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IdéeCulture

Fêtes, luttes et joies, un trio indissociable à découvrir avec deux livres et un podcast

Les fêtes sont un carburant 100 % renouvelable pour les luttes et notre propre équilibre. À l’occasion de la Saint-Sylvestre, petit aperçu de leur potentialité de transformation politique, à lire et à écouter.

Bientôt le réveillon de la Saint-Sylvestre, bientôt la nouvelle année ! Les chanceux vont pouvoir sabler le champagne, se délester du poids du train-train dans les rires, la musique, la danse peut-être, et les accolades de minuit.

C’est un moment à part dans l’année, alors qu’on en marque le changement ; en tout cas en France et dans la plupart des pays qui ont adopté le calendrier grégorien, élaboré en 1582.

Cheval de feu

En Chine, par exemple, pays qui a conservé le calendrier lunaire pour la célébration des fêtes, l’année 2026 démarrera le 17 février et sera placée sous le signe du cheval de feu.

Nettoyées de bas en haut pour chasser, en même temps que la poussière, les erreurs et déceptions de l’an passé, les maisons comme les rues se pareront de rouge (couleur porte-bonheur), et la tradition incitera chacun et chacune à manger de très longues nouilles, symboles d’une longue vie…

C’est la fête. 50 occasions de se rassembler dans le monde de Laura Mucha et Hannah Tolson raconte en couleurs ces multiples façons et raisons de faire la fête. Une belle promenade en humanité à partager avec des enfants : on pourra par exemple s’imaginer faisant des sculptures de neige gelée et des courses en caisse à savon au carnaval de Québec. Tout en découvrant à quel point les valeurs communautaires diffusées par les fêtes varient d’une culture à l’autre.

À Djenné, au Mali, la restauration du plus grand bâtiment de terre crue au monde, une mosquée, est réalisée par la population tout entière lors de festivités ; au Ghana, le festival des ignames exalte le début des récoltes ; à Santa Fe, aux États-Unis, le marché indien met en valeur l’art des peuples des Premières Nations…

En France, sur les onze jours fériés annuels, six relèvent du calendrier catholique (Pâques, Pentecôte, Ascension, Assomption, Toussaint, Noël), trois des guerres ou évènements historiques (8 mai, 14 juillet, 11 novembre), et deux seulement rythment la vie sociale (le Nouvel An et le 1ᵉʳ Mai)…

À quand de telles fêtes de la coopération, de l’agriculture vivante ou des traditions des personnes immigrées (11,3 % de la population) ? Histoire d’avoir aussi un pied dans le monde en mutation…

C’est la fête. 50 occasions de se rassembler dans le monde, de Laura Mucha (texte) et Hannah Tolson (illustrations), aux éditions Gallimard jeunesse, novembre 2024, 112 p., 21,9 euros.

Histoire de fête

Les fêtes varient d’un pays et d’un continent à l’autre, mais aussi d’une période historique à l’autre. Le podcast « Une histoire de la fête », proposé par l’émission « La Fabrique de l’histoire » sur France Culture, raconte cette étonnante imbrication de l’histoire et de la fête en associant documentaires audio immersifs, entretiens avec des historiens et lecture d’extraits de livres. C’est vivant, parfois passionnant, comme si l’on découvrait en contre-plongée le fonctionnement d’une société.

De ce point de vue, les dix années qui ont suivi la Révolution française sont très intéressantes car très paradoxales. Les fêtes y sont nombreuses, les hommes d’État désirant s’en servir pour édifier le peuple : à la fois l’éloigner de l’Ancien Régime inégalitaire, mais aussi de la nuit et de ses excès pour éviter tout débordement.

En même temps, dans cette époque où les hommes croyaient réinventer l’humanité — raconte l’historienne Mona Ozouf, en rappelant que les femmes restaient réduites à la côte d’Adam —, il existait des fêtes pour presque tout (la vieillesse, la jeunesse, l’agriculture…), comme si tout ce qui devait forger la société nouvelle devait trouver à s’y incarner.

Au contraire, en 1852, quand le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte s’est de fait installé sur le trône, la fête s’est codifiée. Sur fond de récupération folklorique (le tricolore fut conservé), se sont développées les farandoles antirépublicaines, explique l’historien Rémi Dalisson. Une ritualisation codifiée s’est alors mise en place, qui est encore pour une grande part la nôtre, même si cette aseptisation est cachée par l’essor de la société du loisir.

Les fêtes peuvent donc être instrumentalisées aussi pour museler les classes populaires. Heureusement, au XIXᵉ siècle, celles-ci n’étaient pas toujours dupes et inventèrent notamment la Saint Lundi, jour que les ouvriers chômaient de leur propre initiative pour faire entendre leur voix. Brasero, la revue de contre-histoire des éditions L’Échappée, lui a consacré un super texte dans son dernier numéro : « À la Saint Lundi, tous les ouvriers sont gris ! »

« Une histoire de la fête » en quatre épisodes, podcast France Culture de « La Fabrique de l’histoire », 2006, 4 fois 54 mn.

Fêter la joie

Donc bientôt la fête, la fiesta, la java, la nouba, la bringue, la teuf ! Le vocabulaire dit bien la pluralité culturelle de ces parenthèses de joie, et leur convivialité essentielle, pour soi et la communauté. Bien sûr ici nous parlons de la joie qui jaillit de la satisfaction de nos besoins essentiels, pas celle à laquelle voudraient nous assigner la publicité ou les régimes autoritaires — souvenons-nous de Hitler imposant une organisation de loisirs unique, La Force par la joie.

Pourtant, « dans ce monde saturé de catastrophes, la joie est perçue comme suspecte. […] Parler de joie, de douceur, de beauté partagée, c’est souvent se heurter à une condescendance », dénonce la poétesse Kiyémis dans Pour la joie, une ode à la résistance poétique et politique.

Méfions-nous de cette « fabrique de l’impuissance », poursuit-elle, qui veut nous persuader que la joie n’est qu’une distraction. Or elle est bien plus : une nourriture, un outil, un précipité d’énergie qui ravive et ressoude les liens entre « nous, nos rêves, notre dignité ».

Se trouve ainsi ravivée cette précieuse petite flamme intérieure qui brûle de « se sentir partie prenante de l’histoire de l’humanité », renchérit Douce Dibondo, l’une des huit voix de ce recueil collectif stimulant, qui redonne toute sa place à la joie comme moteur de lutte et d’émancipation.

Les pratiquants, militants, penseurs de l’écologie — ces rabat-joie, comme le serine « la fabrique de l’impuissance » — le savent bien : sur les lieux autogérés, dans les jardins partagés, la joie de trouver du sens à l’action, dans un espace relationnel bienveillant, fournit une énergie sans pareille. Comme si « retrouver la joie signifiait retrouver une maison familière qui nous attendait », dit Kiyémis.

Pour la joie. Une ode à la résistance poétique et politique, sous la direction de Kiyémis, aux éditions Les Liens qui libèrent, octobre 2025, 160 pages, 15 euros.


Pour rendre la joie durable, Reporterre organise une soirée festive à l’occasion du lancement de sa nouvelle lettre d’infos positives : L’Étincelle. Elle aura lieu le 7 janvier à Paris, toutes les infos par ici !

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