Le progrès et son au-delà

Durée de lecture : 2 minutes

27 novembre 2009 / Michel Tibon-Cornillot

Par la « sécularisation », la culture occidentale a prétendu s’affranchir de la transcendance chrétienne. Mais en s’organisant autour du concept de « progrès », elle se vit toujours en fonction d’une eschatologie - doctrine sur le destin de l’homme après sa disparition.


Élaboré à partir de recherches philosophiques et théologiques, le concept de sécularisation a permis de renouveler les analyses des sociétés modernes. Il désigne d’abord le long processus au cours duquel « on assiste dans la vie privée comme dans la vie publique quotidienne à un dépérissement des liens religieux, des partis pris d’ordre transcendant, des attentes d’un au-delà de la vie, des pratiques cultuelles » (H. Blumenberg). Cette notion insiste aussi sur l’importance de l’idée de progrès interprétée comme la transfor­mation d’une histoire du salut guidée par la providence. Les approches fondées sur la sécularisation reconnaissent à la fois l’historicité du salut comme invention du christianisme et son retraitement métaphorisé, lissé dans le concept de progrès et encadré par la « raison » et la « méthode ».

Cependant, cette migration conceptuelle s’est faite au prix de la disparition d’une dimension fondamentale du christianisme, celle de la transcendance, car les discours eschatologiques impliquent la présence d’événements qui font irruption dans l’histoire mais ne lui appartiennent pas.

L’idée de progrès par contre se projette vers l’avenir en extrapolant vers lui les analyses des structures passées et de leurs effets sur le présent. Le thème de la sécularisation ne permet pas de rendre compte des liens essentiels unissant l’idée de progrès et l’eschatologie chrétienne. Or il n’est pas certain que ces liens soient réellement rompus. S’engager dans la voie royale du progrès illimité, n’est-ce pas aussi préparer le retour d’événements imprévus, inconcevables ? Cette question n’est pas triviale, car le déroulement des événements qui se mettent en place dans les sociétés industrielles ne vont pas dans le sens d’un parcours progressif et maîtrisé : depuis quelques décennies, l’apparition de menaces nouvelles rendent plausible le naufrage de la modernité.

Faut-il alors reconnaître qu’entre le christianisme et sa sécularisation moderne, il n’y a pas de rupture essentielle car, selon Karl Löwith, ils appartiennent au même versant fatal, celui qui relie étroitement « l’action temporelle unique de type biblique et chrétien » et la catastrophe générale ?




Source : Courriel à Reporterre.

L’auteur : Michel Tibon-Cornillot est philosophe. Il anime le séminaire de philosophie des techniques à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales, à Paris. Intitulé « Sécularisation et eschatologie, le versant fatal de l’histoire du progrès », il a lieu les 1er et 3e lundis du mois de 17 h à 19 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 2 novembre 2009 au 21 juin 2010.

Contact : tiboncor(at)ehess.fr.

Ecouter aussi : Y a-t-il une dimension religieuse dans la crise écologique ? http://www.reporterre.net/spip.php?...

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