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Économie

L’écologie selon le Medef : « Le capitalisme a toujours trouvé des solutions »

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, arrivant à l'Elysée pour assister à la cérémonie d'investiture d'Emmanuel Macron, le 7 mai 2022.

L’organisation patronale a présenté le 16 mai les résultats d’une étude sur la transition écologique. Misant tout sur la technologie, elle prône la croissance « sobre ». Et assure que le capitalisme « a toujours trouvé des solutions ».

Le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Geoffroy Roux de Bézieux, l’assure : au sein de l’organisation patronale, on prend la transition écologique « au sérieux ». Et pour cause : « C’est un sujet trop sérieux pour être laissé aux seuls écologistes. » Lundi 16 mai, le dirigeant d’entreprise a présenté les résultats d’une étude réalisée par l’institut d’études économiques Rexecode pour le Medef. Le titre de la présentation : « Décarboner l’économie, combien ça coûte ? ». Cher, ont conclu les analystes. Leur recommandation : alléger la fiscalité des entreprises, sans remettre en cause notre modèle économique et nos modes de vie.

Sur le constat, l’organisation patronale s’accorde avec les associations et experts du climat : la trajectoire actuelle de la France ne lui permettra pas d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Il faut aller « plus vite », insiste-t-on, et les investissements à réaliser sont « très significatifs ». Pendant plus d’une demi-heure, les auteurs de l’étude en costume-cravate ont fait défiler leurs « slides » sur deux écrans plats, détaillant leurs résultats à grand renfort de franglais. Il faut faire du « bottom-up », nous explique-t-on, et calculer le « payback » de la décarbonation sur les coûts d’investissement. La France, détaillent les experts de Rexecode, investit pour le moment autour de 600 milliards d’euros par an pour les ménages, les entreprises et le secteur public. Selon leurs évaluations, elle devrait y ajouter 60 à 80 milliards d’euros d’ici 2030 pour atteindre ses objectifs en matière de transition. Les ménages devraient augmenter leurs dépenses pour la transition écologique de 20 %, et les entreprises de 10 %.

En ce qui concerne la méthode, le Medef a sa recette bien à lui : « Évidemment, on dit qu’il faut amplifier la baisse des impôts de production » des entreprises, adjure Geoffroy Roux de Bézieux. Il recommande une baisse globale de ces prélèvements de 35 milliards d’euros par an, ce qui viendrait « directement financer » les investissements requis pour mener la transition à bien. Pas question, en revanche, de réserver ces baisses d’impôt aux entreprises mettant réellement en place une politique de décarbonation. Miracle de la main invisible, ces cadeaux fiscaux devraient être « naturellement » orientés vers la décarbonation grâce à la pression des consommateurs et des investisseurs, pense le dirigeant de l’organisation patronale.

Une croissance « responsable » et « sobre »

Dans cette salle de conférence aux sièges molletonnés et aux larges fenêtres, le président du Medef détaille ses autres recommandations : accélérer la rénovation énergétique, augmenter les offres de transport en commun, créer un crédit d’impôt pour les entreprises qui réalisent des investissements d’efficacité énergétique, ou encore une taxe carbone aux frontières afin d’éviter un « différentiel de compétitivité » avec le reste du monde. Geoffroy Roux de Bézieux se dit également favorable à la planification écologique : « Autant la planification sur le sujet de l’économie nous fait peur, autant elle nous semble nécessaire pour l’écologie, [car] les enjeux temporels dépassent l’horizon de raisonnement de l’investisseur privé. »

D’un changement de nos modes de vie et de consommation, en revanche, le dirigeant du Medef ne veut pas entendre parler. « La sobriété façon Yves Cochet, ce n’est pas la nôtre », dit-il, avant de fustiger la « privation de liberté très grande » qu’elle entraînerait. « Nous, on propose la croissance responsable, la croissance sobre. » Comment concilier ces deux notions a priori contradictoires ? L’organisation patronale mise sur la technologie, et notamment sur l’avion électrique. « Le Medef est du côté de ceux qui innovent plutôt que de ceux qui veulent restreindre les libertés de nos concitoyens », assure-t-il. Reste un problème de taille : ces alternatives seront disponibles, au mieux, d’ici quelques décennies, alors que nos émissions doivent décliner dès maintenant. Que faire en attendant ? Nous n’en saurons pas plus. Simplement que « le capitalisme a toujours trouvé des solutions à tous les challenges économiques qu’il a eus ».

Les résultats de cette étude n’ont pas vocation à rester entre les murs en bois clair du grand immeuble parisien où siège le Medef. L’organisation patronale espère que ses analyses parviendront jusqu’aux oreilles du prochain chef du gouvernement. Durant la campagne, on a « peu et mal » parlé de transition, selon Geoffroy Roux de Bézieux, qui aimerait que cela change. Il compte ainsi continuer de défendre, « de la manière la plus rationnelle et scientifique possible », le rêve d’une croissance « responsable ».

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