Les CRS s’entraînent sur une base militaire

Durée de lecture : 5 minutes

30 novembre 2009 / Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires

Confusion des genres : l’armée, en principe chargée de défendre le pays contre l’extérieur, prête ses bases pour que les policiers s’entraînent à réprimer les manifestations. Incidemment, les manifestations prévues ici concernent le nucléaire.


Enquête publique, comité d’information, débat public... ne trompaient déjà plus grand monde pour ce qui touche au nucléaire. Vendredi 26 novembre, entre Nancy et Bure (Lorraine), s’est déroulé un évènement qui aurait pu passer inaperçu. Il ressemble pourtant furieusement à un dérapage démocratique majeur et la "Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires" lance une alerte.

C’est le quotidien régional L’Est Républicain qui, dans son édition de samedi, a révélé le pot-aux-roses (cf article en bas de page) : "Les compagnies républicaines [de CRS] s’entraînent avec un réalisme bluffant (...). Hier c’était sur la base de Toul-Rosières. Exercice musclé de maintien de l’ordre (...). Alors que le premier ministre entre à peine dans la zone pour saluer les élus favorables à l’extension des capacités de stockage de leur site d’enfouissement nucléaire (...)"

Les voilà prévenues les populations à qui les pouvoirs publics tentent d’imposer depuis des années les déchets de l’industrie nucléaire. Jusqu’à présent c’est le terrorisme qui était pointé comme "ennemi intérieur". Aujourd’hui, on découvre avec stupéfaction par cet exercice de Toul qu’un dérapage majeur se met en place. Les gouvernants ciblent à présent les populations qui refusent de voir leur territoire empoisonné par les déchets radioactifs.

Curieuses et inacceptables méthodes dans un pays républicain que d’entendre ses gouvernants affirmer que l’énergie nucléaire est propre alors que dans le même temps ils tentent d’escamoter des montagnes de déchets. Curieuses et inacceptables méthodes pour faire accepter aux élus locaux les poubelles nucléaires : hier fausses promesses et mensonges (cf poubelle nucléaire de Soulaines), aujourd’hui achat des consciences par des flots d’argent (cf poubelle nucléaire de Bure). Demain matin, faut-il s’attendre à ce que la force vienne écraser le peuple pourtant "souverain" (cf poubelles nucléaires FAVL et HAVL) ?

La Fédération attend de tout-e élu-e qu’il-elle dénonce dès ce jour et publiquement cette dérive - notamment les Conseils régionaux de Lorraine et de Champagne-Ardenne -, qu’il-elle se "lève" et rejoigne l’association d’élus-es EODRA.

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Voici l’article de L’Est Républicain, par Pascal Salciarini, publié le 28 novembre 2009.

Cœur de manif avec les CRS

Les compagnies républicaines s’entraînent avec un réalisme bluffant trois fois par an. Hier c’était sur la base de Toul-Rosières. Exercice musclé de maintien de l’ordre.

Passe-montagnes, cagoules, treillis, pneus et faux cocktails Molotov en guise de projectiles : manifestants et casseurs ont pris position aux abords de la gare de X ville.

Alors que le premier ministre entre à peine dans la zone pour saluer les élus favorables à l’extension des capacités de stockage de leur site d’enfouissement nucléaire, première échauffourée : « Tant que la manifestation est pacifique, on n’intervient pas, on se contente de contrôler le périmètre et d’y assurer la liberté de circulation. Le but est de rester maître de la situation et de son sang-froid. Dès que cela dégénère, on intervient de façon calculée, graduée. La difficulté est aussi de différencier le militant pacifique du voyou venu pour casser », explique le commandant Glorian, qui sourit. Il sait bien lui, que le scénario concocté tout exprès pour les patrons de compagnie de Jarville, Thionville et Metz est plus chinois qu’il n’y paraît.

C’est même le but de l’exercice qui a lieu sur la base de Toul-Rosières, cadre idéal pour déployer sans nuisance pas moins de 300 CRS. La 30, la 36, la 39 de Jarville : ils sont tous là, harnachés comme des Ninja, avec véhicules, protections, armes et matériels. Une répétition générale qui entre par la grande porte dans une période de recyclage où tout est passé en revue. D’un côté les CRS. De l’autre... des CRS qui connaissent leur métier mais jouent les assaillants, plus malins que des vrais, plus résistants aussi physiquement.

Alors on s’en donne à cœur joie sous le regard des chefs de section, qui ne font pas que compter les points. Dans un langage plus militaire que policier, on appelle ça du « drill », la répétition continuelle de gestes qui doivent devenir des acquis : « Pas d’initiative individuelle. La violence se maîtrise des deux côtés. Là, on a des jets de projectiles, des tentatives de forcer le barrage. On ne peut pas laisser faire », explique un commandant radio en main, en liaison avec l’état-major du préfet.

Ça tombe bien, le « vrai » directeur de cabinet du préfet, Frédéric Bernardo, est venu passer la matinée dans les bourrasques de vent qui balaient la base de Rosières. Nouveau crépitement sur la « conférence », la fréquence radio de l’exercice : « Le préfet a décidé que la manif n’a que trop duré. On regroupe les deux compagnies pour la dispersion. Au départ de l’OPJ qui fera les somations ! ». Brassard police orange sur la manche, un capitaine empoigne son mégaphone et siffle la fin du match : deux compagnies chargent alors dans un nuage de lacrymo. « Les manifestants ont reculé de cent mètres, et semblent se disperser. Dans ce cas-là on doit veiller à ce que d’autres groupes ne se reforment pas ailleurs, charriant derrière eux des casseurs qui n’ont rien à voir avec la défense de l’écologie », confirme un CRS, qui a déjà rechargé son fusil lance-grenades. Portée utile 100 m : « On ne recherche pas l’affrontement. C’est juste un outil de dispersion à distance ! » Mais quel outil...



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Lire aussi : Un lycéen condamné à trois mois de prison pour avoir manifesté http://www.reporterre.net/spip.php?...

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