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Énergie

Pourquoi la France n’arrive pas à fabriquer davantage de panneaux solaires

Une usine de fabrication de panneaux photovoltaïques en Inde, avec qui l'UE a signé un accord de libre-échange.

Un énorme projet d’usine de fabrication de panneaux solaires en France jette l’éponge après son placement en liquidation judiciaire. Son responsable blâme l’absence de marché européen et des politiques publiques contreproductives.

« L’airbus du solaire » finit dans le mur. Le 19 mai, le président de l’entreprise Carbon, Pierre-Emmanuel Martin, a annoncé dans un communiqué l’abandon pur et simple de ce projet de méga-usine solaire, en liquidation judiciaire depuis le 13 mai. Annoncé en 2022, Carbon représentait un espoir de relance de la fabrication de panneaux solaires en France, dans un contexte où la majorité de ceux importés et installés en Europe viennent de Chine.

Le projet prévoyait de produire des panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) à partir de la matière première — le polysilicium — en intégrant toutes les étapes, de la fabrication des cellules à l’assemblage du module solaire.

Pilier de la réindustrialisation verte portée par Emmanuel Macron en 2023, et labellisé projet industriel d’intérêt national majeur, Carbon annonçait la création de 3 000 emplois directs et avait même obtenu son permis de construire en 2025. Sauf qu’un an plus tard, patatras, tout s’arrête.

Le manque d’un « véritable marché photovoltaïque européen »

Dans son communiqué, Carbon explique que « cette décision difficile reflète l’absence, à ce stade, des conditions nécessaires à l’émergence d’un véritable marché photovoltaïque européen permettant de sécuriser la poursuite du projet ». Avec l’arrêt de l’usine, c’est aussi le Carbon Lab, un centre de recherche et développement prévu à Miramas avec 200 emplois potentiels qui s’évapore.

Le projet reposait sur un pari : investir plus de 1,5 milliard d’euros sur quatre ans pour relocaliser toutes les étapes de la production, hors extraction, en France tout en bénéficiant de règles européennes plus protectionnistes. Pour y parvenir, Carbon avait reçu des soutiens publics, 4 millions d’euros de l’État dans son capital, 2,9 millions de financements participatifs et jusqu’à 15 millions de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur si le projet avait été mené à terme.

Mais quatre ans ont passé et l’Union européenne (UE) ne s’est entendue que sur un « règlement industrie zéro net carbone » encore flou et incitatif, sans contraintes fortes vis-à-vis de la concurrence extérieure, notamment chinoise. Pire, l’UE veut aujourd’hui aller « à l’inverse d’un marché solaire souverain », regrette Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, le syndicat du solaire.

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En mars, la Commission a lancé un nouvel accord qui amènerait à considérer comme « originaires de l’Union » des produits fabriqués dans tous les pays avec qui l’Europe a signé un traité de libre-échange, comme la Turquie et l’Inde, deux pays qui ont lancé leur propre industrie solaire.

Impossible pour Carbon d’envisager être concurrentiel sur les prix face à ces pays. Cela a conduit au retrait des investisseurs et à la liquidation judiciaire le 13 mai dernier. Comme le résume le président de l’entreprise, Pierre-Emmanuel Martin : « Faute de marché nous sommes obligés de replier les gaules. »

« Une grande perte mais pas une grande surprise »

Pour Bastien Cuq, responsable énergie au Réseau Action Climat, cet abandon est « une grande perte mais pas une grande surprise », notamment au vu de la politique nationale. Depuis deux ans, il liste les reculs environnementaux, « par petites touches successives, qui ont par exemple rendu beaucoup plus difficile d’installer des panneaux chez soi ».

Or, c’était justement là que Carbon aurait pu se faire une place : dans du solaire à petite échelle. Car même si un panneau fabriqué en France aurait coûté 30 % plus cher qu’un panneau importé, la majeure partie du coût d’installation en toiture repose sur la main d’œuvre. Or, après deux ans d’instabilité ministérielle, le gouvernement français a choisi de cibler les très grands projets au sol, qui n’ont d’intérêt qu’en tirant les prix au plus bas.

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Reste que rapidement après son lancement, la viabilité de la méga-usine avait été mise en doute, notamment dans une enquête de 2024 du média Les Jours. Le projet avait également suscité des oppositions de la fédération locale de France Nature Environnement qui rappelle aujourd’hui avoir « alerté sur l’effet d’entraînement de ce type de projet sur des aménagements routiers ainsi que sur les risques industriels » de telles installations.

Est-ce pour autant la fin de la fabrication photovoltaïque made in France ? Les espoirs reposent maintenant sur l’autre gigafactory en projet, Holosolis, à Hambach (Moselle), moins ambitieuse sur le nombre d’étapes de production faites en France mais dont le projet est toujours d’actualité et devrait se concrétiser d’ici un an… sauf nouvelle éclipse.

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