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Sélection culturelle

Microbes, escargots, mulots... Ces mal-aimés dont on a tant besoin

« Les Amis du jardin », « Corvidés » et « Minuscules ! ».

Des albums illustrés proposent aux enfants de découvrir la biodiversité, au-delà des idées reçues. En voici quatre à la fois drôles et pédagogiques, à partager sans modération.

Les vacances de printemps sont là (ou arrivent à grands pas), et la nature renaît, avec ses fleurs, ses parfums, ses couleurs, ses oiseaux qui s’égosillent… Quel meilleur moment pour s’émerveiller avec ses bambins de la beauté du monde, en prenant la clé des champs, ou du square alentour ?

Vous y rencontrerez peut-être les protagonistes principaux des quatre livres illustrés que nous avons sélectionnés pour vous : des corbeaux (ou d’autres corvidés comme les pies), des escargots, des hérissons, et (c’est sûr !) des microbes et des bactéries… L’occasion de transmettre à vos enfants une relation plus confiante et plus juste au monde muet qui les entoure. Non, il n’y a pas à avoir peur des corbeaux, ils sont très utiles pour limiter la propagation des maladies. Non, les microbes ne sont pas d’affreux monstres sournois, ils font de grandes choses et pourront lui raconter l’histoire de la vie sur Terre.

Quant aux « mauvaises herbes », elles se défendent très bien elles-mêmes dans le petit album illustré dont elles sont les vedettes, Mauvaises Herbes. Nous, les pissenlits, arguent-elles, fournissons aux chardonnerets des graines dont ils se régalent. Nous, les feuilles de la cardère sauvage, nous rejoignons autour de la tige centrale et formons, après la pluie, un petit bassin d’eau pour abreuver les oiseaux — ils sont ensuite plus d’attaque pour transporter les graines de vos fleurs, et leur permettre de se reproduire. Et ne parlons pas des pommades, médicaments, bonnes soupes, voire des engrais naturels que vous fabriquez grâce à nous (le plantain, l’ortie). Ni des économies de pesticides que nous vous faisons faire, parce qu’attirés par nos fleurs, les insectes en oublient les légumes du potager. Alors laissez-nous donc une petite place…

Le coquelicot vu de près, dans «  Mauvaises Herbes  ». © Panthera

En évoquant les vertus de ces plantes, Mauvaises Herbes permet au jeune enfant (dès 6 ans) de comprendre l’interdépendance des espèces et l’intérêt de la respecter autant que possible. Car reconnaître les besoins de la biodiversité aujourd’hui, c’est lutter contre les inondations, les maladies dans les cultures, et l’accélération de la crise écologique. La découverte amusante de la constitution et de la reproduction des plantes, grâce aux abeilles, oiseaux, animaux, l’y aidera. Une première cueillette responsable, détaillée fort clairement, aussi.

On aura d’autant plus de plaisir à offrir ce livre que son éditeur, Panthera, s’oblige à des critères de production éthique : encres végétales, papiers issus de forêts « gérées durablement », tirages ajustés pour éviter le pilon. Ce n’est pas encore si fréquent.

Mauvaises Herbes, par Pauline Payen et Noelia Diaz Iglesias, coll. Sauvageons, éditions Panthera, 35 pages illustrées en couleurs, 16,50 euros, 2023. Dès 6 ans.

Nos amis du jardin

Pour permettre aux pitchouns d’assimiler les liens interespèces, l’enseignant et illustrateur Vincent Gravé a imaginé un jardin où la diversité des fleurs, des légumes, des oiseaux, des feuilles d’arbres, des insectes, des petits mammifères représentés suggère la profusion du monde naturel, au rythme des saisons. Les pages sont chaque fois si touffues et différentes que l’on a plaisir à y laisser déambuler ses yeux.

C’est Pomme d’amour, une petite jardinière qui a comme un pédoncule sur la tête, et son chat Moustache qui présentent au lecteur le lieu et ses refuges variés, mare, terriers, nids perchés…

Une galerie de dame la taupe, dans «  Les Amis du jardin  ». © Cambourakis

Voici d’abord le hérisson, qui chasse limaces et escargots, grignoteurs de jeunes pousses et de légumes ; puis dame chouette, réfugiée au grenier et qui, à la nuit tombée, empêche les souris et mulots de devenir trop gourmands des graines entreposées ; et encore dame la taupe, si peu aimée des jardiniers, mais dont les galeries aèrent le sol et font remonter plein de graines à la surface. Tout semble aller pour le mieux dans ce jardin où l’« on est jamais seul, la vie est partout, chacun est utile à sa façon ». Jusqu’au jour où un étrange roi arrivé d’on ne sait où veut écraser le jardin pour faire construire un château avec un supermarché… Le prétentieux, il ne sait pas encore qu’une biodiversité très variée est ultrarésistante !

Les Amis du jardin, par Vincent Gravé, éditions Cambourakis, 2022, 48 pages, 16 euros. Dès 4 ans.

Pies, corbeaux, corneilles...

Certains oiseaux peuvent aussi avoir une bien mauvaise réputation : notamment le groupe des corvidés, qui rassemble pie, corneille, geai des chênes, choucas des tours — plus de 130 espèces au monde, dont 10 en France métropolitaine. S’ils ont été considérés par la mythologie nordique comme des messagers des dieux, ils traînent aujourd’hui une image de mort qui serait due au noir luisant de leur plumage, à leurs cris rauques et à leur goût pour les cadavres d’animaux.

Avec ce premier album documentaire jeunesse dédié aux corvidés, le lecteur en herbe découvrira au contraire que les corvidés sont des oiseaux aux plumages plus nuancés qu’il n’y paraît (mouchetés, bicolores, rosés ou encore bleutés) et aux becs colorés. Il comprendra aussi qu’en nettoyant les carcasses, ils évitent la propagation des maladies. « Ne soyez pas si choqués, interpellent ces oiseaux fort bien croqués par une illustratrice qui mêle harmonieusement gouache, crayons et pastels. Vous êtes bien contents de vous promener dans des endroits propres ! »

Présentation du grand corbeau et du corbeau freux dans «  Corvidés  ». © Panthera

Chemin faisant, le jeune explorateur (dès 6 ans) sera encouragé à l’esprit critique : si les humains se méfient de ces oiseaux, et notamment du corbeau, ne serait-ce pas parce qu’ils sont très sociables et intelligents ? Capables de créer des outils pour récupérer de la nourriture, de déployer toute une gamme de cris différents et de gestes pour se faire comprendre et se régaler en bande d’un champ de blé nouvellement semé ? Mais est-ce une raison pour les tuer par milliers chaque année alors que ça ne sert à rien (et que c’est très coûteux) ? Et voilà votre môme sur la voie de la protection animale.

Corvidés, écrit par Timothée Cantard et illustré, en couleurs, par Louise Gouet, éditions Panthera, 40 pages, 16,90 euros, 7 mai 2026. Dès 6 ans.

Tardigrades, bactéries et autres levures minuscules

Elles ont tout pour être des stars de films d’horreur : avec leurs formes détonantes (astéroïdes miniatures plantés de trompettes de la mort, oursons d’eau à la tête en forme de groin), les bactéries, levures (champignons unicellulaires), diatomées, virus n’évoquent bien souvent en nous que maladies, infections, épidémies… Ajoutez à leur palmarès qu’elles sont très souvent invisibles à l’œil nu, qu’elles sont innombrables (des milliards dans une simple goutte d’eau ou une poignée de terre), et sont omniprésentes dans l’air que nous respirons, sur la terre ferme ou même à la surface des nuages, et vous comprendrez qu’elles suscitent un flip propre à effacer leurs bienfaits.

Mais ce livre-atlas pour lecteurs rodés, Minuscules ! Le merveilleux univers de la vie microscopique, sait s’y prendre pour éveiller la curiosité envers ces microorganismes. Dès les premières pages, un tardigrade, ver microscopique des environnements humides qui se tortille comme un danseur de claquettes survolté, fait « Coucou ! » à une jeune femme qui l’observe au microscope. Et en avant pour la découverte des origines de la vie avec ces surprenantes bestioles, qui seraient là depuis le début, il y a plus de 3,5 milliards d’années.

Un tardigrade observé au microscope dans «  Minuscules  ! Le merveilleux univers de la vie microscopique  ». © Casterman

En réinscrivant leur découverte dans l’histoire scientifique — ces organismes microscopiques ne sont apparus dans la classification scientifique du vivant qu’à partir des années 1950 —, ce livre initie les bientôt collégiens à la déroutante et passionnante complexité biologique de la vie. Certes la bactérie Bordetella pertussis peut provoquer une infection respiratoire pénible comme la coqueluche, mais d’autres, les cyanobactéries par exemple, produisent aussi une partie de l’oxygène que nous respirons. Et elles deviennent d’autant plus des stars qu’elles résistent encore au réchauffement climatique !

Minuscules ! Le merveilleux univers de la vie microscopique, par Sylvie Baussier, Michel Viso, illustré par Anne Zeum, éditions Casterman, 48 pages, 16,95 euros, avril 2026. Dès 8 ans.

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