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Culture

Jeunes, travailleurs ou invisibilisées : comment elles et ils sont passés à l’action

« Dames de fraises, doigts de fée », « Désir d’agir », « Travailler, travailler encore » et « Passer à l’action ! ».

Un passionné de vélo, des saisonnières qui portent plainte, des jeunes engagés dès 12 ans... Comment leur déclic est-il survenu ? Voici 4 livres qui invitent à passer à l’action, entre affirmation de soi et redécouverte des autres et de la société.

C’est toujours passionnant d’écouter les autres raconter comment et pourquoi ils se sont investis, qui dans un syndicat, qui dans une association, une lutte collective, un jardin partagé, voire dans l’écriture d’une tribune pour Reporterre ou la création d’un tiers-lieu... C’est un peu comme regarder la vie à la source, là où elle jaillit et trouve l’énergie d’éclore.

Loin de se réduire à ces moments de trouble et de violence que se complaisent à montrer les médias mainstream, les luttes sociales, l’engagement civique sont en effet une part essentielle de la dynamique démocratique et un lieu de construction et d’affirmation de soi. Le choix même de nos engagements en témoigne.

Un désir d’agir

Ce n’est pas pour rien, par exemple, que le diplomate néerlandais Stein Van Oosteren est devenu un militant notoire du vélo. Né aux Pays-Bas, contrée reine du bicloune depuis les années 1970 et les premiers chocs pétroliers, il ne pouvait que s’étonner d’être encore quasiment le seul, en 2015, à arpenter sur sa bicyclette les routes des Hauts-de-Seine, où il avait élu domicile.

Après, comment le déclic est survenu, il est vrai que c’est aussi étrange que peut l’être l’inconscient : « Un jour, j’ai entendu quelqu’un comparer la télévision à du chewing-gum pour l’esprit. Ça m’a fait un choc ! » raconte-t-il dans son dernier livre, Désir d’agir. De ce moment, il a tourné le dos à la téloche, et le temps retrouvé lui a ouvert un espace pour faire émerger une autre vie.

Elle démarre en 2016, et ne cessera de prendre de l’ampleur jusqu’à aujourd’hui, comme il le raconte dans ce récit autobiographique foisonnant, subtilement remis en perspective par la scientifique Valérie Masson-Delmotte dans sa préface. D’abord il crée un groupe de réflexion sur le vélo dans sa commune d’adoption, qui devient vite une association, FARàVélo, puis organise bientôt des rencontres avec dix-sept associations de villes voisines pour porter le débat à un échelon plus important. Et comme il l’exprime si bien dans sa langue chaleureuse : « La rencontre déclenche quelque chose de bien plus profond : l’envie d’aller plus loin ensemble. »

On découvrira comment et jusqu’où dans Désir d’agir, qui relate de façon très dynamique (comme si on y était) toutes les rencontres, réflexions, initiatives que son intérêt pour le vélo a fait naître, et l’évolution qu’il lui a fait connaître : « Je ne suis pas passionné de vélo mais de notre difficulté à changer, que le vélo illustre si bien », écrit-il sur Instagram. Un gros bouquin qui se dévore comme un bon roman. C. Marin

Désir d’agir — Comment déclencher la transition écologique, de Stein Van Oosteren, préface de Valérie Masson-Delmotte, aux éditions Écosociété, novembre 2025, 362 p., 22 euros.

Des dockers en lutte

Autre expérience, collective cette fois, de la manière dont une lutte peut transformer notre cadre de vie et notre relation aux autres, celle racontée récemment par le journaliste et documentariste audio Antoine Tricot.

Dans Travailler, travailler encore, il remonte le fil d’une aventure ouvrière singulière. On y suit un groupe d’anciens dockers de Dunkerque, licenciés après la grande grève de 1994 qui a bouleversé le monde portuaire. Contraints de se réinventer, ils ont créé ensemble une coopérative autour du bois, pour mettre en pratique leurs idéaux d’égalité et d’autogestion.

À travers ce récit sensible et incarné, ce familier des campagnes et des quartiers populaires montre comment ces ouvriers, formés dans le creuset syndical et communiste, sont devenus un chaînon entre les luttes sociales du XXe siècle et celles du XXIe. Ils se sont impliqués dans l’économie solidaire, la défense des chômeurs et des victimes de l’amiante, et ont mené des combats écologiques concrets.

Un exemple inspirant dans un monde en crise, qui interroge notre rapport au travail, à la solidarité et à la transmission des luttes. A.-R. Kokabi  

Travailler, travailler encore — Dockers en lutte à Dunkerque, par Antoine Tricot, éd. Creaphis, septembre 2025, 304 p., 15 euros. Documentaire audio tiré du livre à écouter ici.

Les invisibles du marché globalisé

De même, Farida, le personnage central de Dames de fraises, va repartir transformée de son expérience de travail dans les serres de l’Espagne du Sud. Jeune mère de deux enfants, elle décide un jour, pour nourrir sa famille et payer les frais médicaux de son mari malade, d’aller y travailler une saison, comme 15 000 Marocaines par an.

Elle qui n’a jamais quitté son village natal que pour se marier va y découvrir l’intérêt des vécus partagés et la puissance de l’entraide. Malgré les schémas hérités de l’oppression patriarcale et une exploitation sans scrupules — dos cassé et ongles de pied décollés à force de marcher dans le sable sans équipement, privation d’eau au plus fort de la chaleur… —, avec Hayet et d’autres, elle trouvera la force de porter plainte contre les jefe (chefs en espagnol).

Désireuse de rapporter le plus fidèlement possible la vie de ces femmes, la dessinatrice Annelise Verdier, ex-blogueuse caustique d’Une blonde au bled, a passé plusieurs mois d’observation au Maroc et en Espagne avec ces « invisibles du marché globalisé », présentées par la spécialiste des migrations internationales Chadia Arab en préface. Cela se ressent : les scènes de vie sonnent vrai, tout comme la psychologie de ces « pétasses », surnom que leur donne Alvaro, le neveu du grand jefe obsédé de « triki-triki » (coït en langage imagé)… C. Marin

Dames de fraises, doigts de fée, par Antoine Tricot, BD réalisée par Annelise Verdier, d’après l’ouvrage de Chadia Arab, Dames de fraises, doigts de fée : les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne (2018), éd. Alifbata, août 2025, 128 pages, 21 euros.

Ces jeunes engagés

La découverte heureuse des bienfaits du collectif peut vous transformer jusqu’à vous donner envie d’en témoigner auprès des autres. L’autrice québécoise Catherine Ouellet-Cummings en a fait l’expérience. Lors d’un camp convivial de deux jours organisé par son lycée quand elle a 12 ans, elle découvre l’activité de rédactrice dans le journal de l’école. Cela va déterminer sa vie : adulte, elle deviendra journaliste et donnera dans son premier livre publié, Passer à l’action !, la parole à une multitude de jeunes gens impliqués eux aussi dans la vie scolaire ou sociale.

En six chapitres, elle y resitue leurs témoignages dans le cours de questions générales (Comment s’engager ? ; Ouvrir des possibles ? ; Reconnaître ses limites ? ; etc.), et démontre qu’apprendre de nouvelles choses et vivre de nouvelles expériences peut « avoir un impact sur des décisions importantes dans notre parcours scolaire ou professionnel, ou dans d’autres aspects de la vie ».

Tout juste publié dans l’excellente collection Radar — qui « laisse la place aux jeunes, avec un ton assez personnel », confie l’éditeur —, le livre permet aussi d’approfondir sa compréhension de la vie sociale, en explicitant, dans de petits encarts tout verts, des mots techniques ou concepts sociaux comme « tissu social » ou « intersectionnalité » utilisés dans les entretiens. Souhaitons-lui de faire un aussi beau carton qu’un des précédents livres de la collection, S’engager en amitié, car il valorise le besoin de sens des jeunes, en soutenant leur confiance dans l’avenir. C. Marin

Passer à l’action !, de Catherine Ouellet-Cummings, éd. Écosociété, coll. Radar, à partir de 15 ans, janvier 2026, 128 pages, 15 euros.

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