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Transports

Avion : et si on limitait à deux allers-retours par an ?

10 % des Françaises et Français ont effectué plus de deux allers-retours dans l’année.

Les voyageurs les plus aisés, et les plus réguliers, totalisent 90 % des kilomètres parcourus en avion. Un crédit aérien, limité à 2 vols par an, permettrait de réduire drastiquement le trafic, selon le Forum vies mobiles.

L’avion est un mode de transport extrêmement inégalitaire. 8 Français sur 10 l’ont déjà emprunté une fois dans leur vie, mais seuls 10 % ont effectué plus de deux allers-retours dans l’année, selon une étude sociologique publiée le 16 juin par le Forum vies mobiles, laboratoire d’idées dédié aux transports.

Selon ces chiffres, c’est également cette poignée de voyageurs réguliers qui pèse le plus sur l’empreinte carbone du secteur.

Outre la fréquence des vols, c’est leur longueur qui détermine l’impact carbone. Les long-courriers représentent seulement 12,5 % des vols, mais concentrent la moitié des émissions de gaz à effet de serre. Or, le Forum vies mobiles observe la même « concentration extrême des usages » en matière de distances parcourues.

À l’échelle d’une vie, seuls 5 % des voyageurs réalisent plus de 100 vols pendant que 70 % des Françaises et Français s’envolent moins de 10 fois.

Ce constat n’a pas été bouleversé par l’essor des compagnies low cost, observe également le Forum vies mobiles. Les trois quarts des Françaises et Français gagnant plus de 6 000 euros par mois ont déjà pris une compagnie low cost, contre un tiers seulement de ceux qui gagnent moins de 1 500 euros.

Pour un « crédit aérien » personnel

Ce constat conduit le groupe de réflexion à formuler une proposition simple : instaurer un crédit de deux voyages annuels allers-retours par personne, hors voyages professionnels. Une telle mesure ferait reposer l’effort sur la minorité la plus polluante : seuls les 10 % de voyageurs les plus intensifs seraient concernés. Elle permettrait à elle seule de réduire de 24 % le trafic aérien, « soit plus de 5 millions de tonnes de gaz à effet de serre évitées chaque année », selon le Forum vies mobiles.

« Le débat oppose souvent la culpabilisation individuelle aux interdictions générales. Alors qu’agir sur une petite minorité de voyageurs très intensifs suffit à obtenir des effets climatiques majeurs », dit Sylvie Landriève, directrice du Forum vies mobiles, au cours de la conférence de presse de présentation de l’étude, le 16 juin. Il faut arriver à juguler les émissions de CO2 dans les vingt ans qui viennent. »

Un tel quota personnalisé pourrait se baser sur le système de réservation existant, qui recense les passagers avec des informations personnelles (le « passenger name record »), et aucune revente de ses quotas personnels ne serait permise.

« Cette mesure parfaitement indolore pour 90 % des Français permettrait d’endiguer la croissance exponentielle du trafic et aurait un effet significatif sur le climat », insiste Adrien Bonnet, chargé de projet de recherche au Forum vies mobiles.

Le mode de transport le plus polluant

Le secteur aérien représente 6,4 % des émissions de CO2 de la France, selon le chiffre retenu par le Forum vies mobiles. C’est le moyen de transport qui pollue le plus par kilomètre parcouru et le seul mode de déplacement dont les émissions continuent d’augmenter rapidement (+2,7 % par an depuis 2010).

Le sentiment de honte de prendre l’avion, associé à la prise de conscience écologique, le fameux « flygskam », ne touche selon l’enquête que 15 % de voyageurs. « Nous observons que cette culpabilité déclarée n’a pas d’effet sur la manière de prendre l’avion, détaille Adrien Bonnet. Les gens ne nient pas l’impact carbone de leur pratique, mais déploient des mécanismes de justification de leur pratique. »

Manquer d’alternatives, être contraint par un groupe, compenser par d’autres gestes écolos… Le panel d’arguments recensé par les chercheurs est varié.

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