La destruction des armes chimiques syriennes risque de polluer la Méditerranée

Durée de lecture : 3 minutes

13 juin 2014 / Robin des Bois

Le plan de destruction des armes chimiques syriennes se poursuit dans le désordre. Les produits dangereux sont transportés dans des cargos mal équipés, et une partie serait incinérée en pleine mer, au mépris des règles de protection de la mer.


Depuis le début de l’année, deux navires de commerce errent dans les eaux internationales de la Méditerranée orientale. Leurs positions exactes sont tenues secrètes.

L’Ark Futura est un roulier de 180 mètres de long. Il bat pavillon danois. Son équipage est composé de marins de plusieurs nationalités. Le Taiko est un roulier de 262 mètres de long. Il bat le pavillon bis norvégien. Les rouliers sont des sortes de garage. En cas de collision ou d’incendie, ils sont très vulnérables et coulent rapidement.

Les deux navires font partie de la logistique maritime mise en œuvre par l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques) pour éliminer les munitions chimiques syriennes. La date butoir pour la destruction de ces munitions était initialement fixée au 30 juin 2014. Il était aussi prévu que le Taiko et l’Ark Futura chargent la totalité des agents chimiques avant de quitter la Méditerranée orientale.

A ce jour, 8 % des agents chimiques sont encore sur le territoire syrien.

Cependant, selon les dernières informations, le Taiko se dirige maintenant vers la Finlande pour débarquer 500 tonnes d’agents chimiques de catégorie 2 dans le port de Hamina Kotka. Ils seront ensuite convoyés par route ou par train vers l’incinérateur de déchets dangereux de Riihimaki à environ 60 km du port.

Dans un deuxième temps, le Taiko traversera l’Atlantique pour débarquer le solde de sa cargaison à Port Arthur, Texas. Les déchets y seront incinérés dans une installation dédiée. Le convoi du Taiko et de son escorte militaire devrait traverser le golfe de Gascogne d’ici la fin de la semaine.

Appel pour détruire les armes à terre

Quant à lui, l’Ark Futura est toujours en attente dans les eaux internationales à l’est de la Méditerranée. Il touche régulièrement le port syrien de Lattaquieh pour embarquer les emballages de déchets toxiques.

Les dernières livraisons accomplies, la feuille de route du roulier danois sera de rejoindre dans le port italien de Gioia Tauro le navire usine américain Cape Ray, troisième roulier de l’affaire, et d’y transférer 560 tonnes d’agents chimiques de catégorie 1.

Dans un deuxième temps, l’Ark Futura devrait se diriger vers le port militaire de Marchwood près de Southampton, Royaume-Uni. Les 150 tonnes résiduelles d’agents chimiques de catégorie 1, composants des gaz de combat syriens, seront ensuite transportés par route ou par rail vers l’incinérateur de déchets dangereux d’Ellesmere près de Liverpool.

Le plan de destruction tel qu’il a été établi par l’OIAC continue à accumuler les retards, les complications et les risques. Depuis six mois, deux navires de commerce à simple coque sont utilisés comme stockages flottants de déchets toxiques.

Quand le Cape Ray, en attente depuis cinq mois dans une base militaire espagnole, entrera à son tour en scène, il servira d’usine flottante et sera le théâtre d’une grande première, la destruction de munitions chimiques en mer. Selon le scénario retenu, le Cape Ray sera stationné à quelques milles des côtes italiennes dans les eaux internationales. L’opération sera assujettie à des conditions de mer acceptables.

Compte-tenu des retards et du temps nécessaire aux premiers essais et au traitement global, les opérations de destruction auraient lieu au mieux courant septembre, au moment même où les conditions météorologiques se dégradent.

En conséquence, Robin des Bois demande encore une fois à l’OIAC et aux Nations-Unies de modifier le programme et de faire procéder à terre à la destruction progressive de l’ensemble des munitions chimiques syriennes disponibles.


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Source : Robin des Bois

Photos :
. Chapô : Le Monde.fr (Le navire norvégien « Taiko », où sont stockées une partie des armes chimiques syriennes. | AFP/LARS MAGNE HOVTUN)
. Carte : Robin des Bois

Lire aussi : La destruction des armes chimiques syriennes, un risque écologique pour la Méditerranée

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