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Monde

Bombardements au Moyen-Orient : les prix du pétrole déjà affectés

Des employés de la station service Hypco de Beyrouth-Dowra, le 2 mars 2026.

Les frappes étasuniennes et israéliennes au Moyen-Orient affectent déjà le cours du pétrole. De quoi interroger la dépendance mondiale à l’or noir, et pousser une transition énergétique et des infrastructures locales et résilientes.

Beyrouth (Liban), correspondance

Des queues se formaient devant les stations d’essence du Liban dès le samedi 28 février matin, aux premières heures de l’offensive lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Les citoyens du Pays du Cèdre, habitués aux guerres et aux crises, se sont rués pour faire le plein alors que la région plongeait dans l’inconnu. « Quand notre station a été prise d’assaut, j’ai tout de suite su que quelque chose n’allait pas », se souvient Youssef, que Reporterre a interviewé le 2 mars. Superviseur d’une station-service Coral dans l’ouest de Beyrouth, il n’avait pas encore vu les informations.

Les attaques étasuniennes et israéliennes contre la République islamique d’Iran et l’assassinat de son guide suprême Ali Khamenei ont entraîné le Moyen-Orient dans une guerre généralisée. Alors que plusieurs pays du Golfe ont été ciblés par des tirs de riposte iraniens dès le 28 février, c’est finalement le Liban qui s’est retrouvé sur le front après des échanges de missiles entre le Hezbollah (groupe armé allié de l’Iran) et Israël, dans la nuit du 1er au 2 mars.

Des employés de la station service Hypco de Beyrouth-Dowra, le 2 mars 2026. © Philippe Pernot / Reporterre

Malgré le son des frappes aériennes israéliennes qui retentit régulièrement de la banlieue sud de Beyrouth, la situation s’est un peu calmée à la station Coral. « Nos réserves de carburant sont en ordre, nous fonctionnons normalement et pouvons enfin souffler. Mais nous avons peur de ne plus être approvisionnés si le conflit venait à durer. Si les prix augmentent, ce sera un gros problème pour les Libanais, qui sont en pleine crise économique et ne peuvent pas se payer l’inflation », dit-il.

Pendant ce temps-là en Europe, le coût du pétrole grimpe à vitesse grand V. En France, alors que le CAC40 est en chute libre, seuls les spécialistes du pétrole et des armes tirent leur épingle du jeu.

Flambée du cours du pétrole

C’est que le conflit a d’ores et déjà un effet sur l’or noir, dont 20 % de la consommation mondiale transitent par le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran. Son gouvernement a menacé de fermer le passage stratégique, essentiel au commerce international, et plusieurs navires ont été ciblés sur cette route — forçant des compagnies majeures de fret à l’éviter totalement. Le cours du baril de Brent est passé de 60 dollars en début d’année à plus de 80 dollars aujourd’hui, suscitant l’inquiétude. « Le pétrole est le principal canal entre le Moyen-Orient et le monde, donc c’est lui qui se retrouve le plus impacté lors des conflits », explique Layal Mansour, chercheuse et enseignante en crises économiques à l’Université américaine du Koweït.

Menaces sur le détroit d’Ormuz, hausse des prix du pétrole, installations à l’arrêt : le monde craint un scénario catastrophe pour l’économie internationale. « Il faudrait que ces problèmes durent plusieurs semaines voire plusieurs mois pour vraiment affecter les consommateurs en Europe. Le chemin est long entre les producteurs et les consommateurs, les prix sont fixés en avance, et on peut toujours compenser avec une plus grande production », nuance-t-elle d’emblée.

Des drapeaux iraniens et du Hezbollah lors de la cérémonie de deuil public pour l’ayatollah Khamenei, organisée par le Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, le 1er mars 2026. © Philippe Pernot / Reporterre

Pas de choc pétrolier à craindre dans les prochaines semaines, donc, ni d’inflation mondiale, selon elle. « Mais il y aura des conséquences économiques certaines, notamment à cause de la fermeture des aéroports et du ralentissement de l’économie régionale », ajoute-t-elle. Au Koweït, le pays est à l’arrêt au gré des sirènes qui retentissent et des missiles interceptés dans le ciel.

La dépendance au pétrole, dont le Moyen-Orient représente 30 % de la production et 50 % des exportations mondiales, interroge. « Ce qui se passe est un argument de plus pour la transition énergétique, qui n’est pas seulement importante pour le climat, mais aussi pour la sécurité et la souveraineté énergétique », souligne Julien Jreissati, directeur des programmes de Greenpeace Mena, à Reporterre.

« On voit comment les énergies fossiles sont dépendantes des marchés et très vulnérables, et elles peuvent devenir des cibles faciles en cas de conflit », explique-t-il. Les énergies renouvelables, elles, sont par définition plus locales et peuvent permettre une forme d’autosuffisance. Des pays comme le Liban ont développé une certaine résilience grâce aux panneaux solaires par exemple, que de nombreux citoyens ont installés pour faire face aux crises.

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