Les grandes entreprises consomment de plus en plus d’eau sur la planète

10 avril 2019 / Élisabeth Schneiter (Reporterre)

Selon un rapport d’une ONG britannique, le rôle des entreprises industrielles dans la raréfaction de l’eau douce mondiale est considérable. Cependant, elles sont de plus en plus nombreuses à avoir conscience de leur vulnérabilité à cause de cette raréfaction.

L’économie est aussi une histoire d’eau. Alors que l’eau est vitale aux entreprises, elles l’utilisent et la polluent de plus en plus, contribuant à la raréfaction de l’eau douce à l’échelle mondiale. Mais les entreprises reconnaissent aussi avoir conscience de leur vulnérabilité dans l’accès à l’eau, si l’on en croit le rapport Treading Water publié en mars par CDP, une organisation basée au Royaume-Uni.

La CDP, qui s’appelait Carbon Disclosure Project jusqu’à la fin 2012, est une organisation à but non lucratif qui étudie les effets des principales entreprises mondiales cotées en bourse sur le changement climatique. Elle gère la base de données mondiale la plus importante sur la performance environnementale des villes et des entreprises.

Le rapport Treading Water s’appuie sur les déclarations de 783 sociétés internationales cotées. Ces entreprises, qui emploient plus de 36 millions de personnes dans le monde et représentent une capitalisation boursière de 18.000 milliards de dollars, indiquent que les risques liés à l’eau pourraient perturber leur production, causer des dommages aux marques et entraîner des pertes de licences d’exploitation dans certaines régions.

La grande distribution est le moins performant de tous les secteurs analysés dans le rapport 

Malgré cette prise de conscience grandissante des risques, et le doublement du nombre d’entreprises ayant fixé des objectifs de réduction des prélèvements d’eau, elles sont de plus en plus nombreuses à déclarer une augmentation de leur consommation entre 2015 et 2018. Cette tendance est particulièrement prononcée pour les entreprises opérant en Asie et en Amérique latine, ainsi que dans les secteurs de l’alimentation, des boissons et de l’agriculture, de la fabrication et de l’extraction minière. Les entreprises contribuent donc à l’épuisement des ressources d’eau douce.

Comme 19 % des prélèvements d’eau proviennent de l’industrie et 70 % des chaînes d’approvisionnement agricoles, les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans la réalisation de l’Objectif de développement durable numéro 6 fixé par les Nations unies : « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau » d’ici 2030. L’impératif économique est clair : trois emplois sur quatre dans le monde dépendent d’un approvisionnement en eau fiable, et les pertes financières liées à l’eau ont représenté, pour les entreprises, 36 milliards de dollars en 2018.

Cependant, malgré l’ampleur du défi, seules 31 des sociétés déclarantes ont réalisé suffisamment de progrès pour figurer dans la « liste A pour la sécurité de l’eau » (Water Security A List) en 2018. 11 d’entre elles sont basées en Europe, 10 en Asie et 8 aux États-Unis. AstraZeneca, Diageo, L’Oréal et Microsoft font partie des entreprises les plus avancées sur ce thème.

Pour figurer dans cette liste, les entreprises doivent non seulement démontrer qu’elles évaluent régulièrement leur exposition aux risques, mais également qu’elles mettent en œuvre des stratégies pour y faire face. Les industries dont l’activité a le plus d’effet sur la ressource en eau sont celles des secteurs suivants : alimentation, boissons et tabac, métaux et mines, pétrole et gaz, services d’électricité et chimie. La grande distribution est le moins performant de tous les secteurs analysés dans le rapport. Avec seulement 28 entreprises divulguant des informations sur les 117 sollicitées, c’est aussi le secteur le moins transparent, derrière celui des combustibles fossiles.

Pour Cate Lamb, directrice de la section « sécurité de l’eau » chez CDP, « les entreprises communiquant leurs données à CDP sont responsables d’une part considérable de l’utilisation et de la pollution de l’eau à l’échelle mondiale. Bien que nombre de leurs pratiques et procédures contribuent actuellement à l’épuisement des ressources d’eau douce, ces entreprises pourraient aussi œuvrer à la sécurisation de la ressource en eau et doivent travailler à la protéger ».


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Élisabeth Schneiter pour Reporterre

Photo :
. chapô : Unsplash (CC0)




Documents disponibles

  Treading Water : Global Water Report 2018.
DOSSIER    Eau, mers et océans

17 avril 2019
Au Mexique, les zapatistes du Chiapas s’opposent aux grands projets nuisibles
Tribune
17 avril 2019
Européennes : le programme écolo de six candidats
Info
18 avril 2019
« Le gouvernement d’Emmanuel Macron est composé de lobbies »
Entretien


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Eau, mers et océans





Du même auteur       Élisabeth Schneiter (Reporterre)