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La ferme-usine des 23 000 cochons suscite la révolte en Vendée

8 avril 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Une manifestation s’est déroulée samedi contre le projet de maternité porcine industrielle du Poiroux, en Vendée. La mobilisation s’élargit avec Attac au niveau national contre un acteur « caché » du projet : la pieuvre Avril-Sofiprotéol.

- Les Sables d’Olonne (Vendée), reportage

Des associations de défense de l’environnement aux côtés du syndicat de la Confédération Paysanne, des militants d’ATTAC et d’EELV en compagnie d’élus locaux marqués (très) à droite, des ostréiculteurs ou de simples riverains… Ils étaient près de 1 500 à défiler, samedi 4 avril, aux Sables d’Olonne – un appel « plus que largement entendu » selon Ouest France, qui a réalisé une vidéo de la manifestation.

Tous ne portaient pas les mêmes revendications, mais un même adversaire les réunissait : le projet de maternité porcine de Poiroux. Sous le regard amusé des touristes et des surfers, les slogans indiquaient les revendications : « Ne laissons pas des porcs s’occuper des cochons », « Des huîtres, pas du lisier », etc.

Certains manifestants, déguisés en « cochons en colère », donnaient au cortège une jolie couleur rose : « Je ne veux pas aller à l’usine », dit l’un. « Je veux faire caca dans la paille », clame l’autre. Le tracteur qui fermait la marche proclamait qu’« une autre agriculture est possible ».

Dans l’océan, une petite embarcation s’était jointe à la manifestation qui longeait la plage en déployant une voile où l’on pouvait lire « Non aux usines porcines, respectons le littoral ». Comme un symbole, la marée charriait avec elle des algues vertes qu’elle déposait tout au long du remblai, sur le sable.

Le risque des algues vertes

C’est un des principaux motifs d’inquiétude pour ceux qui s’opposent au projet. Avec 890 truies qui doivent donner naissance à près de 23 000 porcelets par an, les déjections animales représentent un risque important de contamination pour l’environnement : « On parle d’environ 7 000 m3 de lisier, qui représentent 20 tonnes d’azote pur et qui seront épandues sur les cultures car c’est censé enrichir la terre. Mais on connaît les conséquences que cela a eu en Bretagne », dit Jacques Jutel, le président de l’association Terres et rivières.

Or, sept cours d’eau prennent leur source tout près de l’emplacement prévu pour la porcherie. Dont la Vertonne, rivière à la qualité déjà classée médiocre, qui se jette 15 kilomètres plus loin dans l’estuaire des marais d’Olonne. « Il y avait déjà plus de 11 000 m3 d’algues vertes en Vendée en 2011. Avec ce projet, on risque une véritable prolifération », poursuit Jacques Jutel.

Avec les effets désastreux que l’on sait pour l’environnement : risque sanitaire élevé en raison du caractère cancérigène des nitrates, destruction d’une zone de biodiversité précieuse (l’estuaire du Payre, également exposé, est un espace naturel protégé classé Natura 2000 et site remarquable de Vendée), dégradation du littoral, etc.

Les associés au projet de porcherie nient tout risque environnemental et sanitaire. « Les études d’impact ont été faites », nous répond l’un d’entre eux. Mais pour les opposants, ce sont bien les mêmes dangers qu’en Bretagne qui guettent désormais le territoire vendéen : « C’est une stratégie de colonisation. Les grands groupes industriels de la filière porcine quittent la Bretagne, désormais saturée, et s’implantent à côté », explique Christine Coquenlorge, habitante de Poiroux et membre des associations de la Feve (Fédération écocitoyenne de Vendée) et de l’Avigen (Association de vigilance environnementale).

Plus grand-chose à voir avec l’agriculture

Alors que la filière porcine est en crise, l’arrivée d’une telle infrastructure pourrait donner un coup de frein aux activités de la conchyliculture ou du tourisme vert qui se développe dans la région. Et diminuer le volume des emplois, car la maternité porcine ne prévoit de ne créer que quatre postes.

Le syndicat agricole dénonce des techniques de production industrielles avancées qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’agriculture : « Ce ne sont plus des paysans qui assurent l’exploitation mais des ouvriers spécialisés sur une chaîne de production entièrement robotisée. »

Un collectif d’opposants, « Non à l’usine à cochons de Poiroux », vient de se créer, réunissant les associations locales rejointes par ATTAC. Une de ses premières actions a été de déposer une pétition, d’ores et déjà signée par plus de 6 000 citoyens, et qui doit être adressée à Ségolène Royal.

A l’origine, l’opposition locale avait pourtant réussi à bloquer le projet. En 2009, plusieurs communes concernées par le périmètre du projet émettent en effet un avis défavorable. Tout comme le conseil général, présidé par Philippe de Villiers. Tout comme la municipalité même de Poiroux, dont la majorité du conseil vote à l’encontre du maire, partisan isolé du projet.

Finalement, en juin 2010, le préfet de l’époque, Jean-Jacques Brot, finit par suivre l’émoi général : il signe un arrêté de refus d’autorisation d’exploiter :

Mais, retournement de situation en 2013, le tribunal administratif de Nantes annule l’arrêté. « Un jugement uniquement sur la forme », explique-t-on du côté des opposants. Il ordonne de signer un nouvel arrêté d’autorisation, ce que la préfecture fait en novembre 2013.

FNSEA, Sofiprotéol et connivences politiques

Pour Christine Coquenlorge, la visite en Vendée du ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, en juin 2013 quelques jours seulement après la décision du tribunal, est loin d’être anodine : « Il est venu pour accélérer le projet, il a rencontré les services de la préfecture et l’ensemble de la profession agricole. Ce n’est pas localement que ça se passe, le centre de décision est à Paris. D’ailleurs, quel est le seul syndicat à avoir son bureau au ministère de l’agriculture ? »

Mme Coquenlorge vise l’influence de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), le premier syndicat agricole dont le maire de Poiroux est vice-président de la section départementale. La Vendée est un fief important de la FNSEA : Joël Limouzin, président de la FDSEA de Vendée jusqu’à l’année dernière, vient d’être nommé vice-président de la FNSEA à l’échelle nationale, étant par ailleurs président de la FRSEA Pays de la Loire. Et à la tête de la FDSEA de Vendée, c’est désormais Brice Guyau qui officie, Brice Guyau n’étant autre que le fils de Luc Guyau, l’ancien président de la FNSEA.

C’est dire l’influence de la FNSEA sur le territoire vendéen. Or, à la tête de la FNSEA se trouve Xavier Beulin. Et qui dit Xavier Beulin, dit… Avril-Sofiprotéol, dont Reporterre avait démontré la participation au projet, par l’intermédiaire de la SARL Kerloann – composée de plusieurs filiales d’Avril-Sofiprotéol – qui est présente au capital de la SCEA « Le Village du bois », porteur du projet.

« La SARL Kerloann s’est retirée et ne fait plus partie du projet, nous cherchons un cinquième actionnaire », assure toutefois l’un des associés, qui souhaite rester anonyme. Rencontré sur les terrains du chantier qui a commencé le mois dernier – après que le maire de Poiroux a finalement signé le permis de construire, pour lequel les associations ont déposé un recours en référé – l’agriculteur, qui fait notamment dans l’engraissage porcin, n’a qu’une crainte : que des zadistes empêchent l’aboutissement des travaux prévu pour le printemps 2016.

Le déploiement policier traduisait cette inquiétude, et paraissait incongru tant l’ambiance était familiale, samedi. La manifestation avait donc, derrière l’opposition première au projet de maternité porcine, un autre acteur en point de mire : Avril-Sofiprotéol.

Et si les opposants attendent toujours la preuve du retrait concret de la « pieuvre agro-industrielle », aucun ne doute pour autant de son intérêt dans un tel projet : « Le gagnant en amont, avec l’alimentation animale, puis en aval, avec les abattoirs, et même au milieu de la chaîne avec la recherche génétique ou la médicamentation, c’est toujours Sofiprotéol », explique Christine Coquenlorge.

Pour elle, l’argument du « besoin de la filière porcine » ne tient pas : « La difficulté financière de la filière tient à la surproduction. Or là, on ne répond pas à ce problème, on l’empire. Quand on dit que cela répond au besoin de la filière, il faut comprendre qu’en fait, la filière, c’est Sofiprotéol ».

C’est contre le développement de cette agriculture industrielle et monopolistique, destructrice de l’environnement et des emplois paysans, qu’ATTAC lançait ainsi en même temps, ce samedi à l’échelle nationale, sa campagne Requin contre le groupe Avril-Sofiprotéol. Et qui passe par une campagne de boycott contre les produits les plus connus du groupe...



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Lire aussi : Après la ferme-usine des mille vaches, les trois mille cochons de Picardie

Source et photos : Barnabé Binctin pour Reporterre



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