La mère de toutes les salades est... un bien commun

9 juillet 2016 / Christine Laurent (Reporterre)



Enfin le soleil, et une richesse de plantes qui fait le plaisir du pique-nique estival. Où l’on devise sereinement de la cressonnette marocaine, mère... de toutes les salades.

Jolie promenade à pied, de la gare de Chamarande au jardin, avec nos hôtes du jour qui n’ont pas de bicyclette. Je pousse la mienne qui porte le compost et de quoi dresser une table de circonstance. La glycine, très prisée dans ce secteur résidentiel des bords de la Juine, commence tout juste à fleurir. Les chèvrefeuilles embaument. Nous passons devant les dernières maisons. Le centre équestre où se trouve le jardin est là, entre forêt, friches et champs de blés.

Le jardin va bien, enfin remis des pluies incessantes. Les courges, concombres et courgettes ont démarré, les haricots à rames et les carottes aussi. Les semis de poireaux qui datent de mars sont encore frêles mais bien là.

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Le pique-nique champêtre

La cressonnette marocaine est une réussite. Une quinzaine de pieds n’en finissent pas de produire de nouvelles feuilles, effaçant nos prélèvements d’une semaine sur l’autre. Nous nous préparons une magnifique salade accompagnée de fleurs de souci et de bourrache pour le déjeuner. Et devisons sur ce qui y pousse et mon souhait de trouver un équilibre entre les plantes indigènes comestibles qui s’installent seules, comme la consoude, l’ortie, la cardamine hirsute ou le mouron blanc, celles qui veulent bien se naturaliser, revenant spontanément au terme d’un cycle de végétation de la graine à la graine, comme l’arroche rouge, la coriandre, l’onagre, la bourrache, les plantes vivaces aromatiques, potagères ou portant de petits fruits, et celles qu’il faut semer chaque année, plus sensibles aux aléas du climat

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Herbes folles et oeillets du poète

Nous n’avons encore jamais laissé fleurir la cressonnette marocaine et je ne sais donc pas si elle pousserait spontanément à partir de graines tombées au sol. Il faudrait que nous essayions cette année.

Riche en vitamines, en potassium, en magnésium, la cressonnette marocaine appartient à l’espèce Lactuca sativa, ainsi nommé par Carl von Linné en 1753 et qui signifie salade comestible. Lactuca sativa est la mère de toutes les laitues, les pommées, les romaines, les tiges ou celles dites à couper, catégorie dans laquelle entre ma Cressonnette Marocaine. Lactuca sativa est une plante plutôt amère que des générations de jardiniers depuis plusieurs milliers d’années ont fait varier dans la forme et dans le goût. Il en existe un nombre presque indéterminée aujourd’hui, tant l’espèce s’est propagée à la surface de la terre.

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La cressonnette marocaine

Déjà le botaniste genevois Alphonse de Candolle écrivait en 1882 dans son Traité sur l’origine des plantes cultivées : « La laitue cultivée se sème fréquemment dans la campagne, hors des jardins. Personne, à ma connaissance, ne l’a suivie dans ce cas pendant quelques générations ou n’a essayé de cultiver le L. Scariola sauvage (dont Lactuca sativa dérive ndlr), pour voir si le passage d’une forme à l’autre est facile. Il se pourrait que l’habitation primitive de l’espèce se fût étendue par la diffusion de laitues cultivées faisant retour à la forme sauvage. Ce qui est connu, c’est l’accroissement du nombre des variétés cultivées, depuis environ 2.000 ans. Théophraste en indiquait trois 6 ; Le Bon jardinier, de 1880, une quarantaine existant en France. »

Aujourd’hui, 483 variété sont inscrites au catalogue français des semences potagères. J’y ai retrouvé ma cressonnette marocaine. Son inscription ne date que de 2012. Et surprise, dans la colonne qui indique l’obtenteur, est inscrit « domaine public ». Chic, ma salade préférée est un bien commun !




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Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos : © Christine Laurent/Reporterre

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