Le « jardin de Rodrigue », un havre partagé au cœur d’un quartier populaire

Durée de lecture : 6 minutes

11 juin 2019 / Nolan, Mike, Steven, Fabrice, Zeinabou, Boulaye, Jihène, Jasira, Jouhaina, Camille et Laury-Anne Cholez (Reporterre)

Dans le quartier populaire de la Dame-Blanche, à Garges-lès-Gonesse, les habitants profitent d’un jardin partagé pour apprendre à s’occuper des plantes, cueillir des herbes aromatiques, ou simplement flâner et discuter avec leurs voisins. Un lieu vivant que sont allés découvrir des jeunes du centre social Corot.

Cet article a été écrit dans le cadre d’un atelier média organisé par Reporterre.


  • Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), reportage

C’est un îlot de verdure caché au milieu de grandes tours. À Garges-lès-Gonesse, dans le quartier de la Dame-Blanche Nord, se situe le jardin partagé ou, comme les gens l’appellent ici, le « jardin de Rodrigue ». Car tout le monde connaît Rodrigue Bonus, le chef d’orchestre du lieu. « J’ai grandi dans le quartier, alors je connais très bien les gens. Mais je ne suis pas le seul dans l’association à gérer le jardin et on se partage le travail avec d’autres bénévoles », explique cet homme jovial et passionné. Créé fin 2010, le jardin partagé accueille tous les habitants du quartier pour des moments de convivialité et pour apprendre à jardiner. C’est comme une seconde maison pour certains d’entre eux. « Les gens se sentent bien une fois qu’ils sont installés ici. L’ambiance est très familiale. Certains se découvrent voisins. Dès qu’on organise un barbecue, il y a du monde. Et parfois, on ne voit pas le temps passer. Même si, quand il faut travailler la terre, on est un peu moins nombreux », sourit Rodrigue.

Rodrigue Bonus, président de l’association Asac, qui gère le jardin partagé du quartier de la Dame-Blanche de Garges-lès-Gonesse. Il est un des piliers de l’association.

Avec son association Asac, qui promeut également la pratique du vélo, il n’a pas été facile de trouver un terrain pour installer ce jardin. Au début, les jardiniers visaient le site de l’ancien garage Midas. Mais après analyse, il s’est avéré que le sol n’était pas propre à la culture. Alors, ils ont préféré ce carré de verdure près du fort de Stains. Un choix validé par le bailleur social 3F, propriétaire du site et des immeubles du quartier, qui leur a donné un budget. Installation de la clôture : 12.000 euros. Local de stockage du matériel avec eau, électricité et toilettes : 5.000 euros. Ils ont profité de travaux de la mairie pour emprunter une tractopelle et niveler le terrain. Un coup de pouce qui leur a permis d’économiser 2.500 euros pour créer un espace de jeux dédié aux enfants.

La vue d’ensemble du jardin partagé du quartier de la Dame-Blanche, de Garges-lès-Gonesse.

Une vingtaine de bénévoles s’occupent du jardin 

Le jardin a également noué un partenariat avec l’Institut thérapeutique éducatif et pédagogique (Itep) Pierre-Male, dans le château d’Arnouville, un centre de formation horticole. Il leur fournit des plantations à des tarifs réduits. « C’est plus intéressant d’acheter auprès du centre, car l’argent va directement aux activités éducatives. On aime mieux cela plutôt que d’aller dans les grandes entreprises qui font des bénéfices. C’est aussi bien moins cher tout en ayant une consommation locale. » Une démarche économique, écologique et sociale.

En ce début de printemps, le jardin est très fleuri. Ici, une héllebore ou rose de Noël.

En ce début de printemps, le jardin est verdoyant et très fleuri avec encore quelques roses de Noël et déjà beaucoup d’iris, des fleurs de bourrache et des petites fleurs blanches de l’ail des ours. Un espace aromatique a été créé l’an passé, où s’épanouissent près de 40 espèces : de la menthe chocolatée, glacée ou banane, de la verveine citronnée, du romarin, de la ciboulette… Un peu plus loin, on rencontre Inès, bénévole depuis trois ans. « Cette année, j’ai planté des framboises, des fraises et des salades. J’aide aussi quand on organise des barbecues. » Au total, une vingtaine de bénévoles s’occupent du jardin, dont Mike, bientôt en service civique. « J’aime bien la nature car j’ai grandi en Martinique. C’est pour cela que j’ai voulu m’investir dans le jardin. Je l’ai découvert grâce à un stage durant mon année de Bac, où j’ai rencontré Rodrigue », nous raconte Mike, grelinette à la main. La grelinette est une sorte de fourche à cinq dents qui permet d’ameublir la terre sans la retourner, préservant ainsi l’écosystème du sol.

Salades et fraisiers attendent sagement d’être plantés. La plupart des plantations proviennent de l’Institut thérapeutique éducatif et pédagogique d’Arnouville, avec qui le jardin a un partenariat.

Un peu plus loin se trouvent deux grands bacs en bois carrés : les composteurs, qui reçoivent les déchets alimentaires du quartier. Leur utilisation est très facile. Une couche de déchets verts secs, par exemple du papier, du bois ou de la paille. Puis une couche de déchets verts humides, comme les épluchures de la cuisine. On recommence en alternant les couches. Le fond du bac étant ouvert sur le sol, les vers de terre s’y faufilent pour se nourrir de ces déchets. Au bout d’une dizaine de mois, le compost est prêt à enrichir les plantations. Depuis l’an passé, les habitants participent à la fabrication du compost à l’aide de bio-seaux dans lesquels ils jettent leurs restes de cuisine avant de venir les vider dans les bacs. « C’est une manière de les sensibiliser au recyclage de déchets alimentaires et de les intéresser au jardin », explique Rodrigue.

Mieux faire connaître le jardin auprès des habitants 

Il y a une autre manière de recycler les déchets alimentaires : les poules. Autrefois, quatre à six gallinacés picoraient dans l’enclos. La première s’appelait Cocotte. Elle a été trouvée sur la grande place centrale du quartier. Un homme en avait acheté plusieurs et avait jeté le carton les contenant en voyant arriver un chien dont il avait eu peur. « On a mis plus de 30 minutes avant d’attraper cette poule, qui s’était cachée tout au fond des buissons », se souvient Rodrigues. Les autres poules s’appelaient Blanche, KFC ou So Good. On en parle au passé car elles ont été croquées par un renard qui vit dans le bois à l’arrière du jardin. Parfois l’hiver, il se rapproche des habitations pour trouver à manger. L’association espère malgré tout remettre des poules d’ici l’été.

L’hôtel à insectes, qui facilite leur survie hivernale.

D’autres projets sont dans les tuyaux : agrandir l’espace aromatique, développer la plantation de plantes médicinales, tester les techniques de permaculture. Mais le grand défi, c’est de mieux faire connaître le jardin auprès des habitants. « Il faut qu’un maximum de locataires soient informés et viennent ici pour en profiter, pour partager tous ces moments festifs. L’idée serait d’utiliser cet espace comme un lieu d’école et d’apprentissage », explique Frédéric Baustier, responsable de l’immobilière 3F, le propriétaire du terrain.

Mike, un volontaire en service civique dans le jardin partagé.

Jardiner, flâner, discuter ou juste boire un café tout est prétexte à partager ! Alors, si vous voulez en savoir plus, allez-y ! Leurs portes sont toujours ouvertes.


DES JEUNES EN REPORTAGE

Après pas mal d’appréhensions, les jeunes du centre social Corot ont goûté des orties du bout de lèvres.

Dans le cadre de nos ateliers Écologie et quartiers populaires, nous avons accompagné en reportage des jeunes du centre social Corot. Nolan, Mike, Steven, Fabrice, Zeinabou, Boulaye, Jihène, Jasira, Jouhaina et Camille sont les auteurs de cet article ainsi que des photos qui l’accompagnent.


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Lire aussi : Écologie et quartiers populaires

Source : Nolan, Mike, Steven, Fabrice, Zeinabou, Boulaye, Jihène, Jasira, Jouhaina et Camille accompagnés par Laury-Anne Cholez pour Reporterre

Photos : © Nolan, Mike, Steven, Fabrice, Zeinabou, Boulaye, Jihène, Jasira, Jouhaina et Camille accompagnés par NnoMan/Reporterre
. chapô : Après pas mal d’appréhensions, les jeunes du centre social Corot ont goûté des orties du bout de lèvres.

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