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Le surprenant et joyeux retour de l’auto-stop

8 juin 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Très prisé dans les années 1970, l’auto-stop est en perte de vitesse, notamment concurrencé par le covoiturage. Ce samedi, des amateurs du lever de pouce organisent la Mad Jacques, une course pour remettre au goût du jour ce moyen de déplacement « économique, écologique, convivial et surprenant ».

Samedi 10 juin, à 8 h 31 précises, un millier de personnes lèveront leur pouce. Depuis Paris, Nantes, Lyon et ailleurs, chacun s’élancera en quête de conducteurs solidaires pour être emmené sur les routes… jusqu’à la ligne d’arrivée. Destination ? Inconnue pour le moment, elle sera révélée à 8 h 30 ce week-end. Seuls indices disponibles : il s’agit d’un petit village éloigné des grands axes routiers, situé à 450 km environ des points de départ. Plus grande course en auto-stop jamais organisée en France, la Mad Jacques se présente comme un festival de l’aventure et de la convivialité. « Les idées de partage et de débrouille sont au cœur de notre projet », précise Maelle Tardivel, de l’équipe organisatrice, qui met en avant le côté sécurisé et encadré de l’événement : « Notre but, c’est d’amener des personnes à s’essayer au stop et de porter un autre regard sur cette pratique un peu délaissée. »

Très en vogue dans les années 1970, l’auto-stop se voit aujourd’hui concurrencé par le covoiturage, réputé plus sûr. Comme le rappelle la blogueuse Globe-stoppeuse dans son glossaire en ligne, l’auto-stop se définit comme un « moyen de transport qui consiste à solliciter des conducteurs pour qu’ils vous prennent avec eux dans leur véhicule sans contrepartie financière ». Pratique connue dans le monde entier — pouce tendu vers le haut en Occident, flexion de haut en bas de la paume de main en Amérique latine, paume vers le sol et doigts tendus en Israël —, elle se révèle plus ou moins courante suivant les pays : répandue au Canada, elle est difficile en Espagne voire quasiment impossible en Suède. En France, le hitch-hiking (nom de la pratique en anglais) a ainsi perdu pas mal d’adeptes, malgré le foisonnement d’initiatives d’auto-stop organisé, comme le Rezo pouce.

Mais, pour Maelle Tardivel, « ce moyen de déplacement économique, écologique, convivial et surprenant » a encore toute sa place dans nos vies bien rangées. Elle se rappelle son premier coup de soleil sur le pouce après des heures à attendre sous le cagnard, mais aussi un florilège d’anecdotes surprenantes : « Une fois, nous avons été pris en stop en Bretagne par un minibus de touristes japonais, fascinés par l’idée du stop, qui ne cessaient de nous prendre en photo. Un autre trajet mémorable, c’est celui avec un chimiste qui faisait des expériences “maison” stockées dans son coffre : résultat, 2 h de voyage avec une odeur d’œuf pourri flottant dans l’habitacle ! »

Pour elle comme pour les autres organisateurs, la Mad Jacques est l’occasion de partager leur passion pour l’auto-stop et pour les rencontres extraordinaires qu’il provoque : Vincent, qui a passé la frontière du Kosovo en tractopelle, Aurélie, qui s’est fait embarquer à l’heure du petit-déjeuner par un boulanger partant en tournée, ou par un livreur de vodka au Kirghizistan.

C’est donc notamment « pour donner un coup de pouce à ceux qui hésitent » qu’une petite équipe parisiano-nanto-lyonnaise a lancé dès 2011 une course en stop. D’abord à destination des étudiants, ils ont souhaité cette année l’élargir au « grand public ». Objectif atteint, car une majorité des inscrits seraient des auto-stoppeurs débutants, à l’instar de Pauline, séduite par l’idée : « Je n’aurais peut-être pas osé traverser la France en stop seule, mais là, on va passer de beaux moments ensemble, dans un esprit de fête ! »

« L’aventure est là où on ne l’attend pas » 

Car, pour convaincre ces novices, la Mad Jacques n’a pas lésiné sur les moyens : outil de géolocalisation des compétiteurs, numéro de téléphone d’urgence, obligation de partir en binôme et road book plein de trucs et astuces. Emporter à boire et à manger, choisir le lieu de départ avec soin, se rendre visible (gilet jaune)… Le site collaboratif Hitchwiki regorge également de conseils pour débutants et expérimentés. Sur son blog, la Globe-stoppeuse déconseille quant à elle le port de la barbe, « excellent moyen pour l’auto-stoppeur mâle de poireauter longtemps en bordure de route », et préconise « l’auto-stop actif » plutôt que passif, « qui consiste à solliciter les conducteurs en les abordant directement », aux feux rouges ou aux stations essence.

Samedi, si l’objectif reste bien d’arriver les premiers à bon port, des prix sont également prévus pour le meilleur déguisement, ou pour celles et ceux qui auront fait leur procuration. À l’arrivée, concerts, marché de producteurs, rencontre avec l’équipe de Nus et Culottés et ateliers sur les mobilités alternatives sont organisés. « L’auto-stop questionne notre rapport à la vitesse, au temps, nous sort d’une logique de consommation », observe Maelle Tardivel. Faire un pas de côté en levant la main, partir en voyage à côté de chez soi et (re)découvrir des territoires inconnus. « L’aventure est au bout du pouce ! »

C’est certainement ce « joyeux désir d’inconnu », incarné par Jack Kerouac — inspirateur du nom de la course —, qui constitue le socle et le moteur de la Mad Jacques : « On peut tout plaquer pour aller vivre dans une yourte au Venezuela, écrivent les organisateurs sur leur site. Mais nous pensons que l’aventure est aussi là où on ne l’attend pas. Elle commence parfois en bas de chez soi. Elle peut être simple, courte, facile d’accès. Pas besoin d’être un Bear Grylls ou un guerrier du monoski, l’état d’esprit suffit. » Un état d’esprit résumé par Maelle Tardivel en trois mots : « Aventure, rencontre, débrouille. »

Si vous souhaitez participer à la course, foncez ! Les inscriptions se clôturent ce jeudi soir. Comptez 50 € par personne, 85 € si vous souhaitez revenir en bus dimanche.




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Lire aussi : Une bonne idée pour relancer l’auto-stop

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Mad Jacques

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