L’abstention n’est pas une fatalité

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24 mars 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Face à l’abstention, qui manifeste la crise du politique, l’écologie porte un projet de refonte de la démocratie : le municipalisme libertaire.


Presque 40 % d’abstention ce dimanche 23 mars au premier tour des municipales : les citoyens n’auraient pu manifester plus clairement leur défiance avérée à l’égard des représentants politiques – ce qu’on appelle la « crise de légitimité du politique ».

Mais avec, entre autres motifs, la tendance aux projets inutiles et imposés, qui se multiplient sous l’égide de maires court-circuitant les procédures de concertation – comme les enquêtes récentes de Reporterre en Eure-et-Loire ou dans le Jura l’ont mis en exergue – peut-il en être autrement ?

Le niveau local ne fait plus exception ; il prolonge les maux de la démocratie représentative constatés à l’échelon national. Partout, les mêmes manœuvres, entre conflit d’intérêts et opacité, qui tiennent la société civile et l’intérêt commun hors du champ d’action. De la commune au gouvernement, le système oligarchique s’applique à l’identique. Il a gangrené les institutions politiques.

Il ne s’agit plus aujourd’hui de redonner « confiance » aux citoyens, il s’agit de lui redonner son pouvoir légitime dans la vie publique. Comment ? Par une démocratie directe, locale et écologiste. Dans son panthéon intellectuel, l’écologie politique peut s’appuyer sur le philosophe Murray Bookchin, qui a conceptualisé l’armature de la solution : le municipalisme libertaire.

Janet Biehl, qui a étudié cet outil politique dans un essai réédité récemment, présente ainsi l’entreprise du philosophe américain : « Le municipalisme libertaire de Bookchin pense les institutions qui auraient le pouvoir de stopper les ravages de ce système exploiteur et biocide ».

L’idée repose sur le confédéralisme, « seul principe d’organisation sociale et politique qui peut institutionnaliser l’interdépendance sans le concours de l’Etat, tout en préservant le pouvoir des assemblées municipales ». Concrètement, ces assemblées municipales réunissent les citoyens qui débattent et prennent les décisions à la majorité. Pour les problématiques excédant le cadre communautaire, des délégués sont mandatés au niveau confédéral. Ceux-ci doivent ensuite rendre des comptes aux assemblées qui gardent un pouvoir de révocation.

L’objectif principal est de préserver le pouvoir au sein de ces assemblées populaires locales. Le municipalisme libertaire est un projet libertaire, qui assume sa dimension révolutionnaire. L’autogestion vise la liberté et l’émancipation collective. C’est un projet d’action politique : pour construire cet espace de décision citoyenne, il y a besoin d’institutions locales. Et donc de l’action du suffrage ?

On peut en effet questionner l’utilité du vote dans le contexte actuel. Faut-il effectuer son « devoir de citoyen » au risque de conforter les illusions de la démocratie représentative ?

Les présentes élections présentent a fortiori deux écueils, certes classiques, mais non moins importants : une offre politique insatisfaisante, fatiguée et en manque d’imagination, et un vote blanc qui n’est toujours pas reconnu, et ce jusqu’au… 1er avril, soit dans une semaine, ironie du sort.

Mais il faut voter. Dans le respect, d’abord, de l’histoire et des symboles qu’incarne cette modalité de la décision démocratique. Il faut voter, surtout, pour prendre véritablement conscience de la perte de sens dont souffre aujourd’hui cet acte politique : on comprend alors d’autant mieux l’intérêt de se mobiliser, sur le terrain, chaque jour, dans des combats qui refusent la fatalité du système en place.



Source : Barnabé Binctin pour Reporterre.

Images :
. Graphe abstentions : Ipsos
. Capitaine Haddock : Zones subversives
. Couverture Municipalisme libertaire : La pétroleuse

Lire aussi : Pourquoi les gens s’abstiennent-ils de voter ?.


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