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ReportageGuerres et Armées

Greenpeace rejoint la flottille pour Gaza : « Les actions en mer sont l’un de nos signes de fabrique »

Valentina Carvajal devant le célèbre « Arctic Sunrise » de Greenpeace, à Barcelone, le 10 avril 2026.

Greenpeace joint ses forces à la flottille pour Gaza. L’ONG lèvera l’ancre le dimanche 12 avril à Barcelone avec l’un de ses célèbres bateaux. Car protéger l’environnement et la vie, « c’est dans notre ADN », disent les militants.

Barcelone (Espagne), reportage

« Oh regarde, c’est Greenpeace ! » s’exclame en anglais une touriste sur le quai. Devant elle se dresse la coque vert sombre d’un brise-glace de 50 mètres de long, barré d’un arc-en-ciel traîné par une colombe qui porte un brin d’olivier. Depuis 1995, l’Arctic Sunrise a écumé les océans, de pôle en pôle, et participé à certaines des opérations les plus spectaculaires de l’ONG. C’est l’un de ses trois navires mythiques qu’elle envoie rejoindre la flottille Global Sumud, qui doit prendre la mer depuis Barcelone ce dimanche 12 avril, avec l’objectif de « briser le blocus » imposé par Israël autour de la bande de Gaza.

C’est la troisième fois qu’une telle expédition prend le large depuis 2023. Le but affiché par la flottille : « Aider à briser le siège, livrer de l’aide humanitaire, établir un couloir de circulation opéré par des civils, appuyer la reconstruction... » Dans les faits, les organisateurs sont conscients qu’ils seront probablement interceptés par les forces armées israéliennes avant d’atteindre les côtes de Gaza. Elle vise surtout à mettre les dirigeants mondiaux face à leurs responsabilités : « Permettre au peuple d’agir là où les gouvernements et les institutions ont échoué. »

Lire aussi : Flottille pour Gaza : marin ou électricienne, ils retapent des bateaux pour briser le blocus

En septembre 2025 déjà, une flottille du Global Sumud avait réuni 462 volontaires issus de la société civile, activistes, journalistes, professeurs, médecins, étudiants, politiques, à bord de 42 embarcations. Avec un très fort retentissement médiatique en Espagne. Tous les équipages avaient étés détenus par les forces armées israéliennes avant d’être expulsés vers leur pays d’origine. Certains dénoncent des mauvais traitements durant leur détention.

Cette fois-ci, l’organisation annonce plus de 1 000 personnes et plus de 70 embarcations au total. Et Greenpeace joint ses forces à la flottille. « Nous avons plus de cinquante ans d’expérience et les actions en mer sont l’un de nos signes de fabrique », explique Valentina Carvajal, responsable des campagnes paix et désarmement de la branche espagnole de l’ONG. Elle partira sur l’Arctic Sunrise le 12 avril.

Valentina Carvajal devant le célèbre «  Arctic Sunrise  » à Barcelone. © Alban Elkaïm / Reporterre

« Nous apporterons un appui logistique, technique, maritime et opérationnel à la flottille, ajoute-t-elle, en rappelant que la traversée de la Méditerranée peut être difficile. Depuis plusieurs mois, nous conseillons les équipages sur tout ce qui touche les protocoles de sécurité, les communications maritimes pour anticiper les situations qui pourraient être rencontrées [lors de la navigation]. » Le bateau est aussi plus grand que d’autres, « nous pouvons apporter des vivres et du matériel », précise-t-elle.

Le brise-glace n’ira toutefois pas au contact de l’armée israélienne. L’Arctic Sunrise s’arrêtera à 200 miles nautiques des côtes gazaouies. Question d’agenda, il est appelé sur une autre mission après.

« C’est dans notre ADN »

Cet appui est précieux pour les organisateurs de la flottille. « Avec l’Open Arms [ONG de sauvetage de migrants qui a aussi rejoint la flottille cette année], elles ne viennent pas seulement rompre le blocage, mais aussi nous apporter leur expérience durant la navigation, dit Ardiá Plaza, porte-parole de Global Sumud Catalogne. Greenpeace a une longue expérience dans la désobéissance pacifiste. Cela peut nous aider à savoir comment réagir quand nous n’avons plus de carburant, ou quand des drones nous lâchent une bombe dessus. C’est arrivé l’an passé. » Sur le quai d’à côté, des agents installent encore la grande scène qui doit accueillir des discours le 11 avril. 5 000 personnes sont attendues pour un grand rassemblement contre l’action d’Israël à Gaza.

« Ici, c’est la salle d’où le navire est piloté », explique un volontaire de Greenpeace depuis le bateau. Les curieux défilent pour profiter de la journée portes ouvertes organisée par l’ONG les 10 et 11 avril. « Nous connaissons le bateau depuis longtemps avec les campagnes qu’ils ont menées, c’est un bateau important. Mais nous ne savions pas comment c’est dedans, donc on est venu voir », expliquent Concha et Norbert, des adhérents attirés par l’opportunité.

Greenpeace organise des journées portes ouvertes pour découvrir son bateau les 10 et 11 avril 2026. © Alban Elkaïm / Reporterre

L’Arctic Sunrise, le Rainbow Warrior, le Witness, ces noms sont mythiques pour les écologistes. Et même parfois en dehors. Greenpeace, c’est aussi une audience importante, avec plus de 3 millions d’adhérents dans le monde, et une grande capacité d’attirer le focus médiatique. La flottille en a bien besoin. « Six mois après la dernière flottille, il y a eu l’action des États-Unis au Venezuela, les guerres illégales des États-Unis et d’Israël, le blocus et les menaces sur Cuba… Mais je suis convaincu que nous réussirons à faire encore mieux cette fois-ci », insiste Adriá Plaza.

Concha et Norbert, des adhérents. © Alban Elkaïm / Reporterre

Le constat est pourtant partagé. « Ce n’est plus comme avant », reconnaît Valentina Carvajal. L’an passé, des noms célèbres comme Greta Thunberg, ou celui de l’ex-maire de Barcelone, figure emblématique de la gauche, Ada Colau, avaient aussi attiré l’attention des médias. Cette année, pour l’heure, personne ne sait précisément qui participera. « Par mesure de sécurité, pour éviter les campagnes de diffamation », assure l’organisation. Ces noms doivent être dévoilés la veille du départ.

Greenpeace estime qu’elle a toute sa place dans cette lutte. « Dans le nom de notre ONG, il y a “green” [vert], mais aussi “peace” [paix], sourit Valentina Carvajal. Nous sommes nés avec l’union de groupes qui essayaient d’empêcher les essais nucléaires sur une île d’Alaska. Les participants étaient autant des écologistes que des pacifistes. C’est dans notre ADN. » Et protéger l’environnement, c’est protéger la vie, « donc protéger un monde en paix. Et la paix, ce n’est pas seulement l’absence de bombes. C’est aussi la justice. Pouvoir avoir accès à la terre, à l’eau potable ».

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