Panneaux solaires à installer soi-même : faut-il se laisser tenter ?
L'énergie des panneaux « plug and play » est directement absorbée par les besoins du foyer. - © Frank Hoermann / Sven Simon / DPA Picture-Alliance via AFP
L'énergie des panneaux « plug and play » est directement absorbée par les besoins du foyer. - © Frank Hoermann / Sven Simon / DPA Picture-Alliance via AFP
Durée de lecture : 8 minutes
Ces panneaux à brancher sur une prise électrique séduisent par leur prix abordable et leur simplicité d’installation. Encore faut-il les brancher sans prendre de risque. Et ne pas espérer une production trop importante.
Dans ce Castorama de banlieue parisienne, la promotion est en tête de gondole au rayon électricité : un panneau solaire prêt à l’emploi pour 299 euros. En plus de ce premier prix, l’enseigne met en vedette ces dispositifs à installer soi-même dans l’entrée du magasin : deux autres modèles plus onéreux (700 et 1 200 euros) y trônent sous un grand panneau « Rénovation énergétique ». Produire sa propre électricité pour quelques centaines d’euros d’investissement ? L’idée a de quoi séduire. Même si depuis peu, un certain flou réglementaire entoure l’utilisation de ces panneaux d’un nouveau type.
Leur grand atout est la simplicité. Ils sont dits « plug and play » : littéralement, branchez et démarrez. De fait, pas besoin d’installateur ni de travaux : ils se posent au sol, dans un jardin voire sur un balcon, et se branchent sur une simple prise électrique. Ce branchement permet d’injecter dans le logement l’énergie produite : elle est directement absorbée par les besoins du foyer. Si plusieurs fournisseurs de ces solutions sont français, les panneaux en eux-mêmes restent importés de Chine. En 2024, il s’en serait vendu au moins 150 000 exemplaires, en ligne ou en magasin, selon l’estimation de plusieurs fournisseurs.
C’est leur puissance limitée qui permet cette facilité de mise en service : alors que les panneaux s’installant en toiture chez les particuliers, vendus plusieurs milliers d’euros, sont généralement de 3 à 9 kilowatts (kW), les versions les plus courantes des kits solaires approchent tout juste 1 kW (deux panneaux de 300 à 500 watts chacun).
« Ces installations sont aussi une réponse au frein numéro un au développement du solaire : la méfiance », vante Vincent Arrouet, cofondateur de Sunology, une des PME proposant ces kits. « Elles remplissent un rôle pédagogique énorme par rapport au photovoltaïque. Après avoir utilisé un kit avec succès, de nombreux utilisateurs se convertissent à une installation plus puissante », ajoute Joël Mercy, président du Groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque (GPPEP), une association d’entraide entre particuliers.
Faciles à monter, pour une consommation modeste
La motivation de nombreux convertis aux kits solaires est double : réduire sa facture d’électricité et prendre en main ses besoins en énergie. Noëlle, une retraitée habitant dans le Gard, vit déjà dans une maison passive, sans chauffage : « Mon seul point noir, c’est le cumulus pour l’eau chaude. J’ai voulu m’équiper pour couvrir sa consommation. » Ce qui n’est, malheureusement, pas le cas.
Pour Grégory, consultant domicilié en Seine-et-Marne, le déclencheur a été son achat d’une voiture électrique : « On se prend vite à vouloir créer sa propre énergie, dans l’idée de gagner en autonomie à la maison et en mobilité. » Et ce, même s’il savait bien qu’un kit solaire ne peut absorber la puissance requise par une batterie de voiture.
La production d’électricité de ces kits ne peut être que modeste. « Ils sont prévus pour couvrir le “bruit de fond” électrique du foyer : la consommation de la box, du téléviseur, de tous les appareils branchés en permanence », explique Joël Mercy.
Cet été, au domicile francilien de Grégory, le kit de deux panneaux (800 W de puissance, au total) a produit un peu plus de 80 kilowattheures (kWh) par mois. Soit plus de 15 euros mensuels économisés sur sa facture d’électricité. Mais en hiver, avec les jours très courts et la couverture nuageuse, la production est au ras des pâquerettes : 6 kWh en décembre, soit seulement 1,2 euro d’électricité économisé. Au total, Grégory espère rembourser son installation, payée de l’ordre de 350 euros, en 3 à 4 ans.
« C’est aussi simple qu’un montage
de meuble Ikea »
Pourtant, de l’aveu de ce particulier, son installation n’est pas optimale : « Il y a des problèmes d’orientation et d’ombres créées par la maison voisine. » Pour maximiser la production, l’idéal est de les placer face au Sud, dans un espace dégagé (pour éviter les ombres) et avec une inclinaison autour de 30° — un peu moins en été, un peu plus en hiver, lorsque celle-ci est réglable. Naturellement, une même installation produira davantage à Nice qu’à Brest — l’écart est de l’ordre de 30 à 50 % en faveur des régions les plus ensoleillées.
Pour ce qui est de la rapidité d’installation, la promesse semble tenue. « C’est aussi simple qu’un montage de meuble Ikea », juge Grégory. Du haut de ses 75 ans, Noëlle, notre retraitée gardoise, est plus mitigée : « J’ai attendu d’avoir la visite de deux amis costauds pour me mettre en place les panneaux, qui sont assez lourds. » En fait, outre le poids — rarement moins de 25 kg par panneau —, la durée de l’installation varie surtout selon la version choisie : les modèles prémontés, souvent vendus sous le nom de « stations » solaires, annoncent moins de dix minutes de mise en place, tandis que les « kits » à proprement parler peuvent nécessiter une heure voire davantage.
Quel que soit le modèle, les démarches administratives sont réduites à la portion congrue : une simple déclaration auprès d’Enedis (la convention d’autoconsommation) suffit. Les kits étant mobiles, même les locataires peuvent s’équiper sans l’aval de leur propriétaire. Seules l’installation en zone d’urbanisme protégée et la fixation sur un mur à plus de 1 m 80 de hauteur nécessitent d’autres autorisations officielles.
Zones d’ombre et risques de surchauffe
La principale zone d’ombre concerne la réglementation… et la sécurité. Des questions se posent sur leur légalité, sur fond d’inquiétudes sur les risques de surchauffe des installations. En cause, une norme sur la sécurité des installations électriques des logements, dont la nouvelle version est entrée en vigueur début septembre. Ce texte (norme NF C15-100) interdit le branchement d’un « générateur d’énergie électrique » sur une simple prise : une ligne électrique dédiée serait nécessaire. Si les kits sont concernés, adieu la simplicité qui fait leur intérêt !
Pour Joël Mercy, de l’association d’utilisateurs GPPEP, c’est bien le cas : « Aujourd’hui, si un kit branché sur une prise électrique déclenche l’incendie d’un logement, le risque est que l’assureur refuse d’indemniser », craint-il. Les professionnels démentent. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui s’était inquiété de cette nouvelle norme en novembre, estime que les kits solaires n’entrent pas dans son champ d’application. « Cette norme ne s’applique qu’aux générateurs fixes. Or, nos stations solaires sont mobiles, argumente également Vincent Arrouet, de Sunology. Et la norme ne concerne que les nouvelles installations électriques. » Le SER appelle à une clarification de la part des pouvoirs publics.
« La multiplication des panneaux “plug and play” constitue un vrai problème de sécurité »
Au-delà du débat technicoréglementaire, les risques d’échauffement existent bel et bien en cas de branchement sans précaution. « Quand on branche un appareil sur une prise, il faut que le circuit électrique derrière la prise soit capable d’accueillir la puissance de l’appareil », explique Anne-Claire Faure, experte dans l’énergie photovoltaïque à l’association Hespul, spécialisée dans les énergies renouvelables.
Un guide technique établi en 2023 par les professionnels et l’Agence de la transition écologique (Ademe) préconise de se limiter à une puissance de 900 W, soit deux panneaux, pour un branchement sur une prise électrique standard, protégée par un fusible de 20 ampères.
Or le succès des kits solaires conduit à des dérives. Certains fabricants proposent des packs de 4, 6 voire 8 panneaux. La tendance est encore accrue par l’apparition de batteries à prix abordables, qui pousse au suréquipement. « La multiplication des panneaux “plug and play” constitue un vrai problème de sécurité, souligne Joël Mercy. Et il ne suffit pas forcément de répartir les panneaux sur 2 ou 3 prises différentes : si les prises sont reliées à la même ligne électrique, cela ne change rien. » Même en se limitant à deux panneaux, il convient de proscrire toute fantaisie : branchement sur une installation électrique vétuste (non reliée à la terre, par exemple), utilisation d’une rallonge électrique ou d’une multiprise…
Moyennant ces quelques précautions, ces appareils peuvent jouer un rôle d’évangélisateur pour la production d’énergie renouvelable. Sans pour autant devenir un instrument de politique énergétique. « Pour que les particuliers contribuent à l’évolution du mix énergétique, il faut une installation avec plus de panneaux. La solution des kits plug and play a du sens seulement si elle constitue un tremplin vers de vraies installations », analyse Anne-Claire Faure, dont l’association a publié une page d’information sur le sujet.
Une alternative existe pour les particuliers motivés par l’essor des énergies vertes : « Investir la même somme que le prix d’un kit solaire dans un projet citoyen d’énergie partagée est plus efficace », vante Anne-Claire Faure. Dans ces initiatives locales, des citoyens achètent des parts pour financer, par exemple, des panneaux sur le toit d’une école ou une centrale solaire sur le terrain d’une ancienne usine. L’association Énergie partagée, dont Hespul est membre actif, recense ces projets sur une carte.