Pesticides interdits : pourra-t-on encore importer des fruits et légumes contaminés en France ?
Le Premier ministre Sébastien Lecornu quitte l'Élysée, après une réunion du Conseil des ministres, le 5 janvier 2025. - © Tom Nicholson / Anadolu / Anadolu VIA AFP
Le Premier ministre Sébastien Lecornu quitte l'Élysée, après une réunion du Conseil des ministres, le 5 janvier 2025. - © Tom Nicholson / Anadolu / Anadolu VIA AFP
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Le Premier ministre a annoncé vouloir suspendre l’importation des fruits et légumes contaminés aux pesticides interdits en Europe. Une promesse aux contours flous portant sur une poignée de produits.
Sébastien Lecornu l’avait promis dimanche 4 janvier dans une lettre ouverte au monde agricole : le gouvernement a signé mercredi 7 janvier un arrêté pour suspendre l’importation des fruits et légumes qui contiennent cinq pesticides interdits en Europe.
Sont concernés les avocats, les graines de soja, les pommes de terre, les mangues ou encore les poivrons qui ne respectent pas les normes sanitaires européennes. Un geste destiné à apaiser les syndicats agricoles, reçus les 5 et 6 janvier à Matignon en pleine crise de la dermatose nodulaire. Mais ce vœu pieux risque de se fracasser sur la réalité.
Les substances concernées sont le glufosinate, un herbicide, et quatre fongicides : le bénomyl, le mancozèbe, le thiophanate-méthyl et le carbendazime. Soit seulement cinq pesticides non autorisés dans l’Union européenne « alors qu’on en compte actuellement au moins 72 », pointe l’Institut Verben, qui rappelle que « trois des substances concernées sont encore produites au sein de l’UE pour l’export ».
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Selon l’ONG d’investigation Public Eye, 30 000 tonnes de glufosinate, thiophanate-méthyl et mancozèbe ont été produites en Europe en 2024 malgré l’interdiction de leur utilisation, dont 34 000 kg de mancozèbe en France.
Sollicités pour comprendre les critères de sélection de ces produits phytosanitaires, ni les services du Premier ministre, ni le ministère de l’Agriculture, chargé du dossier, n’ont répondu à Reporterre.
Des mesures difficiles à maintenir et contrôler
L’annonce du Premier ministre est survenue alors que les pays membres de l’Union européenne s’apprêtent à ratifier le traité du Mercosur, également source de la colère du monde agricole, qui prévoit de faciliter l’entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, qui pourraient également contenir des pesticides interdits en Europe.
« Si l’intention semble louable, elle est loin de répondre de manière systémique aux enjeux soulevés par les agriculteurs », note la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH), selon qui « une telle mesure ignore complètement d’autres enjeux tout aussi importants que les normes européennes encadrent : alimentation des animaux, déforestation, protection du bien-être animal, utilisation d’OGM… Sans prise en compte de ces autres enjeux, la concurrence déloyale perdurera et freinera tout effort de transition. »
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Pour l’Institut Verben, le geste du Premier ministre entre par ailleurs « en contradiction profonde » avec l’accord international. Au point qu’il « pourrait faire l’objet d’une activation du mécanisme de rééquilibrage » prévu par le traité, qui oblige les pays signataires à faire des concessions commerciales pour compenser les pertes financières occasionnées par de telles décisions.
L’institut souligne également que « le renforcement des contrôles envisagé est contraire à leur allègement prévu dans l’accord » et que « des mesures adoptées à l’échelle nationale sont par définition des mesures difficiles à maintenir et contrôler dans le temps dans le cadre du marché intérieur européen ».