Conflit Inde-Pakistan : l’eau utilisée comme arme de guerre
Un soldat indien à Srinagar, dans l'État de Jammu-et-Cachemire, le 6 mai 2025. - Fridous Nazir / NurPhoto / AFP
Un soldat indien à Srinagar, dans l'État de Jammu-et-Cachemire, le 6 mai 2025. - Fridous Nazir / NurPhoto / AFP
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Alors que les affrontements dans le Cachemire ont fait plus de 50 morts en quelques jours, le Premier ministre indien, Narenda Modi, menace de couper l’approvisionnement en eau du Pakistan. Les conséquences seraient dramatiques.
« Le sang et l’eau ne peuvent pas couler ensemble », disait Narenda Modi, en 2016. Près de dix ans plus tard, le Premier ministre indien semble prêt à mettre sa menace à exécution : il a annoncé mardi 6 mai que son pays allait « couper l’eau » des fleuves qui prennent leur source sur son territoire et irriguent le Pakistan.
Cette décision intervient dans un contexte d’escalade militaire avec son voisin et ennemi de longue date : des affrontements et bombardements ont lieu des deux côtés de la frontière depuis le 6 mai, faisant au moins 36 morts côté pakistanais et 16 côté indien. Ce violent épisode fait suite à un attentat au Cachemire indien le 22 avril, dont l’Inde impute la responsabilité à Islamabad.
L’irrigation du Pakistan dépend de l’Inde
« Si l’Inde utilise l’arme de l’eau, ce serait catastrophique pour le Pakistan, dit Franck Galland, spécialiste des conflits hydriques et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. 65 % de la surface du pays se trouve dans le bassin de l’Indus [fleuve qui traverse d’abord l’Inde]. Il y a aussi le plus vaste système d’irrigation du monde, avec 200 000 kilomètres de canaux… mais il est alimenté à 90 % par les eaux de l’Indus. Ce serait désastreux pour l’agriculture, pour l’alimentation en eau de la population, mais aussi pour le nucléaire, parce qu’il faut de l’eau pour refroidir les centrales. »
En prenant la décision de fermer les robinets, l’Inde a suspendu sa participation à un traité de partage des eaux, signé en 1960 avec le Pakistan. Ce Traité de l’Indus autorisait l’Inde à utiliser l’eau des fleuves pour produire de l’électricité et pour irriguer ses cultures, mais lui défendait de modifier leur tracé ou leur débit. À la suite de cette rupture unilatérale du traité, Islamabad a décrété que toute tentative de modifier le débit de ses fleuves serait considéré comme un « acte de guerre ».
« Le débit du fleuve a été considérablement réduit du jour au lendemain »
Depuis l’annonce de Narendra Modi, « on a remarqué des changements sur la rivière Chenab qui n’ont rien de naturel. […] Le débit du fleuve, normal, a été considérablement réduit du jour au lendemain », a déclaré à l’Agence France-Presse Kazim Pirzada, ministre de l’Irrigation du Pendjab pakistanais, une région frontalière de l’Inde. Cette province agricole, où vivent près de la moitié des 247 millions de Pakistanais, est le « grenier du pays » et pourrait être fortement touchée par les restrictions d’eau, à quelques mois du début de la saison de riziculture.
Les vannes de deux barrages indiens sur la Chenab ont effectivement été fermées, asséchant complètement le lit du fleuve côté Pakistan, rapporte le quotidien indien The Indian Express.
Les nappes phréatiques indiennes à sec
« Il est clair que l’Inde utilise l’eau comme une menace explicite à destination du Pakistan », explique Franck Galland. Selon lui, cette situation est loin d’être nouvelle : en 2016, l’Inde avait déjà menacé de fermer le robinet de l’Indus, à la suite d’une attaque terroriste sur une base militaire indienne au Cachemire. Même esprit en 2019, quand l’Inde avait révoqué le statut d’autonomie constitutionnelle à l’État du Jammu-et-Cachemire, plaçant ainsi sous sa tutelle une région stratégique pour l’alimentation en eau du Pakistan, puisque la plupart des fleuves du pays y prennent leur source. Mais, cette fois-ci, l’Inde semble être passée un cran au-dessus.
« Le prétexte tant attendu par l’Inde pour rebattre les cartes en matière d’alimentation en eau »
Outre cet aspect de diplomatie punitive aux conséquences dramatiques, il existe une autre raison pour laquelle l’Inde s’empresse de fermer les vannes : « Elle est en situation de stress hydrique, dit Franck Galland. À force de puiser dans les nappes, elles s’appauvrissent, alors les Indiens ont besoin de sécuriser les eaux de surface et la tentation pourrait être grande d’aller chercher de l’eau chez le voisin, en la retenant grâce aux barrages. »
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Réchauffement climatique, sécheresse intense, explosion de la population, agriculture de plus en plus gourmande en eau, réseaux obsolètes avec des taux très importants de fuites… Pas étonnant que l’Inde fasse de l’eau « un enjeu de sécurité nationale ». « Les attentats des dernières semaines peuvent être le prétexte tant attendu par l’Inde pour rebattre les cartes en matière d’alimentation en eau », analyse Franck Galland.