La planète a connu l’hiver le plus chaud depuis un siècle

21 mars 2016 / Émilie Massemin (Reporterre)



Le printemps est encore frais. Il n’empêche : on sort de l’hiver le plus chaud jamais enregistré. En cause : changement climatique et El Niño.

Le soleil brille, les oiseaux chantent, les bourgeons s’arrondissent, c’est le printemps ! Mais, au fait, a-t-on vraiment connu l’hiver cette année ? Pas vraiment, constate Météo France, en se penchant sur ses relevés de température des mois de décembre 2015 et de janvier et février 2016. D’après ses calculs, l’hiver 2015-2016 a été le plus chaud enregistré en France depuis le début du XXe siècle.

En effet, sur l’ensemble de la saison, la température moyenne était de 8°C, soit 2,6°C de plus que la normale saisonnière calculée sur la période 1981-2010, indique Météo France, dans un communiqué du 3 mars 2016. L’hiver 2016 bat donc le record des hivers les plus chauds depuis 1900, loin devant celui de 1989-1990 (qui avait connu + 2°C par rapport à la normale saisonnière) et ceux de 2006-2007 et de 2013-2014 (+ 1.8°C). En particulier, décembre 2015 a été le plus chaud depuis le début du XXe siècle, avec des valeurs en moyenne 3,9°C supérieures à la normale.

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Indicateur quotidien de température moyenne 1er décembre-18 février.

D’autres indices trahissent la douceur des trois derniers mois : les gelées, très tardives, ont été peu fréquentes en plaine, avec souvent deux fois moins de jours de gel que la normale. La neige n’a pas tellement été au rendez-vous, avec des niveaux conformes à la saison seulement en altitude, au-dessus de 1.400 à 2.200 mètres selon le massif.

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Écart à la moyenne saisonnière de référence 1981-2010 de l’indicateur de température moyenne.

La France n’est pas la seule concernée par cette douceur extrême. D’après l’Agence d’observation océanique et atmosphérique des États-Unis (la Noaa) et les relevés de température de la Nasa, le mois de février a été le second mois de l’année le plus chaud dans le monde jamais enregistré depuis le début des relevés de température, en 1880.

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Écarts des températures moyennes relevées en février 2016 par rapport à la moyenne de la période 1981-2010.

« La température moyenne à la surface des terres et des océans a atteint 12,1°C, la plus élevée pour un mois de février depuis 1880, dépassant de 1,2°C la moyenne du XXe siècle », a ainsi annoncé la Noaa. Cet écart de 1,2°C peut sembler minime, mais il s’agit pourtant de l’anomalie mensuelle la plus importante jamais mesurée depuis 1880. Par ailleurs, la Noaa a précisé que février 2016 avait été le « dixième mois consécutif pour lequel la température du globe a battu un nouveau record ».

Autre indice inquiétant de températures anormalement élevées, l’étendue des glaces dans l’océan Arctique était inhabituellement réduite au mois de février, avec une superficie moyenne de 1,16 million de kilomètres carrés, soit une surface de 7,54 % inférieure à la moyenne 1981-2010.

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L’étendue des glaces dans l’océan Arctique était inhabituellement réduite au mois de février.

Pour Patrick Galois, prévisionniste à Météo France, ces records de température peuvent s’expliquer par « le phénomène El Niño particulièrement intense que nous connaissons depuis quelques mois, qui a tendance à favoriser des hivers doux sur l’Europe occidentale ». Mais cette douceur est également une conséquence du « changement climatique, qui entraîne une tendance à des hivers plus doux ». Ainsi, même si « un seul hiver ne suffit pas à prouver le changement climatique » et qu’on « ne peut absolument pas savoir si l’hiver prochain sera doux ou froid », Météo France, en analysant l’évolution des températures sur le long terme, a bien remarqué un « réchauffement moyen de pratiquement 1 °C entre le début et la fin du XXe siècle ».

Mobiliser les chercheurs et le monde entier dans la lutte contre le changement climatique

Pour expliquer ce phénomène au niveau mondial, Valérie Masson-Delmotte, chercheuse en paléoclimatologie au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), évoque elle aussi la conjugaison du changement climatique et de l’épisode El Niño. « La concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère conduit à une accumulation d’énergie. Cette dernière entraîne un réchauffement de l’air, des sols et des profondeurs de l’océan. Cette tendance au réchauffement ne s’observe que sur des dizaines d’années », explique la chercheuse.

Cet hiver, cette tendance au réchauffement est amplifiée au niveau mondial par El Niño. « Quand il y a un phénomène El Niño, l’océan Pacifique absorbe moins de chaleur, ce qui entraîne une accumulation de la chaleur résiduelle dans l’atmosphère et une année plus chaude, indique Mme Masson-Delmotte. Chaque année d’El Niño, on bat des records de température. » Le phénomène, bien connu et prévisible, surprend néanmoins la chercheuse par son « amplitude. Le mois de février a été quand même exceptionnellement doux ».

Pour la chercheuse, cet épisode doit mobiliser les chercheurs et le monde entier dans la lutte contre le changement climatique. Une sonnette d’alarme également tirée ce 21 mars par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), pour qui « l’année 2015 a marqué l’histoire, avec des records de température fracassants, des canicules intenses, des pluies exceptionnelles, des sécheresses dévastatrices et une activité cyclonique tropicale inhabituelle. Cette tendance aux records se poursuit en 2016 » avec « de nouveaux records mensuels de température pour janvier et février ».

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Le front de mer de Port Vila, capitale de l’archipel des Vanuatu (océan Pacifique) frappé par le cyclon Pam, le 14 mars 2015.

« Notre planète envoie un puissant message aux dirigeants du monde pour qu’ils signent et mettent en œuvre l’accord de Paris sur le changement climatique, et réduisent les gaz à effet de serre dès maintenant avant de dépasser un point de non-retour, déclare le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas. Aujourd’hui, la Terre est déjà 1 °C plus chaude qu’au début du XXe siècle. Nous sommes à mi-chemin du seuil critique des 2 °C. Nous pouvons éviter les pires scénarios avec des mesures urgentes et de grande envergure pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. »




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Lire aussi : Les émissions mondiales de CO2 plafonnent depuis 2013

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Illustration :
. chapô : Selon la Nasa et la Noaa, 2015 a été l’année la plus chaude enregistrée depuis 1880. Wikipedia (Domaine public/CC0)
. graphiques : Météo France et Noaa.
. Iceberg : Pixabay (CC0)
. cyclône Pam : Wikipedia (Graham Crumb/Imagicity.com/CC BY-SA 3.0)

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