« La moindre étincelle peut dégénérer en incendie » : ici, les habitants veillent sur les forêts
Erik est l'un des bénévoles du Comité communal contre les feux de forêt de Prades-le-Lez (Hérault), ici le 1er juillet 2026. - © David Richard / Reporterre
Erik est l'un des bénévoles du Comité communal contre les feux de forêt de Prades-le-Lez (Hérault), ici le 1er juillet 2026. - © David Richard / Reporterre
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Six départements du Sud-Est sont placés en niveau de danger très élevé pour les feux. Sur place, des bénévoles se relaient pour guetter les moindres signes et sensibiliser les habitants. Un rôle de sentinelle essentiel.
Prades-le-Lez (Hérault), reportage
Sous le soleil brûlant, le souffle chaud de la tramontane fait ondoyer les cimes des pins. « Des conditions parfaites pour qu’un incendie se déclare », résume Erik. Dans leur pick-up orange flanqué d’une citerne, lui et son camarade Francis ont tout l’air de pompiers. Pourtant, ces deux habitants — l’un retraité, l’autre professeur — surveillent bénévolement les massifs alentour. Ils font partie du Comité communal contre les feux de forêt de Prades-le-Lez.
Leur objectif : patrouiller afin de repérer d’éventuels départs de feux et sensibiliser leurs concitoyens. Car les 1er et 2 juillet, l’Hérault, comme cinq autres départements du Sud-Est [1], a été placé « en danger très élevé » pour les incendies par la Météo des forêts. « On a des sols et une végétation très secs, pas de pluies, des températures élevées et du vent, résume Guillaume Trichaud, responsable de l’assistance Feux dans le Sud-Est pour Météo-France. La moindre étincelle peut dégénérer en incendie. »
Plus de la moitié du territoire héraultais est exposée au risque des flammes, rappelle la préfecture. L’an dernier, près de 1 500 feux ont été combattus entre juillet et août — soit 21 par jour. De quoi déborder les pompiers. D’où « le rôle essentiel », selon Erik, des comités communaux. « Nous venons épauler les services de la sécurité civile, explique-t-il. On fait du repérage, on peut les guider dans les massifs qu’on connaît bien, sécuriser les zones. » Dans leur 4x4, la patrouille bénévole dispose aussi de 600 litres d’eau pour « attaquer » d’éventuels petits foyers.
Mais leur mission principale reste la sensibilisation, notamment en ces jours d’alerte rouge où les massifs forestiers sont inaccessibles au public. À l’orée de la pinède, un vététiste déboule justement sur un chemin caillouteux. Erik l’aborde et lui explique l’interdiction de circuler. « Parfois, les gens ne veulent pas comprendre, il y a une forme d’inconscience vis-à-vis du danger », explique le bénévole en regardant le cycliste s’éloigner. 9 incendies sur 10 sont d’origine humaine.
Un été à haut risque
Dans le bourg, ils sont 34 bénévoles à arpenter ainsi les pinèdes pendant la saison estivale, en pick-up ou à vélo. Constitués dans le sud dès les années 1970, il existerait aujourd’hui un peu plus de 400 comités communaux contre les feux de forêt, rassemblant environ 11 500 bénévoles, principalement sur le pourtour méditerranéen.
Des sentinelles citoyennes qui risquent d’avoir du pin sur la planche. Car s’il ne peut rien augurer de précis, Guillaume Trichaud entrevoit un mois de juillet à haut risque : « Déjà la saison sèche a commencé de manière précoce dans la région, avec une à trois semaines d’avance selon les secteurs, indique l’expert. Et l’hiver pluvieux a fait pousser la végétation, on se retrouve donc avec un volume d’herbacées et d’arbustes important, qui devient du combustible dangereux une fois asséché. »
Après deux heures de ronde, les deux camarades n’ont eu aucune alerte à signaler. Mais dans la région, plusieurs feux ont sévi, notamment dans l’ouest de l’Hérault et dans les Bouches-du-Rhône — au moins 1 000 hectares ont été ravagés par les flammes. À Prades-le-Lez, le Comité communal devrait poursuivre sa veille tout l’été, à raison de 2 à 3 patrouilles par semaine. « Ce qui nous motive, c’est de protéger la nature, prendre soin de ce bien commun, estime Francis. C’est le sens du collectif. »