Feux en Australie : 24 morts, 100.000 personnes évacuées, un demi-milliard d’animaux morts

Durée de lecture : 5 minutes

6 janvier 2020 / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Samedi 4 janvier, les feux de forêt en Australie ont été particulièrement intenses, entraînant la fuite de centaines de milliers de personnes. Les autorités locales comparent ces incendies à une catastrophe nucléaire et reconnaissent une forme d’impuissance.

Pas de répit en Australie. Les incendies qui ravagent le pays sont hors de contrôle. Il règne à l’autre bout de la planète comme un air de fin du monde. L’île continent a connu, samedi, sa pire journée depuis le début de la saison des feux, il y a quatre mois. Ce week-end, la météo a été catastrophique. Sydney a enregistré des températures record avec 48,9 °C. Les vents violents et la canicule ont attisé le brasier qui a déjà brûlé une surface grande comme deux fois la Belgique.

Dimanche, les conditions semblaient s’être relativement améliorées mais la plupart des feux restaient encore non maîtrisés. Les Australiens se préparent à une nouvelle vague de chaleur à la fin de la semaine. Comme l’expliquait la philosophe Joëlle Zask, dans un entretien à Reporterre, l’été austral est loin d’être terminé. Les températures les plus chaudes sont habituellement enregistrées fin janvier et début février.

Canberra est la ville la plus polluée au monde

Samedi, le brasier a tué une 24e personne. Des centaines de propriétés ont été détruites. L’état d’urgence a été décrété dans le sud-est de l’Australie, une zone fortement peuplée. Plus de 100.000 personnes vendredi ont reçu l’obligation de quitter ces trois États. Une forme d’exode a débuté. Avec de longues files de voitures bloquées sur l’autoroute, des stations services envahies dans la panique, des lieux de villégiature transformés en villes fantômes.

Après ce week-end dévastateur, l’heure est au bilan pour les pertes animales. Des chercheurs de l’université de Sydney évaluent qu’un demi-milliard d’animaux sont morts à cause des incendies depuis septembre. On estime que 8.000 koalas ont déjà été tués ainsi que plusieurs milliers de renards volants, un type de chauve-souris. D’après les écologues, les animaux déjà menacés, comme le koala, disparaîtront localement.

En Nouvelles-Galles du Sud, 150 feux continuent de brûler de manière simultanée. Les fumées toxiques menacent la capitale fédérale Canberra. Elle est devenue ce week-end, selon le site indépendant Air visual, la ville la plus polluée au monde, devant New Delhi. Dans les rues presque vides de la capitale australienne, de nombreuses personnes portaient dimanche des masques respiratoires et vérifiaient la qualité de l’air et les mises à jour des incendies dans les applications téléphoniques. Canberra possède désormais un taux de pollution de l’air 20 fois supérieur au seuil de péril établi par l’Organisation mondiale de la santé.

Des habitants munis de masques à gaz à Batlow, en Nouvelle-Galles du Sud.

Acculés et vivement critiqués, le gouvernement australien et les autorités locales commencent à prendre la mesure de ce qui se passe. « Nous sommes en territoire inconnu », a déclaré Gladys Berejiklian, la première ministre de Nouvelle-Galles du Sud. « Nous ne pouvons pas dire que nous avons déjà vécu ça. Ce n’est pas le cas. Plusieurs villages qui n’avaient jamais connu la menace des feux de forêts risquent d’être complètement anéantis. »

« Ce n’est pas un feu de brousse mais une bombe atomique »

Sur la radio ABC, Andrew Constance, le ministre des transports du même État a comparé les incendies à une catastrophe nucléaire. « Ce n’est pas un feu de brousse mais une bombe atomique. Il cause un enfer et des dévastations indescriptibles », disait-il.

Auparavant climato-sceptique, le parti libéral conservateur au pouvoir ne peut plus ignorer la réalité du réchauffement climatique. Au cours d’une conférence de presse, le premier ministre Scott Morrison a affirmé : « Il n’y a pas de débat dans notre pays au sujet de la question du changement climatique à l’échelle mondiale et de son effet sur les conditions météorologiques au niveau de la planète. Cela inclut son impact en Australie. J’ai vu un certain nombre de personnes suggérer que le gouvernement ne fait pas ce lien [entre sécheresse, incendie et réchauffement climatique]. C’est faux. Le gouvernement a toujours fait le lien et cela n’a jamais été contesté. »

Scott Morrison n’a pourtant rien fait en matière de lutte contre le réchauffement climatique et maintient coûte que coûte son soutien à l’industrie du charbon.

Il a appelé ce week-end 3.000 réservistes de l’armée pour prêter main forte aux pompiers volontaires épuisés après des semaines à combattre le brasier et de plus en plus en colère face à la gestion du gouvernement. Cette mobilisation militaire est inédite en Australie. Le premier ministre a annoncé également l’achat de quatre avions supplémentaires. Une enveloppe d’1,25 milliard d’euros sera destinée à la reconstruction des villes dévastées par les feux.

Une image en 3D qui représente le nombre de feux entre le 5 décembre 2019 et le 5 janvier 2020.

Des personnalités comme la chanteuse Pink ou l’actrice australienne Nicole Kidman ont commencé à faire des dons. Des cagnottes ont été lancées pour aider les pompiers. Elles ont permis de récolter 15,5 millions d’euros en 48 heures, avec des dons venant du monde entier.

Dimanche, le président français Emmanuel Macron s’est entretenu avec le premier ministre australien et lui a proposé « une aide opérationnelle immédiate pour lutter contre les feux, protéger la population et préserver la biodiversité », a-t-il précisé sur Twitter.


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Lire aussi : Incendies : en Australie, le « monstre » est hors de contrôle

Source : Gaspard d’Allens pour Reporterre

Photos :
. Chapô. Des animaux morts à Batlow (Nouvelles-Galles du Sud), le 5 janvier 2020. Lucy Hughes Jones / Twitter
. Masques à gaz. Lucy Hughes Jones / Twitter
. Image 3D réalisée par anthony_hearsey / Instagram grâce à des images de la Nasa.

DOSSIER    Les feux en Australie

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