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Mines et métaux

Extraction d’or en Guyane : le marché illégal en roue libre

Le 9e régiment d'infanterie de marine interroge deux orpailleurs en Guyane (2021).

8 000 orpailleurs, 600 sites... L’extraction illégale d’or en Guyane a connu une envolée en 2025. Une catastrophe environnementale et sanitaire que l’État n’arrive pas à contenir faute de coopération avec le voisin surinamais.

Cayenne (Guyane), correspondance

La lutte contre l’orpaillage illégal a-t-elle atteint un insatisfaisant plafond de verre ? C’est le sentiment que laisse le dernier bilan de la lutte contre l’orpaillage illégal (LCOI), présenté le 4 décembre par la préfecture de Guyane. Stimulée par un cours de l’or en pleine explosion, avec un gramme qui se vend près de 120 euros, l’extraction informelle d’or, en léger déclin ces dernières années, connaît un important rebond.

En 2025, 178 sites primaires (visant la roche mère) et 413 alluvionnaires (exploitant les cours d’eau) ont été travaillés par quelque 8 000 garimpeiros, des migrants presque tous d’origine brésilienne. Soit près de 200 chantiers, et 1 000 orpailleurs de plus qu’en 2023, quand le gramme d’or oscillait encore autour de 50 euros. Aujourd’hui, l’activité informelle extrait près de 6 tonnes d’or par an contre 1 pour la filière légale locale.

Manque de moyens

L’orpaillage illégal se retrouve dans tout le département, y compris à proximité des villes du littoral, mais se concentre dans le sud, sur le territoire théoriquement sanctuarisé du parc amazonien. Entre février et juillet 2025, celui-ci a noté une hausse de 46 % du nombre de chantiers, particulièrement dans le secteur de Maripasoula, dans le Haut-Maroni. Comme Reporterre vous le racontait ici et , chaque gramme d’or y draine depuis trente ans son lot d’insécurité, de destructions environnementales et de contaminations aux métaux lourds.

Lire aussi : « Ils ont dit que ça irait dans mon bébé » : la Guyane empoisonnée par des métaux lourds

Face à cette hydre, le dispositif « Harpie », lancé en 2008 et mobilisant quotidiennement près de 300 militaires sur le terrain, a été présenté comme n’ayant jamais été aussi efficace. De fait, s’ils sont désormais répartis sur plus de sites, les garimpeiros restent moins nombreux qu’en 2017, quand la préfecture en comptait 10 000. Les saisies et les condamnations sont quant à elles inédites, avec 141 orpailleurs écroués en 2025 et un préjudice estimé à 1,5 tonne d’or [1], contre 0,5 tonne en 2023.

Une ancienne barge (utilisée pour extraire l’or directement dans le fleuve) abandonnée, côté Suriname. © Enzo Dubesset / Reporterre

Le plan des autorités critiqué localement

La stratégie actuelle privilégiant les actions « coups de poing » fait toutefois l’objet de critiques, tant en interne que d’élus locaux. Ces derniers souhaiteraient troquer les saisies spectaculaires pour une présence militaire pérenne aux abords des sites aurifères et un meilleur ciblage des flux logistiques en amont — un point que les forces armées ont annoncé vouloir privilégier pour 2026.

Quoi qu’il en soit, dans ce nouveau contexte de prédation, l’opération Harpie atteint « ses limites », de l’aveu même de l’état-major. L’augmentation des fonds dédiés à la LCOI [2], demande régulière des associations environnementales et de parlementaires, ici et là, n’est pourtant pas à l’ordre du jour. Pour les autorités, les efforts à mener sont plutôt d’ordre diplomatique.

Le poste militaire LCOI de Maripasoula. © Enzo Dubesset / Reporterre

« Nous sommes en train de prendre la mesure de cette nouvelle pression et d’adapter nos méthodes de lutte mais la clé de résolution de l’orpaillage se trouve au Suriname et dans une moindre mesure, au Brésil, explique Antoine Poussier, préfet de la Guyane. Tant que nous aurons plus d’une centaine d’établissements [des comptoirs informels] sur le Maroni [le fleuve marquant la frontière avec le Suriname] qui sont autant de sites de régénération pour les orpailleurs illégaux, nous rencontrerons ce plafond de verre, quels que soient les moyens mis en œuvre. »

Le problème surinamais

Le Suriname fait depuis des années office de base arrière pour tous les réseaux logistiques liés à l’orpaillage mais aussi, vu qu’il n’a aucune exigence sur la traçabilité de l’or, de lessiveuse géante. 75 à 85 % des pépites extraites en Guyane rejoindraient ainsi le marché international via sa capitale, Paramaribo, selon le WWF.

En 2017, Emmanuel Macron avait déjà annoncé vouloir conditionner les relations diplomatiques avec le Suriname à la résolution de l’orpaillage illégal. Huit ans après, contrairement au Brésil avec qui la collaboration avance, Paramaribo ne donne toujours aucun gage de bonne volonté au-delà des déclarations d’intention. La situation politique y est complexe, tant l’orpaillage illégal fait vivre une partie de la population et a infiltré la classe politique — le vice-président du pays mouille notoirement dedans.

Lors de son passage en Guyane le 24 novembre, Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, a renoué avec une position diplomatique dure, en annonçant être prête à mener des actions en justice en cas d’échec de la coopération. Reste à voir si cette posture sera, cette fois, suivie d’actes.

Lire aussi : En Guyane, la fausse solution de la mine légale contre l’orpaillage clandestin

Enfin, ce bilan LCOI a aussi été l’occasion pour les pouvoirs publics de soutenir leur nouvelle doctrine, à savoir favoriser l’implantation de la mine légale pour « occuper le terrain » face aux illégaux. Une fausse bonne idée : le 12 novembre, un rapport parlementaire dédié à l’état des cours d’eau en France enfonçait le clou en rappelant que « l’orpaillage, même légal, a des effets destructeurs ».

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