Halte à la publicité sur Internet !

Durée de lecture : 4 minutes

30 janvier 2013 / Khaled Gaiji, Charlotte Nenner et Antonin Moulart

« La liberté d’intrusion de la publicité s’oppose clairement à la liberté de réception de l’internaute, le tout au nom d’une fausse gratuité »


En janvier 2013, le fournisseur d’accès internet Free avait bloqué par défaut la publicité pour ses clients pendant quelques jours, protégeant plus de 5 millions d’internautes de l’agression publicitaire. Cette mesure courageuse répondait à une préoccupation importante des Français ; la publicité est en effet considérée par la majorité d’entre eux comme envahissante (1). Free vient de réactiver l’option mais sans blocage par défaut, une timide avancée.

Liberté d’intrusion contre liberté de réception

Free, par cette action, a engagé bien malgré elle, un débat sur la pollution visuelle et mentale due à la publicité sur Internet. Des acteurs du web, très dépendants de la publicité, se sont offusqués de cette pratique au nom de la liberté d’expression et d’accès à une information gratuite.

On peut les comprendre : qui va mordre la main qui vous nourrit ? Car ces acteurs ne font que défendre les intérêts économiques du système publicitaire. Ils légitiment une liberté d’intrusion d’une publicité qui s’oppose clairement à la liberté de réception de l’internaute, le tout au nom d’une fausse gratuité.

Fausse gratuité

L’information véhiculée par ces sites internet dépendants de la publicité n’est jamais gratuite. La gratuité suppose une absence de contre-partie. Or, un annonceur achète l’audience d’un site internet - « temps de cerveau disponible » - pour essayer de capter son attention et espérer un clic sur sa bannière. Le site vend ses lecteurs à cet annonceur moyennant finance. C’est pourquoi on a coutume de dire que lorsque l’on ne paye pas le produit c’est que nous sommes le produit vendu.

Les services en lignes publicitaires ne se contentent plus de vendre le temps d’attention de leurs lecteurs mais également leurs contributions. Cette dimension productive des contributeurs est exploitée par l’industrie publicitaire que représente notamment Facebook, Google ou Twitter. Les tentatives d’appropriations des contributions par ces services en ligne sont régulières, on l’a vu récemment avec Instagram (2) qui a tenté de déposséder des millions de contributeurs de leurs photos.

Enfin, les annonceurs répercutent le prix de leurs campagnes publicitaires dans le prix des produits vantés. Chacun d’entre nous paye, dans ses achats, le prix de cette publicité, comme une taxe cachée. On le chiffre, toutes publicités confondues, à environ 480 € par personne et par an (2).

A cela, on peut ajouter d’autres coûts indirects tels que ceux de la consommation énergétique et d’exploitation de matières premières rares utilisées par les ordinateurs et serveurs.

Gaspillage et encombrement

Une des explications de Free pour justifier le blocage des publicités est à ce titre éclairante : la qualité de leur réseau aurait été touchée par le trafic de sites internet consommant trop de bande passante. Sur certains sites d’information en ligne financés par la publicité, la charge de celle-ci peut représenter entre 30 et 50 % de la page selon les estimations de « Surfez Couvert ».

Une part non négligeable en termes de consommation énergétique est donc clairement imputable à la publicité. Et les internautes ne sont pas dupes : 83% des sondés estiment que la publicité sur Internet dérange la navigation (3).

De plus, la croissance exponentielle de l’information rend sa compréhension et le tri entre l’accessoire et l’essentiel encore plus compliqué. La publicité par la captation de notre attention brouille nos sens et entraîne une véritable « infobésité ». La publicité n’est pas seulement gênante par son omniprésence, elle est aussi nocive pour les individus, comme pour la société : obésité, anorexie, sexisme, frustration, comportements violents, surconsommation, sur-endettement…

Un autre web est possible

Des modèles économiques qui se passent de publicité existent déjà et sont viables. Wikipédia est l’un des sites les plus consultés au monde et est financé par ses contributeurs. Ou encore, Médiapart et @rret sur images fonctionnent sur un modèle d’abonnement communautaire.

Les politiques doivent garantir aux Français, par la loi, la liberté de réception pour que les bloqueurs de publicités et de cookies publicitaires soient installés par défaut sur tous les navigateurs internet pour être contrôlé par l’internaute lui même.

Enfin, on peut aussi imaginer une redevance web qui permettrait de financer de manière inconditionnelle les sites internet sans publicité.
Faute de mieux, nous encourageons tous les internautes, soucieux de se protéger de la pollution et l’intrusion publicitaire à suivre le guide du site internet Surfezcouvert.net.

.....................................

Notes :

(1) Sondage TNS Sofres - Australie "Publicité et Société".

(2) Service en ligne de partage d’image racheté par Facebook.

(3) 31,410 milliards d’euros de dépenses publicitaires (source IREP-France Pub) divisés par 65 millions d’habitants.

(4) Sondage Ifop juin 2011.




Khaled Gaiji et Charlotte Nenner sont co-présidents de Résistance à l’agression Publicitaire
Antonin Moulart est animateur de Surfez couverts

Source : Courriel à Reporterre de R.A.P.(Résistance à l’Agression Publicitaire)

Illustration : Docnews

Lire aussi : Les déboulonneurs repartent à l’attaque des écrans pub video

DOSSIER    Informatique et internet

THEMATIQUE    Pollutions
27 juillet 2019
Quand une coopérative ouvrière relance la culture locale du tilleul
Alternative
25 juillet 2019
Aux Rencontres de la photographie d’Arles, les murs séparent, la nature relie
À découvrir
14 septembre 2019
Véganes et paysans (presque) unis contre l’élevage industriel
Enquête


Dans les mêmes dossiers       Informatique et internet



Sur les mêmes thèmes       Pollutions