Œufs de poules en cage : malgré leurs promesses, les supermarchés continuent d’en vendre
Des poules pondeuses élevées en batterie en France. Les œufs sont alors marqués du code 3. - L214 - Éthique & Animaux
Des poules pondeuses élevées en batterie en France. Les œufs sont alors marqués du code 3. - L214 - Éthique & Animaux
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Près des trois quarts des supermarchés continuent à vendre des œufs de poules élevées en cage malgré leurs engagements, dénonce l’association Anima. Pire : certains ne l’indiquent pas sur l’emballage.
Ils s’étaient engagés à ne plus vendre d’œufs provenant de poules en cage à compter de 2025. Les supermarchés ont-ils respecté leur promesse ? L’association Anima, qui lutte contre la souffrance animale, a visité en janvier dernier, avec l’aide de Data for Good, 386 grandes surfaces appartenant aux huit plus grands distributeurs de France.
Ses conclusions sont sévères : 73 % des magasins visités continuent de vendre des œufs portant le code 3 sur leur coquille, signe qu’ils proviennent d’élevages en cage. Lidl se révèle le plus mauvais élève, avec des œufs « cage » trouvés dans 98,3 % des magasins visités. Auchan et U ne font guère mieux avec respectivement 96 % et 95,6 % de magasins en proposant. Enfin, on continue à trouver ces œufs dans plus de 80 % des Carrefour et Leclerc.
« Nous avons découvert qu’il y avait des variations importantes entre les enseignes », dit Keyvan Mostafavi, directeur d’Anima. Ainsi, en tête des bons élèves figure Monoprix — un seul magasin sur les 20 visités proposait des œufs avec un code 3 — suivi d’Aldi avec 75 % de magasins sans œuf cage, puis d’Intermarché où plus de la moitié des œufs proviennent de poules élevées au sol, en plein air ou en bio.
Des œufs de dépannage en raison des tensions sur le marché
Interrogé par Reporterre, Carrefour « conteste fermement la méthodologie utilisée par le rapport Anima, qui ne reflète pas la réalité des volumes vendus par les enseignes ». Le groupe assure qu’en 2025, 91 % des œufs coquilles qu’il a commercialisés étaient issus d’élevages hors cage.
Quelques enseignes ont donné des précisions à l’association : « Intermarché et Aldi ont été clairs : les œufs cage aujourd’hui dans leurs rayons sont des œufs de dépannage qui disparaîtront dès que la situation du marché reviendra à la normale. » Depuis plusieurs mois, l’approvisionnement en œufs se révèle en effet compliqué, de nombreux magasins étant victimes de ruptures de stock, notamment en raison d’une forte hausse de la consommation.
Ce sont ces tensions sur le marché qu’invoque aussi Auchan, joint par Reporterre. Pour continuer à proposer des œufs provenant à 100 % de France — et ne pas se fournir ailleurs en Europe, l’enseigne explique « avoir développé [ses] relations avec les petits producteurs régionaux, qui pour certains n’ont pas encore totalement achevé leur transition et ont toujours une part de production d’œufs issus de poules en cages ». Mais elle maintient sa volonté « de ne plus en proposer dès que les tensions sur les approvisionnements seront résolues ».
Plusieurs distributeurs ont répondu à Anima que leurs marques propres d’œufs étaient 100 % hors cage, une façon de rejeter la faute sur des marques nationales telles que Matines, Saintong’Oeufs, L’Œuf de la Souchez... parmi les marques repérées par les bénévoles. Pourtant, leur engagement hors cage portait aussi sur les marques nationales.
La mention du mode d’élevage est obligatoire sur la boîte
Plus gênant, lors de son enquête, Anima a découvert que des dizaines de magasins étaient en infraction avec la réglementation européenne : certains indiquent seulement le code 3 sur la boîte alors qu’ils doivent mentionner en toutes lettres la mention « œufs de poules élevées en cages aménagées ». D’autres ne mentionnent absolument rien sur la boîte. Le consommateur est donc contraint d’ouvrir la boîte et de vérifier directement sur la coquille de l’œuf pour découvrir le fameux code 3.
Les marques chercheraient-elles à cacher l’origine de ces œufs ? L’ONG envisage de signaler « ces cas de non-conformités majeures » auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).
Outre les œufs vendus en boîte (appelés œufs coquille), Anima a également voulu savoir si les grands distributeurs continuaient d’intégrer des œufs cage dans les ingrédients de 25 produits de référence de leurs propres marques, telles que les brioches, madeleines, boudoirs, pâtes fraîches, pâtes aux œufs… Ils s’étaient là aussi engagés pour la plupart à ne plus en utiliser.
Les résultats diffèrent des œufs coquille : « Les enseignes considérées davantage discount (Leclerc, Aldi, Lidl) figurent dans le haut du classement des enseignes avec le plus de produits marque distributeur à base d’œufs hors cage (sol ou plein air) », constate l’association. Cette dernière rappelle que 35 % des œufs consommés en France le sont sous forme d’œufs liquides ou en poudre pour l’industrie et la restauration hors domicile. L’enjeu est donc crucial pour la transition vers les élevages hors cage de poules, juge-elle.
Encore des freins à la transition hors cage
S’il est désormais interdit de bâtir de nouveaux bâtiments d’élevage en cage en France depuis la loi Egalim de 2018, 23 % des poules pondeuses y sont encore élevées, selon le Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO), qui représente les professionnels de la filière. Un chiffre en net baisse : il y a dix ans, elles étaient 67 % à vivre en cage. L’objectif est de descendre à 10 % en 2030. Un objectif atteignable, selon Alice Richard, directrice du CNPO, même s’il existe de nombreux freins à cette transition. « Quitter le mode cage nécessite plusieurs mois de travaux, et donc un arrêt de la production. Ensuite, il faut compter une baisse de 20 % de la capacité de production », estime Alice Richard. En pleine période de tension sur le marché, ce sont des choix difficiles à faire, selon elle.
L’autre principal frein est lié à la sociologie des éleveurs en hors cage : « Il s’agit des éleveurs les plus âgés avec des productions assez importantes et anciennes, constate la porte-parole du CNPO. Compte tenu de l’investissement que représente une transition vers des modes alternatifs — il faut compter de l’ordre de 1 million d’euros — ils ne veulent pas se lancer aussi proches de la retraite. »
Au niveau européen, la réglementation sur le bien-être animal actuellement en construction, et qui devrait être présentée fin 2026, prévoit bien d’aller vers l’interdiction totale de ces élevages en cage. Mais une période de transition assez longue sera sans doute proposée. Car les autres pays européens sont globalement bien moins en avance que la France : en moyenne, 40 % des poules pondeuses vivent toujours en cage dans l’Union européenne, selon le CNPO.