Le retour du ver de terre au Jardin sans pétrole

Durée de lecture : 3 minutes

12 décembre 2015 / Christine Laurent (Reporterre)

Léthargiques durant l’été, les vers de terre se réveillent avec les pluies automnales. Trois familles se répartissent le travail – ô combien utile – de la terre.

Journée humide et grise. Nous rassemblons quelques branchages et allumons une petite flambée de bois mort pour réchauffer lentilles et pieds de cochon. Une nourriture qui tient au corps avant de nous atteler au brassage du tas de compost. Un mètre cube d’un mélange de végétaux du jardin, de crottin de cheval, de paille souillée, et d’épluchures de légumes. Le tout semble avoir bien chauffé mais reste très compact, presque un peu collant. On est loin de l’humus grumeleux attendu. Sans doute trop d’eau et de poids…Il faut aérer !

Les tortillons appelés aussi turricules.

Tandis que Jean-Marie décompacte, je vais faire le plein de feuilles mortes sur la terrasse des propriétaires du centre équestre. En moins d’une demi-heure, Léonie et moi-même rapportons six brouettes d’un mélange de feuilles que nous allons incorporer au compost encore « vert » en alternant les couches comme dans un mille feuilles. Nous chapeautons le tas d’un plastique récupéré. Le plastique plutôt que le carton, car nous voulons protéger au mieux notre tas des écoulements et des fragments de branche des thuyas qui se trouvent juste au-dessus, ayant découvert, au fil de mes lectures, que ces derniers contiennent des substances fongicides, insecticides et herbicides, susceptibles de perturber la microfaune à l’œuvre.

Survie menacée par les produits chimiques

Cette journée grise et humide marque le retour des vers de terre. Ceux que l’on peut observer en surface, dans les premiers centimètres du sol, appartiennent à deux familles différentes. Il y a les vers de terre épigés – surnommés les décomposeurs –, qui vivent dans les matières organiques en décomposition, feuilles mortes, paillage, bois en décomposition mais aussi bouse de vache ou crottin de cheval. Ce sont eux qui sont mis à contribution dans les lombricomposts. Quand ils ont de quoi se nourrir, ils se multiplient très rapidement.

On peut voir les seconds en remuant la terre du jardin. Les vers de terre anéciques appartiennent à la famille la plus nombreuse et visible. Pourtant, leur survie est menacée par certains produits chimiques utilisés en agriculture, d’autant que leur capacité de reproduction est faible, établie à moins de 10 pour 1 en moyenne. Ils vivent dans des galeries verticales et viennent se ravitailler à l’air libre, entrainant alors les feuilles et les débris organiques dans leurs galeries où ils les ingurgitent avec de la terre. On repère facilement leur présence active à leurs excréments, qui remontent à la surface du sol sous forme de tortillons. Totalement léthargiques en été, ces vers de terre se réveillent avec les pluies automnales.

Enfin, il existe une troisième famille de vers, qui eux vivent dans la terre. Les endogés creusent des galeries horizontales, mélangeant terre et matières végétales décomposées à longueur de journée et traînant à proximité des racines des plantes où ils déposent des « rations » de nutriments. Un compagnonnage efficace, discret et généreux…


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Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photo : Christine Laurent/Reporterre
. Chapô : Un ver de terre de la famille des anéciques.

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