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ReportageAgriculture

Les oliviers, espoir des paysans pakistanais face au changement climatique

Les oliviers sont une alternative aux cultures traditionnelles du Pakistan, moins adaptées aux bouleversements climatiques.

La culture de l’olivier séduit de plus en plus d’agriculteurs au Pakistan. Résiliente et adaptée aux terres arides, elle devient indispensable, dans ce pays qui fait partie des plus exposés aux bouleversements climatiques.

District de Nowshera (Pakistan), reportage

« Avant 2014, ce n’était que de la terre en friche », raconte Salahuddin, la cinquantaine, en désignant les rangées d’oliviers. Ils s’étendent à perte de vue depuis sa ferme, dans le nord du Pakistan. Vêtu d’une kurta blanche impeccable et entouré de ses quatre enfants, l’agriculteur plonge la main dans un bidon et en sort une poignée d’olives en macération. 

Depuis une dizaine d’années, Salahuddin fait figure de pionnier. Sur son terrain de 17 hectares du district de Nowshera, dans le nord du pays, il cultive près de 8 000 oliviers destinés à produire de l’huile. Une culture jusqu’à présent peu répandue au Pakistan, où l’espèce indigène, à l’état sauvage, ne produit que de très petits fruits inadaptés à la production d’huile. « Cette région est idéale pour les oliviers, il y a énormément de terres vierges propices », s’enthousiasme l’agriculteur, en portant un fruit à ses lèvres, dissimulées par sa barbe poivre et sel.

© Louise Allain / Reporterre

Les Pakistanais accueillent d’autant plus à bras ouverts cette nouvelle culture que leur pays était le plus touché par le changement climatique en 2022, d’après l’ONG Germanwatch. Les oliviers, particulièrement résistants dans les territoires arides et accidentés et ne nécessitant pas autant d’eau que d’autres plantes, sont donc une source d’espoir pour les agriculteurs du pays.

Certains vont même jusqu’à parler d’un véritable « phénomène de mode », porté par une demande en constante augmentation et encouragé par les bons résultats : ils étaient plus de 15 000 producteurs dans le pays en 2024, contre seulement 7 000 en 2021.

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Pour utiliser au maximum le potentiel de cet arbre face au changement climatique, Salahuddin, adepte de méthodes naturelles, pratique la culture intercalaire avec des agrumes. « Ces deux plantes se complètent très bien, explique-t-il. L’olivier protège les agrumes du soleil et, en retour, les agrumes permettent à l’olivier de mieux résister à la chaleur grâce à leur canopée dense, qui crée un microclimat plus frais et humide. Même lorsqu’il fait 44 °C, la température dans le verger ne dépasse pas 39 °C. » Grâce aux subventions du gouvernement pakistanais, l’agriculteur a installé un système d’irrigation goutte à goutte, qui permet d’éviter le gaspillage d’eau.

Salahuddin, qui cultive près de 8 000 oliviers dans le nord du Pakistan. © Ondine de Gaulle / Reporterre

Les plants d’oliviers de Salahuddin lui ont été fournis gratuitement dans le cadre de l’initiative de coopération italo-pakistanaise Pidsa. C’est ce plan qui a donné en 2012 le coup d’envoi du développement d’une filière oléicole au Pakistan. L’agriculteur a également bénéficié d’une formation en Italie, au sein du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (Ciheam), à Bari.

6 millions d’arbres plantés

À travers ces dispositifs de soutien, le Pakistan cherche à réduire sa forte dépendance aux importations d’huiles alimentaires, stimuler l’économie locale et, à terme, devenir exportateur d’huile d’olive. Depuis le lancement du projet, près de 6 millions d’arbres ont été plantés dans toutes les provinces du pays, couvrant quelque 25 000 hectares de terres, pour la plupart auparavant inexploitées. 

Une opportunité considérable pour de nombreux agriculteurs, qui peinent à joindre les deux bouts. L’agriculture pakistanaise, peu diversifiée, dépend largement de cultures de base à faible rendement par rapport à d’autres pays, comme le blé ou le riz, particulièrement vulnérables au stress hydrique et aux aléas climatiques. Cette année, Salahuddin a dégagé un bénéfice de 20 millions de roupies pakistanaises (60 000 euros).

Le nombre de producteurs d’oliviers a plus que doublé en trois ans au Pakistan. © Ondine de Gaulle / Reporterre

« Cette saison, nous avons produit 7 500 litres d’huile d’olive, contre 5 000 l’an passé. Et ce verger pourrait en produire jusqu’à 10 000 ! se réjouit-il. C’est une culture de rente : une fois l’huile extraite, la demande est très forte. » Il vend actuellement son huile au consortium public Pak Olive, une marque créée en 2023, tout en préparant le lancement de sa propre marque. Sur le marché local, les olives restent cependant un produit de luxe. Sans hausse significative de la production dans les prochaines années, elles resteront hors de portée pour la plupart des foyers.

Les agriculteurs peuvent extraire leur huile dans des moulins gouvernementaux mis gratuitement à leur disposition. À Nowshera, le moulin inauguré en 2015 est équipé de machines capables de presser jusqu’à 500 kg d’olives par heure. « Maintenant que les agriculteurs ont été formés à la culture de l’olivier, le principal défi est d’ouvrir un laboratoire pour étudier les maladies qui affectent les plantes, les insectes nuisibles et la nutrition des sols afin d’améliorer la production », explique Muhammad Nawaz, entomologiste-chercheur au sein de l’Institut de recherche sur les cultures céréalières, qui supervise le moulin.

Muhammad Nawaz, dans le moulin gouvernemental de Nowshera. © Ondine de Gaulle / Reporterre

Autre avantage : le bilan carbone de cette culture est très faible. « Un hectare d’oliviers permet de séquestrer 5 tonnes de CO2 par an. C’est moins que des espèces telles que le peuplier, l’eucalyptus et le leucaena, qui peuvent en capter entre 8 et 15 tonnes. Mais les oliviers peuvent vivre plusieurs centaines d’années et assurent ainsi un stockage de carbone sur des périodes beaucoup plus longues », dit Mohammad Arabi Awan, expert scientifique au sein du projet Olive Culture.

Ce programme, piloté par le Ciheam de Bari en partenariat avec le ministère pakistanais de la Sécurité alimentaire nationale, mène une étude approfondie sur l’empreinte carbone des vergers d’oliviers. 

« C’est un véritable trésor de la nature »

L’étude servira de feuille de route aux autorités pakistanaises pour définir un cadre valorisant la culture de l’olivier comme levier d’atténuation du changement climatique. « Elle pourrait également ouvrir la voie à la vente de crédits carbone sur le marché international », explique l’ingénieur agricole. Une potentielle source de revenus supplémentaire pour les agriculteurs, d’autant plus pertinente dans un pays comme le Pakistan, où les émissions du secteur agricole demeurent faibles en raison d’une mécanisation peu développée.

Pour Mohammad Arabi Awan, l’olivier est bien plus qu’un simple arbre : « C’est un véritable trésor de la nature, à la fois pilier de la sécurité alimentaire, réservoir de bienfaits nutraceutiques et médicinaux et culture résiliente offrant des moyens de subsistance durables. » Israr, un agriculteur du district de Lower Dir, a même dédié un poème en pachto, la langue locale, à cet arbre millénaire, cité à plusieurs reprises dans le Coran, qu’il érige en symbole sacré et résistant :

Il croît parmi les jardins de la Toute-Puissance
Et fleurit sur la terre bénie de Sa présence.
Allah l’a exalté dans Ses versets sacrés
Et fait jaillir la vie des sols abandonnés.

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