le gouvernement, tout comme la FNC, note « une progression des effectifs de l’espèce ». Contactée, la FNC a répondu à l’écrit et estime « prioritaire l’avancement au 1ᵉʳ juin de la période de chasse du cerf pour les départements où la réalisation des plans de chasse est rendue de plus en plus compliquée ». Selon les chiffres de l’OFB, 87 802 cerfs élaphes ont été abattus lors de la saison 2023/2024 contre 9 076 en 1983/1984, soit une augmentation considérable du tableau de chasse, multiplié par 9,7 en 40 ans.
La FNC précise que chaque département aura la possibilité d’anticiper la chasse en fonction de la densité locale de cerfs. Mais les modalités du décret restent floues pour France Nature Environnement : « Ne pas savoir dans quels départements ces périodes de chasse seront étendues est problématique. »
Dominique Py, de la FNE, concède : « Le cerf est un animal qui peut avoir un impact sur la forêt. Mais la chasse n’est certainement pas la solution. » Un avis partagé par l’Aspas, selon qui « les chasseurs ne sont pas intéressés pour réguler une population ». Richard Holding, en charge de la communication de l’association, indique : « Ils ont juste besoin d’avoir assez d’animaux à tuer. C’est paradoxal que le gouvernement continue de faire confiance aux chasseurs alors qu’ils ne régulent pas. »
La Fédération nationale des chasseurs explique au contraire que leur enjeu est « de travailler à l’amélioration de la gestion des ongulés, dont le cerf, et des milieux pour conserver ou établir un équilibre forêt-gibier adapté ».
« Les cerfs ne sont pas responsables du changement climatique »
Avec ce décret, il s’agirait également pour les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique de protéger les nouvelles plantations, adaptées au changement climatique, qui « ne peuvent être soumises à une pression excessive du grand gibier et notamment les cerfs ».
Un argument irrecevable pour l’Aspas. « Les cerfs ne sont pas responsables du changement climatique. Ils ne doivent pas pâtir de la situation, sous prétexte qu’ils empêchent les forêts de pousser », s’indigne Richard Holding.
Danger supplémentaire pour les promeneurs
Autre point soulevé par les associations environnementales : la sécurité des promeneurs en forêt serait concernée avec une chasse ouverte dès le 1ᵉʳ juin. « L’été, c’est la période de l’année où il y a le plus de promeneurs. Avec l’ouverture anticipée, il y aurait de la chasse en forêt quasiment toute l’année avec neuf mois sur douze ! » s’exclame Dominique Py de FNE.
De quoi accroître les risques d’accidents. L’Aspas souligne quant à elle « les grosses munitions que nécessite la chasse au cerf et qui augmentent le sentiment d’insécurité pour une grande majorité des Français ».
Une inquiétude également exprimée par les citoyens dans la consultation publique ouverte par le gouvernement depuis le 19 février. Jeudi 6 mars, plus de 14 000 contributions avaient déjà été apportées, pour la majorité défavorables. Les citoyens ont jusqu’au jeudi 13 mars pour y participer.
Les associations ont bien conscience que maintenir l’équilibre forêt-faune est essentiel. « C’est un problème à régler », concède Dominique Py. Mais FNE et l’Aspas regrettent qu’aucune solution autre que la chasse n’ait été considérée.
Ces deux associations préconisent des solutions alternatives, comme la présence du prédateur naturel au cerf, le loup. « Il oblige les cervidés à se disperser, ce qui est mieux pour la forêt. Le problème, c’est qu’on empêche l’extension des loups », dit Dominique Py.
L’Aspas propose également la protection des plantations forestières, avec des filets par exemple. Reste à voir si la mobilisation des associations et les avis exprimés lors de la consultation publique suffiront à faire reculer le gouvernement.