Face au RN, Les Écologistes veulent devenir « le premier parti des ruralités »
Marine Tondelier (à g.), secrétaire nationale des Écologistes, et Lucie Castets, candidate NFP au poste de Première ministre, lors de la plénière des Universités des ruralités écologistes dans les Vosges, le 19 octobre 2024. - © Adrien Labit / Reporterre
Marine Tondelier (à g.), secrétaire nationale des Écologistes, et Lucie Castets, candidate NFP au poste de Première ministre, lors de la plénière des Universités des ruralités écologistes dans les Vosges, le 19 octobre 2024. - © Adrien Labit / Reporterre
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Les Écologistes se sont retrouvés dans les Vosges, du 18 au 20 octobre, pour leurs Universités des ruralités. Contre l’extrême droite, les Verts veulent s’imposer comme un parti de proximité, en prise avec le réel.
Épinal (Vosges), reportage
« Quand je vous vois aussi nombreux dans cette salle, je ne veux plus jamais entendre que les écolos sont des bobos urbains ! » À l’Espace Cours d’Épinal, une salve d’applaudissements salue l’entrée en matière de Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes. En cet après-midi du 19 octobre, plus de 400 personnes se pressent dans la salle pour assister à la plénière des Universités des ruralités écologistes. Les rangées de chaises ajoutées en dernière minute n’auront pas suffi à asseoir tout le monde.
Consacrée à la revitalisation des « territoires ruraux déclassés » grâce aux services publics, cette table ronde constitue le point d’orgue de ces deuxièmes Universités des ruralités écologistes. Un événement du 18 au 20 octobre, lancé l’année dernière par la députée de la Drôme, Marie Pochon, pour travailler sur des thèmes qui touchent les milieux ruraux. Au programme de cette édition 2024, on retrouve notamment des tables rondes sur l’industrie du bois, l’adaptation de l’agriculture face au changement climatique, les déserts médicaux ou encore la mobilité dans les campagnes. Mais aussi : la lutte contre l’extrême droite.
Les campagnes, une zone de front
À deux ans des prochaines élections municipales, ce scrutin local est dans tous les esprits — et dans les nombreuses discussions entre militants et cadres du parti, en marge des tables rondes. Pouvoir parler à des électeurs des campagnes tentés par le vote Rassemblement national (RN) apparaît d’ores et déjà comme un enjeu.
Lors des dernières élections législatives, Simon Audebert, responsable écologie, opinion et territoires à la Fondation de l’écologie politique, a analysé les « zones d’affrontement entre le RN et le NFP [Nouveau Front populaire] » et les « caractéristiques des circonscriptions où il y a eu des duels entre ces deux formations ». « Ce qui ressort le plus, c’est le pourcentage de population rurale, qui est deux fois plus important que [celui] [...] dans les circonscriptions gagnées par la Nupes en 2022. Cela pose un certain nombre de questions sur le fait d’aller penser ces territoires-là, ainsi que les affrontements qui peuvent y avoir lieu contre le RN », détaille ce doctorant du Centre d’études européennes et de politique comparée, avant de rappeler que 60 % des duels en question ont été gagnés par l’alliance de la gauche.
Comment analyser le vote pour l’extrême droite en milieu rural ? Pour Marine Tondelier, « la nature a horreur du vide. Le Rassemblement national progresse partout où les partis ont pu donner la sensation de laisser de l’espace ».
Candidate du Nouveau Front populaire au poste de Première ministre et cofondatrice du collectif Nos Services publics, Lucie Castets juge pour sa part qu’« une partie de l’électorat RN est nourri par la désertification des services publics dans les zones rurales ». Avant de poursuivre : « Je pense qu’il est extrêmement important que l’État et plus globalement la puissance publique redeviennent présents sur tous les territoires pour pouvoir apporter des réponses aux besoins de tous nos citoyens, et ne pas leur donner l’impression que le politique et la politique ne peuvent plus rien pour eux. »
Contre le RN, faire de la politique
Politique. Le terme revient régulièrement dans la bouche des élus et militants comme un mot auquel il faut redonner du sens. « L’extrême droite surfe sur le fait d’opposer les gens qui n’ont pas grand-chose aux gens qui n’ont rien, pense Lou Noirclere, conseiller régional du Grand Est et coordinateur de la deuxième édition des Universités des ruralités. Elle surfe sur la pauvreté et sur un sentiment de déclassement. En tant que militant et élu écologiste, je pense que c’est en améliorant la vie des gens au quotidien que l’on lutte efficacement contre la tentation de l’extrême droite et tous les discours mensongers que l’on peut entendre sur les plateaux télé. »
Et d’ajouter : « Il faut arrêter de monter les gens les uns contre les autres. La politique, ce n’est pas ça : c’est avoir des idées et trouver comment les appliquer en améliorant le quotidien des gens. C’est le but d’un événement comme celui-ci, qui met autour d’une même table des parlementaires écologistes et des jeunes agriculteurs, ou encore des professionnels du tourisme en montagne et des associations de protection de l’environnement. »
Aller parler à tout le monde, même à ceux qui pourraient apparaître comme des opposants, tel est également le credo de Marie Pochon dans sa circonscription rurale de la Drôme. « Je crois beaucoup à la stratégie de la démobilisation de l’adversaire, explique celle qui a d’abord rencontré les représentants de la FNSEA (syndicat agricole majoritaire), les Jeunes agriculteurs et la fédération de chasse après sa prise de fonction. J’ai essayé d’être très présente et à l’écoute de personnes qui ne s’attendaient pas forcément à avoir rendez-vous avec la députée du coin, ou qui s’attendaient à être dans la confrontation dès le début. Je pense qu’ils ne voteront jamais pour moi, mais j’essaye d’installer un cadre de dialogue et de respect mutuel. »
L’écologiste s’est notamment intéressée à la question du loup du point de vue des éleveurs, s’attirant parfois des critiques dans son camp au niveau local. Elle assume : « Je dénonce beaucoup les postures d’autres camps politiques. À un moment, je pense qu’il faut aussi que l’on dépasse les caricatures qu’on peut être de nous-mêmes. Ce sont nos adversaires qui écrivent un récit de ce que nous serions en tant qu’écologistes, à savoir dogmatiques, hors-sol ou donneurs de leçons. Être dans le dialogue et sur le terrain permet d’en sortir. »
« Le RN on en parle… Mais qu’est-ce qu’ils font ? »
Sur le terrain d’ailleurs, le Rassemblement national ressemble souvent à un drôle de fantôme. « L’extrême droite fait des scores aux élections nationales, mais n’a pas d’incarnation au niveau local, juge Catherine Candelier, présidente de la Fédération des élues Verts et Écologistes. Tandis que nous, nous avons des collègues qui agissent dans leurs territoires en s’appuyant souvent sur les associations, les services publics et les élus déjà en place. »
Maire écologiste de Saint-Pierre du Vauvray, petite commune de 1 200 habitants dans l’Eure, Laetitia Sanchez fait partie de ces maires « qui font ». « J’ai été élue en 2020, mais j’étais déjà dans la vie locale depuis 2008 : on me connaissait comme étant “l’écolo du village”. » Pour ravir la mairie, la candidate a fait campagne « sur des sujets du quotidien » : les transports, l’école, la santé, etc.
« Dans les deux ans qui ont suivi mon élection, j’ai rénové l’école et mis la rue qui passait devant en sens interdit des deux côtés. J’ai aussi éteint l’éclairage public la nuit et mis en place des clauses environnementales sur le terrain agricole de la commune, ce qui a incité l’exploitant à se lancer dans le bio. Ce n’est pas avec de grands discours que l’on gagne, mais avec des actions concrètes, explique-t-elle. Le Rassemblement national, on en parle beaucoup. Dans ma commune, ils font beaucoup de voix aux élections nationales, mais localement : qu’est-ce qu’ils font ? »
Dans ses prises de parole, Marine Tondelier ne tarit pas d’éloges sur ces maires de communes rurales « qui font beaucoup avec peu de moyens ». Mais face au Rassemblement national se joue « une bataille de récits ». « En politique il y a le faire et le faire savoir. J’ai des élus qui travaillent hyper bien et qui ne comprennent pas que personne ne les écoute. Ils n’ont pas travaillé la communication parce que pour eux, c’est de l’artificiel, du marketing, et ce n’est pas très important. » Pour les aider, le parti travaille actuellement sur un livret avec le bilan des maires écologistes. « C’est un outil qu’ils pourront utiliser pendant leur campagne aux prochaines municipales et que je pourrai également utiliser dans mes déplacements au niveau national. »
À titre personnel, la secrétaire nationale des Écologistes compte bien continuer à sillonner le terrain et donner de la voix pour gagner la guerre des récits. « Nous, on est là pour protéger, apaiser, réparer. La démagogie, ça marche, c’est un fait. Mais on ne gagnera pas à ce jeu-là face à l’extrême droite. Nous avons un autre terrain de jeu : c’est un travail de longue haleine, mais on y arrivera », conclut celle qui espère faire des Écologistes « le premier parti des ruralités ».