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Sélection culturelle

Les livres d’écologie à lire au mois de mai

En haut, de g. à d. : « Justice pour l’étoile de mer », « L’Appel du fleuve », le podcast « Vulnérables mais pas coupables » et « Mille et un papillons ».

Une extase au jardin, un appel de la Loire, une déambulation près des insectes... Découvrez notre sélection de livres et films pour les beaux jours.

ESSAIS

Justice pour l’étoile de mer

Pensez « protection de l’océan ». La première image qui vous vient à l’esprit est sûrement celle d’une baleine majestueuse, ou d’une tortue marine aux airs de vieux sage. Probablement pas celle d’une étoile de mer, et encore moins d’une praire d’Islande, d’une éponge ou d’un blob, tout aussi fascinants mais moins populaires. Dans ce très court — mais passionnant — ouvrage, l’avocate Marine Calmet et l’océanographe François Sarano livrent un vibrant plaidoyer pour la reconnaissance des droits de l’océan et de ses centaines de milliers d’habitants.

Chacun des maillons de la mer, des êtres les plus charismatiques aux plus méconnus, devrait selon eux être reconnu comme sensible, singulier et unique. À lire pour changer de regard sur les espèces maritimes. - H.C.

Justice pour l’étoile de mer, de François Sarano, Marine Calmet et Marion Sarano (iconographe), aux éditions Actes Sud, mai 2025, 96 p., 12 euros.

Cultiver l’eau douce

« Nous avons bousculé le cycle naturel de l’eau douce, avec pour conséquence directe l’intensification des inondations et des sécheresses. » Partant de cette alerte, les trois auteurs — ingénieur en agriculture, permaculteur, pépiniériste — ont concocté un copieux ouvrage pour « régénérer nos écosystèmes ». 256 pages aérées, agrémentées de photos, de graphiques et d’exemples (notamment à l’étranger) afin de restaurer le cycle de l’eau. Le guide s’adresse en premier lieu aux agriculteurtrices et jardinierères, mais il intéressera toutes celles et ceux qui cherchent des solutions concrètes pour « vivre en harmonie avec l’eau ». - L.L.

Cultiver l’eau douce, d’Antoine Talin, Samuel Bonvoisin et François Goldin, aux éditions Ulmer, avril 2025, 256 p., 29,90 euros.

ROMANS

Le Grand épuisement

En dénonçant l’empoisonnement chimique du monde, la scientifique Rachel Carson le soulignait déjà : « Il existe une écologie du monde à l’intérieur de nous. » C’est cette idée forte que l’essayiste Nelly Pons incarne dans ce premier récit, en racontant un « burn out » (épuisement professionnel) comme une conséquence du productivisme, au même titre que le carnage des écosystèmes marins ou forestiers.

En politisant ainsi l’intime, elle invite le lecteur à s’interroger sur son vécu de la violence économique, et à contribuer à une « solidarité des épuisés » pour faire front. Un récit grave, mais « lumilutteur » (de « lumière » et « lutte »), grâce à la forme poétique choisie. - C.M.

Le Grand épuisement, de Nelly Pons, aux éditions Actes Sud, février 2025, 192 p., 18 euros.

Le Jardin exalté

C’est un tout petit livre, enivrant comme un parfum de chèvrefeuille au printemps. Il raconte une extase au jardin, insufflée par une musique indienne toute de « ferveur impersonnelle ». Henri Michaux, poète-explorateur (1899-1984), nous montre là qu’il est possible de vivre le paradis au jardin, à condition d’oublier la pomme, le serpent et le « Dieu punisseur », pour s’ouvrir à la multiplicité des formes d’être, comme y incitent les philosophies orientales.
- C.M.

Le Jardin exalté, de Henri Michaux, aux éditions Fata Morgana, réédition janvier 2025, 32 p., 9 euros.

Demain sera beau

Que sera le monde de 2057 si... la catastrophe est advenue (ou pas) et le monde s’y adapte de belle manière ? C’est le programme qu’a donné l’association ATD Quart Monde à qui voulait écrire, et cela donne à l’arrivée une dizaine de superbes nouvelles. Elles dessinent un futur, sinon désirable, du moins dans lequel les valeurs d’humanité et de coopération l’auront emporté dans la difficulté. Et surtout, ce sont des histoires fortes, même parfois haletantes. On se souviendra longtemps des traceurs aux pieds nus, de la course pour sauver le monde d’une intelligence artificielle jetée en décharge (spoiler : le monde sera sauvé), d’un ingénieur nucléaire transformé en marin... - H.K.

Demain sera beau, collectif, préface d’Aurélie Valognes, aux éditions Le Livre de Poche, mars 2025, 168 p., 7,20 euros.

Un Jeu sans fin

Dans la lignée du roman multiprimé L’Arbre-Monde, Richard Powers livre un nouveau récit choral, cette fois-ci centré sur l’océan. On suit les destins croisés d’une artiste polynésienne, d’un milliardaire de la tech californien, d’un poète noir étasunien et d’une plongeuse star de la protection des abysses, concernés par l’avenir d’une petite île de la Polynésie française menacée par un projet industriel.

Richard Powers mêle habilement des questionnements intimes sur l’identité et l’héritage avec des enjeux globaux, de l’effondrement écologique planétaire aux projets démiurgiques des milliardaires libertariens, pour en tirer un drame très poétique qui colle parfaitement à l’époque. - V.L.

Un Jeu sans fin, de Richard Powers, aux éditions Actes Sud, février 2025, 416 p., 23,80 euros.

La Vie rêvée de Nikola Tesla

Tesla, ce nom est aujourd’hui mondialement connu — et associé à un milliardaire réactionnaire. Mais saviez-vous qu’Elon Musk avait baptisé son entreprise électrique du patronyme d’un génie utopiste et méconnu ? C’est ce que s’attache à raconter Yannick Roudaut, dans son dernier livre dédié à Nikola Tesla. Cet inventeur qui « aurait pu nous éviter la catastrophe écologique ».

Un roman à la croisée des chemins, mêlant histoire et science-fiction. On y suit à la fois les inventions du chercheur au début du XXe siècle — le wifi, la radio, les télécommandes — et Nova, jeune ingénieure des années 2030, qui déterre une des découvertes révolutionnaires de Tesla : une énergie propre, quasi gratuite, pouvant remplacer le pétrole et le charbon. Malgré des passages assez techniques — pour qui a oublié ses cours de physique au lycée —, le récit nous plonge avec efficacité dans les guerres industrielles du début du XXe siècle, celles-là mêmes qui ont permis l’avènement d’un monde fondé sur les énergies fossiles. Et nous montre, en creux, que d’autres voies étaient (sont ?) possibles. - L.L.

La Vie rêvée de Nikola Tesla, de Yannick Roudaut, aux éditions La Mer salée, avril 2025, 280 p., 21 euros.

Vers les îles Éparses

Tout semble fou dans ce récit réaliste, et délicieusement ironique. Voyez l’amorce : pour paiement d’une pige sur l’antique Thucydide, l’écrivain Olivier Rolin se retrouve passager d’un bateau en charge d’aller ravitailler les minuscules garnisons que la France coloniale maintient sur les îles Éparses, dans l’océan Indien — « histoire qu’on ne nous les fauche pas par surprise », commente l’auteur.

Entre les « débriefings à l’issue en passerelle » qui meublent les journées à bord, il prend des notes sur Giono et « le droit au délire capable de faire aimer même les approches de la mort », la vie grouillante et fantasmagorique de l’océan, « en dépit des efforts faits par les hommes pour l’anéantir ». Bref, on se réjouit de lire cette déambulation écolo qui s’ignore, avec son délirant monde d’avant et ses élans clairvoyants. - C.M.

Vers les îles Éparses, d’Olivier Rolin, aux éditions Verdier, janvier 2025, 96 p., 17,50 euros.

BD

L’Appel du fleuve

Vingt-trois récits graphiques pour raconter le plus long fleuve de France, dans la veine du travail d’Étienne Davodeau en 2023. On découvre au fil des planches les 1 074 km de la rivière à vélo, les derniers pêcheurs de civelles, le retour du castor d’Europe, une expédition scientifique en canoë pour documenter la présence de microplastiques, la Loire après l’effondrement ou encore un monde imaginaire sous les sables mouvants.

Ce hors-série de 303, revue culturelle des Pays de la Loire, dresse le portrait du fleuve à travers les yeux d’une trentaine d’auteursrices de bande dessinée de la région. Leur relation singulière au fleuve navigue entre réflexion poétique, sociologique et philosophique. Un beau voyage sur les rives et dans les entrailles ligériennes. - F.L.

L’Appel du fleuve — La Loire en bande dessinée, Hors-série n°185, aux Éditions 303, avril 2025, 224 p., 28 euros.

LIVRE JEUNESSE

Mille et un papillons

Les enfants fans de papillons (il y en a forcément) ont trouvé leur Bible. Dans Mille et un papillons, la graphiste et illustratrice Joanna Rzezak présente en dessins l’ensemble de leur cycle de vie, de l’éclosion à la métamorphose en passant par la pollinisation.

La promesse : permettre à chacun de comprendre l’importance de ces jolis insectes dans l’écosystème, ainsi que des autres êtres avec lesquels ils cohabitent. Bonus : à chaque page, les petits lecteurs sont invités à ouvrir grand les yeux pour trouver les chenilles, fourmis et escargots cachés entre les feuilles. - H.C.

Mille et un papillons, de Joanna Rzezak, aux éditions Actes Sud, dès 5 ans, mars 2025, 32 p., 16.50 euros.

FILMS, DOCUMENTAIRES

Bergers

Mathyas vient de quitter son emploi de jeune publicitaire à Montréal pour devenir berger en Provence. S’il ne connaît rien au métier, le jeune homme est en quête d’une vie plus simple, plus proche de la nature. Mais la dure réalité du monde pastoral le force à remettre en question sa vision idéalisée du métier. Avec Élise, une fonctionnaire qui vient tout juste de plaquer son boulot, Mathyas persévère et s’engage dans une transhumance dans les Alpes.

Librement adapté du roman autobiographique D’où viens-tu berger ?, de Mathyas Lefebure, ce film montre les nombreuses difficultés auxquelles est confrontée la profession : précarité économique, craintes autour du loup, misère sexuelle… Pour autant, la réalisatrice Sophie Deraspe ne s’est pas privée de rendre hommage à des paysages grandioses, ni de montrer pourquoi les gestes les plus simples, tels boire, se nourrir, marcher, peuvent rendre du sens à l’existence. Comme une incitation à sortir du troupeau. - J.C.


Bergers, de Sophie Deraspe, en salle depuis le 8 avril 2025, 1 h 53.

PODCAST

Vulnérables mais pas coupables

Trois psychologues travaillant en cancérologie tordent ici le cou à une idée reçue qu’ils ont couramment rencontrée chez leurs patients : les causes et les moyens de guérir le cancer seraient en grande partie liés au mental des malades. Idée scientifiquement fausse, aux conséquences très concrètes pour les malades qui subissent l’injonction à rester « battants ».

Au fil des quatre épisodes, les trois praticiens de l’Oncopole, pôle toulousain de recherche sur le cancer, mêlent avec une finesse remarquable les analyses et témoignages pour s’attaquer à la mécanique du déni collectif. En pointant les causes individuelles (voire morales) de la maladie — comme la consommation de cigarettes ou d’alcool — et en renvoyant les malades à leurs failles psychologiques, nous empêchons la prise en compte d’une question politique colossale : celle des facteurs environnementaux de cette épidémie, première cause de mortalité qui concerne chaque année en France 430 000 personnes. - E.M.

Vulnérables mais pas coupables, le podcast des psychologues de l’Oncopole qui questionne les injonctions autour du cancer, 4 épisodes.

Expositions

Déserts

Il n’y a pas le désert. Mais des déserts de sable, de roche, de sel, de glace… qui ont tous en commun l’aridité, les températures extrêmes et les vents violents. Des conditions hors norme qui n’empêchent pourtant pas le développement d’une biodiversité. Déserts, exposition visible jusqu’au 30 novembre au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, donne à découvrir ces paysages austères, mais sublimes, et les étonnantes créatures qu’ils abritent.

Telle la rose de Jéricho qui, même morte et déshydratée, continue de protéger ses graines pendant des mois, voire des années. À la première pluie, ses rameaux se déploient pour les libérer. Le lézard cornu, hérissé d’écailles pointues sur tout le corps, est quant à lui capable de survivre dans le désert australien grâce à un réseau de minuscules canaux logés sous les écailles qui captent la rosée et l’humidité et les acheminent jusqu’à sa bouche par capillarité. Quant aux fourmis argentées du Sahara, elles savent piquer des sprints pour collecter leur nourriture sans succomber au soleil de plomb.

Mais ces espèces sont menacées, malgré leurs superpouvoirs. Elles sont déjà à la limite de leurs possibilités physiologiques et ne pourraient pas s’adapter à quelques degrés de plus, prévient cette expo riche et pédagogique. - F.L.

Déserts, exposition jusqu’au 30 novembre 2025 au Muséum national d’histoire naturelle à Paris.

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